02/09/2026
🔥🌿 Des flammes à la mante religieuse | Observer un environnement qui change
Dans notre dernière publication, nous revenions sur les incendies dans les Hautes Fagnes et, plus largement, sur les bouleversements climatiques et environnementaux auxquels nos écosystèmes sont confrontés.
Les changements en cours ne prennent pas toujours une forme aussi spectaculaire.
Parfois, ils s’observent plus discrètement, notamment à travers l’évolution de la répartition des espèces.
Récemment, c’est une Mante religieuse (Mantis religiosa) qui a franchi les portes du CREAVES de Namur.
🌡️ Une espèce du Sud ? Pas tout à fait.
La Mante religieuse est une espèce thermophile indigène en Wallonie, où elle est d’ailleurs intégralement protégée.
💡 Thermophile signifie qu'un animal apprécie la chaleur et se développe préférentiellement dans des milieux chauds.
Historiquement, ses populations les mieux établies en Belgique étaient surtout connues dans les régions chaudes du pays, notamment en Lorraine belge et dans la vallée du Viroin.
Mais depuis plusieurs années, les observations se multiplient ailleurs en Belgique.
En 2023, Jean F***t et Michaël Colle ont ainsi publié, dans la r***e scientifique Entomologie faunistique, la première observation documentée de Mante religieuse en Haute Ardenne, dans une lande située à environ 500 mètres d’altitude.
Plus récemment encore, Natagora consacrait dans son magazine d’avril 2026 un article à la présence de la Mante religieuse dans nos paysages, signe de l’intérêt croissant porté à l’évolution de sa répartition en Belgique.
🌍 La mante remonte-t-elle vers le nord à cause du changement climatique ?
La question est intéressante mais la réponse demande de la nuance.
Observer une mante à un endroit où elle était autrefois inhabituelle ne permet pas, à lui seul, d’en attribuer la cause au réchauffement climatique.
F***t et Colle le rappellent dans leur étude. La dispersion naturelle, des conditions météorologiques favorables, le déplacement accidentel d’individus par l’être humain ou encore des relâchers peuvent également expliquer certaines observations.
En revanche, lorsque l’on quitte l’individu pour observer des milliers de données sur plusieurs années ou plusieurs décennies, une tendance beaucoup plus large apparaît.
Le GIEC, dans son dernier grand rapport consacré aux impacts du changement climatique sur les écosystèmes, établit que de nombreuses espèces terrestres et aquatiques modifient déjà leur aire de répartition en réponse aux changements du climat. Des déplacements vers des latitudes plus élevées ou vers des altitudes supérieures sont aujourd’hui documentés dans de nombreux groupes biologiques.
Comme la plupart des insectes, la mante est ectotherme.
💡 Ectotherme signifie que la température corporelle d’un animal dépend principalement de la température de son environnement.
La température extérieure influence donc directement son activité, son développement, sa reproduction et sa capacité à s’installer durablement dans une région.
La Mante religieuse fait donc partie de ces espèces thermophiles et ectotherme dont l’évolution de la répartition mérite d’être suivie attentivement dans les prochaines années.
🔎 Et c’est là que l’observation naturaliste prend toute son importance.
Une mante isolée raconte finalement peu de choses sur le climat.
Mais des centaines de milliers d’observations correctement identifiées, datées et localisées permettent aux scientifiques de suivre l’évolution des populations, les déplacements des espèces, les modifications des périodes d’activité ou encore l’apparition de nouvelles populations.
La biodiversité n’est pas immobile.
Certaines espèces reculent.
D’autres se déplacent.
Certaines trouvent de nouveaux territoires favorables.
D’autres ne parviennent pas à suivre la vitesse des changements.
Après les incendies des Hautes Fagnes, cette petite visiteuse nous permet donc d’aborder un autre aspect des changements qui traversent actuellement nos écosystèmes, moins brutal et moins visible.
Comprendre ces transformations commence avant tout par les observer.
Si vous croisez une Mante religieuse en bonne santé, inutile de la capturer pour nous l’apporter. Observez-la, photographiez-la et, si possible, encodez votre observation sur une plateforme naturaliste.
Chaque donnée peut contribuer, à son échelle, à mieux comprendre un monde vivant en mouvement 💚
🔬 Sources et pour aller plus loin
🔹 F***t J. & Colle M., 2023. Présence de Mantis religiosa (Linnaeus 1758) en Haute Ardenne (Mantodea, Mantidae). Entomologie faunistique, Université de Liège / Gembloux Agro-Bio Tech.
🔗 Lien : https://popups.uliege.be/2030-6318/index.php?id=6277&lang=fr&utm
🔹 Natagora, avril 2026. Magazine Natagora n°132, consacré notamment à la présence de la Mante religieuse dans nos paysages.
🔗 Lien : https://www.natagora.be/mag-Natagora-132?utm
🔹 GIEC, 2022. Climate Change 2022: Impacts, Adaptation and Vulnerability. Groupe de travail II, chapitre consacré aux écosystèmes terrestres et d’eau douce.
🔗 Lien : https://www.ipcc.ch/report/ar6/wg2/chapter/chapter-2/?utm
🔹 Loi sur la Conservation de la Nature, Wallonie. Mantis religiosa figure parmi les espèces intégralement protégées, Annexe IIb.
🔗 Lien : https://wallex.wallonie.be/files/medias/3/3743.pdf?utm
Vidéo : Romain De Jaegere