26/08/2026
Le porte-parole du collectif de 40 comités de quartiers bruxellois s'adresse aux autorités !
ASSEZ ! FAITES LE JOB !
Les fusillades se succèdent à une telle fréquence qu’elles sont en passe de devenir un marqueur de Bruxelles, au même titre que le Manneken-Pis ou la Grand-Place !
Lettre ouverte au Premier ministre et aux responsables politiques fédéraux et régionaux de ce pays.
Ce week-end, un nouveau cap a été franchi : cinq fusillades, des blessés par balles, des balles
perdues dans un appartement et des tirs visant un commissariat de police à Anderlecht.
Un commissariat, symbole même de l’autorité de l’État.
Cinq fusillades en un week-end, ce n’est plus une succession de faits divers. C’est le symptôme d’une perte progressive de contrôle qu’il est urgent d’enrayer. Voir un commissariat pris pour
cible doit agir comme un électrochoc : lorsque ceux qui vivent de l’économie criminelle en viennent à tirer sur ceux qui représentent l’État, nous changeons de dimension.
C’est une véritable déclaration de guerre à l’autorité publique. Et personne ne pourra prétendre
que nous n’avons pas été prévenus.
Depuis des années, policiers, magistrats, procureurs, bourgmestres, associations et habitants alertent sur la puissance croissante des réseaux criminels.
Depuis des années, nous, habitants des quartiers bruxellois, réclamons davantage de policiers, de magistrats, d’enquêteurs et de moyens pour frapper les organisations, leurs finances et leurs
commanditaires.
Et depuis des années, on nous répond par des plans, des annonces, des réunions, des task
forces et l’éternel renvoi des responsabilités.
Pendant que l’État tergiverse, le narcotrafic s’organise, recrute, investit, s’arme et conquiert du
terrain.
Bruxelles n’est pas un narco-État. Mais chaque territoire abandonné, chaque réseau criminel
que l’on laisse prospérer, chaque institution privée de moyens nous en rapproche dangereusement. Lorsque le narcotrafic ne se contente plus de défier l’État mais prétend lui imposer sa loi, il est déjà presque trop t**d.
Combien faudra-t-il encore de fusillades ? De morts ? De Kalachnikovs dans nos rues ?
Faudra-t-il attendre qu’un policier, un magistrat ou un responsable politique soit assassiné pour
considérer enfin que la menace a changé de nature ?
Un manque total d’anticipation.
Un État qui attend la catastrophe pour s’y préparer a déjà perdu une partie du combat.
Malheureusement, cette incapacité à anticiper dépasse largement le narcotrafic.
En Belgique, sept ministres sont compétents pour le climat. Pourtant, lorsqu’une vague de chaleur annoncée survient, nous découvrons l’impréparation de nos structures face à la
surmortalité et aux risques d’incendie.
Nous avons ainsi assisté au spectacle pathétique d’un hélicoptère, seul, avec sa dérisoire outre de mille litres, tentant de lutter contre un gigantesque incendie dans les Fagnes.
Nous connaissons les risques, nous savons qu’ils augmentent, nous sommes prévenus, mais nous attendons la catastrophe pour découvrir que nous ne sommes pas prêts.
Et ce manque d’anticipation, nous, habitants des quartiers bruxellois, le vivons depuis trop longtemps.
La catastrophe est déjà là.
Des quartiers scandaleusement sales. Le trafic de drogue installé dans l’espace public. Crack et cocaïne consommés en pleine rue, au vu et au su de tous. Les fusillades se succèdent à une
telle fréquence qu’elles sont en passe de devenir un marqueur de Bruxelles, au même titre que le Manneken-Pis ou la Grand-Place. Sinistre symbole !
Les habitants s’adaptent à l’insécurité. Police, justice et acteurs de terrain réclament des moyens.
Et que fait-on ?
Des plans. Des annonces. Des réunions. Des compétences que l’on se renvoie. Des responsabilités que l’on dilue.
Assez d’atermoiements. Des actions !
Que dire d’un procureur du Roi courageusement engagé dans son combat contre le narcotrafic,
et la délinquance mais auquel la Justice n’accorde pas les moyens nécessaires ?
Des policiers auxquels on demande toujours davantage ? Des magistrats débordés ? Des mineurs multirécidivistes, violents et dangereux, libérés faute de place en IPPJ ?
Où sont les investissements promis à la Justice pour s’attaquer réellement aux réseaux criminels, dont certains continuent d’opérer depuis nos prisons ? Où sont les renforts
indispensables à la police judiciaire fédérale et à la police des chemins de fer ?
Mais le manque de moyens sécuritaires et judiciaires n’est qu’une partie du problème. À l’autre bout de la chaîne, Bruxelles doit également assumer presque seule une réalité sociale que le
reste du pays préfère ne pas voir.
Que dire des dizaines de milliers de personnes sans papiers concentrées à Bruxelles et largement abandonnées par les pouvoirs publics ?
Notre propos est simple : ces personnes sont là. Refuser de regarder cette réalité ne la fera pas disparaître.
Il serait absurde et indigne d’assimiler une personne sans papiers à un criminel. Mais il est tout aussi absurde de nier qu'une population sans travail légal, sans logement, sans perspectives et
parfois sans même de quoi survivre constitue une proie idéale pour les réseaux criminels.
La misère humaine est devenue une matière première du crime organisé.
Supprimer les moyens des associations de première ligne ne fera pas disparaître ces personnes.
Cela risque au contraire d’en pousser davantage dans la rue, l’assuétude, la maladie mentale ou les bras des réseaux mafieux.
Chaque place supprimée dans une structure d’aide finit quelque part : dans une station de métro, une gare, sous un porche, dans un commissariat, aux urgences ou devant un juge.
Les économies réalisées aujourd’hui risquent donc de coûter infiniment plus cher demain.
Bruxelles doit être défendue par son gouvernement
Bruxelles est une Région à part entière.
Nous voulons un Ministre-Président fort, qui prenne personnellement en charge la coordination de la lutte contre les violences liées au trafic de drogue et réunisse tous les acteurs concernés : Région, communes, zones de police, parquet, police fédérale, Justice, autorités fédérales et secteur social.
Nous voulons un Ministre-Président qui défende Bruxelles auprès du gouvernement fédéral, de la Flandre et de la Wallonie. Quelqu’un qui fixe les responsabilités, obtienne les moyens, exige
des résultats et surtout en rende compte.
Le Bruxelles-bashing ne peut pas tenir lieu de politique
Pour certains partis flamands, laisser Bruxelles s’enfoncer dans la pauvreté, la saleté et la violence présente même un avantage politique : cela nourrit le Bruxelles-bashing et rapporte
des électeurs.
La Flandre est souvent la première à dénoncer l’insécurité à Bruxelles. Mais lorsqu’il faut lui
donner les moyens supplémentaires pour y répondre, il n’y a soudain plus grand monde.
Courage, fuyons !
Bruxelles mérite mieux que d’être continuellement montrée du doigt tout en étant laissée seule face à des problèmes qui dépassent largement ses frontières.
La Flandre et la Wallonie, en refusant de se répartir les sans-papiers ou d’aider Bruxelles à y faire face, déversent littéralement leur pauvreté dans les rues de la capitale !
Pendant ce temps, nos quartiers continuent de se dégrader
Autour des gares du Midi et du Nord, à Cureghem et ailleurs, la situation en matière de propreté est indigne d’une capitale européenne.
Des habitants en arrivent à nettoyer eux-mêmes leurs rues.
On nous parle d’un « plan Gare du Midi ». Très bien.
Mais nous voulons des réponses simples :
Qui fait quoi ? Quand ? Avec quel budget exact ? Et quels résultats ?
Assez de plans qui finissent par se perdre dans le labyrinthe institutionnel belge.
Nous vous avons confié les clés de notre avenir et, sur trop de dossiers essentiels, vous avez échoué à anticiper. Il n’y a aucune vision sur l’avenir de Bruxelles !
Plus grave encore : à force de querelles institutionnelles, de responsabilités diluées, de moyens insuffisants, de commissions, de plans et de promesses sans lendemain, vous êtes en train de
fabriquer vous-mêmes le vote extrémiste que vous prétendez combattre.
Chaque fusillade, chaque rue abandonnée, chaque catastrophe annoncée à laquelle on répond trop t**d, chaque commissariat sur lequel on tire offre aux partis extrémistes quelques milliers
de voix supplémentaires.
Les citoyens finissent par ne plus croire à la capacité de la démocratie à agir. Voilà peut-être le danger le plus grave !
Nous ne demandons pas des miracles. Nous demandons de l’anticipation, des moyens adaptés, des responsabilités clairement établies et des résultats.
Nous demandons simplement à ceux que nous avons élus de faire ce pour quoi ils ont été élus.
ANTICIPEZ. DÉCIDEZ. AGISSEZ. FAITES LE JOB !