05/08/2026
La tragédie de Ceuta en cette fin juillet 2026, où plus de 70 personnes exilées ont trouvé la mort, restera comme l'un des symboles les plus glaçants d'une Europe à la croisée des chemins.
Au lieu de susciter un sursaut de solidarité, ces noyades effroyables ont été odieusement instrumentalisées dans le débat public par des responsables et mouvements politiques qui ont préféré parler d'invasion plutôt que de vies humaines brisées et meurtries.
Pourtant, derrière ce lexique guerrier se cache une stratégie politique : transformer la détresse des plus vulnérables en levier électoral, désigner un ennemi, alimenter les peurs et banaliser des thématiques nationalistes et sécuritaires qui, il y a encore quelques années, demeuraient marginales.
Depuis une quinzaine d'années, la question migratoire est devenue le principal carburant de la progression de l'extrême droite en Europe. D'abord imposées dans le débat public, ses idées influencent désormais les politiques gouvernementales et les équilibres du Parlement européen.
Ce glissement n'est pas anodin car il déplace progressivement le centre de gravité du débat démocratique, où la fermeture des frontières tend à s'imposer comme l'horizon indépassable, tandis que les causes profondes des migrations - pauvreté, instabilité, conflits, dérèglement climatique et absence de perspectives - sont reléguées au second plan.
L'Espagne s'est retrouvée en première ligne, avec le sentiment d'affronter presque seule une crise qui devrait relever d'une responsabilité européenne. Pourtant, le véritable danger dépasse largement la seule question migratoire. Il réside dans l'acceptation progressive d'une logique où des femmes, des hommes et des enfants morts en tentant de rejoindre l'Europe deviennent les accessoires d'un récit politique fondé sur la peur.
Une démocratie qui s'habitue à instrumentaliser les morts plutôt qu'à interroger les raisons qui les ont conduits jusqu'à ces eaux dangereuses prend le risque de perdre une part essentielle de son humanité. L'histoire nous enseigne que lorsque la peur devient le principal moteur des décisions publiques, ce sont toujours les libertés, la solidarité et les valeurs humanistes qui finissent par en payer le prix fort.
Au-delà des responsabilités politiques, cette tragédie révèle également une fracture plus profonde de nos sociétés. Les réactions observées sur les réseaux sociaux, où certains se sont réjouis de ces morts ou les ont tournées en dérision dans un déferlement de propos racistes et déshumanisants, témoignent d'une inquiétante banalisation de la haine.
Cette désensibilisation face à la souffrance de l'autre traduit un phénomène de déshumanisation. Car, lorsque des êtres humains ne sont plus perçus comme des individus, mais comme une menace abstraite ou une catégorie indistincte, leur disparition cesse d'émouvoir et peut même devenir un objet de satisfaction.
Ce basculement est sans doute l'un des signaux les plus préoccupants de notre époque vu qu'une société qui rit de la mort des plus vulnérables ne révèle pas seulement la violence de certains de ses discours ; elle expose aussi l'érosion progressive de son empathie, de son sens moral et, en définitive, des fondements mêmes du vivre-ensemble démocratique...