05/06/2026
Lettre ouverte à Madame la Ministre Anne-Catherine Dalcq
Madame la Ministre,
Ce 5 juin, le monde célèbre la Journée mondiale de l'environnement.
Instaurée par l'Organisation des Nations Unies en 1972, cette journée vise à sensibiliser les citoyens, les institutions et les décideurs à la protection de notre environnement, à la préservation de la biodiversité et à la nécessité d'agir face aux défis écologiques qui marquent notre époque.
Cette journée nous rappelle aussi que la protection de la biodiversité ne peut se limiter à des intentions. Elle nécessite des choix, des priorités et des actions concrètes.
C'est précisément dans cet esprit que nous souhaitons aujourd'hui attirer votre attention sur une réalité de terrain que nous vivons quotidiennement au CREAVES de Namur.
Chaque année, des milliers d'animaux sauvages blessés, malades ou en détresse sont recueillis par notre équipe. En cinq ans, le nombre d'admission est passée de 794 à 3 517 individus par an, soit une augmentation de plus de 350 %. Le mois de mai 2026 a, à lui seul, vu l'accueil de 930 animaux sauvages, établissant le mois le plus chargé depuis l’ouverture du centre.
Les besoins n'ont jamais été aussi importants. Les pressions exercées sur la faune sauvage n'ont jamais été aussi fortes. Et le rôle des centres de soins n'a jamais été aussi essentiel.
Face à ces constats, nous avons choisi d'agir. Nous avons choisi de construire. Nous avons choisi d'investir dans une solution durable : l'Hôpital Faune Sauvage Namur.
Un projet unique en Wallonie, conçu pour répondre aux besoins croissants de prise en charge de la faune sauvage. Un projet au service du bien-être animal, de la biodiversité, de la recherche scientifique, de la sensibilisation citoyenne et de l'approche One Health qui reconnaît les liens étroits entre la santé humaine, animale et environnementale.
L’hôpital Faune Sauvage Namur marque un cap dans la professionnalisation de la prise en charge de la faune sauvage en Wallonie.
Les enjeux auxquels les CREAVES sont aujourd'hui confrontés ne sont plus ceux d'il y a vingt ans. Les exigences en matière de bien-être animal, de biosécurité, de médecine vétérinaire, de gestion sanitaire et de conservation ont grandement évolué.
L'Hôpital Faune Sauvage Namur a pour ambition d'accompagner cette évolution.
Son objectif n'est pas uniquement d'accueillir davantage d'animaux. Son objectif est d'offrir à la faune sauvage des conditions de prise en charge, de soins et de réhabilitation à la hauteur des défis auxquels elle est aujourd'hui confrontée.
Cette ambition repose sur une expérience de terrain construite au fil des années. Depuis plus de dix ans, le CREAVES de Namur a pris en charge plus de 20 000 animaux sauvages.
Aujourd'hui, le plus grand centre de soins pour la faune sauvage de Wallonie intervient pour des animaux provenant de 163 communes wallonnes.
Cette mission est assurée 365 jours par an, week-ends et jours fériés compris, grâce à l'engagement de près de 100 bénévoles et de seulement 1,5 équivalent temps plein financé sur fonds propres.
Chaque année, plusieurs milliers de citoyens bénéficient également de conseils concernant la faune sauvage en détresse. Au-delà des soins apportés aux animaux, notre mission consiste aussi à accompagner des découvreurs souvent inquiets, parfois paniqués, qui cherchent une réponse face à une situation qu'ils ne savent pas gérer seuls.
Depuis peu, un Véhicule d'Intervention Faune sauvage sillonne quotidiennement les routes de Wallonie afin d'intervenir sur des situations parfois complexes impliquant des animaux blessés ou susceptibles de mettre en danger les citoyens et les usagers de la route.
Et bientôt, nous l'espérons, avec votre soutien, la Wallonie pourra se doter du premier Hôpital Faune Sauvage de son histoire.
Fin décembre 2025, notre dossier de demande de subvention a été transmis à l'administration compétente. Le coût total réel du projet s'élève à 880 279,54 euros. La contribution sollicitée auprès de la Région wallonne s'élève à 433 000 euros.
Concrètement, chaque euro investi par la Région génère un euro supplémentaire mobilisé par le CREAVES de Namur et ses partenaires.
Grâce aux investissements déjà réalisés sur fonds propres, à notre implication et à celle de nos équipes, nous avons déjà réduit le coût réel du projet de plus de 261 000 euros sous forme d'apports non subsidiés. Autrement dit, avant même qu'une décision ne soit prise, nous avons déjà pris notre part de responsabilité.
Pourtant, plus de cinq mois après le dépôt de notre dossier de demande de subvention, nous sommes toujours sans nouvelles quant à son état d'avancement.
Plus largement, voilà près d'un an et demi que nous tentons d'ouvrir un dialogue avec votre cabinet concernant l'avenir du secteur des CREAVES, les difficultés croissantes rencontrées sur le terrain et le projet d'Hôpital Faune Sauvage Namur.
Nous avons transmis des courriers.
Nous avons alerté sur les difficultés rencontrées par notre secteur.
Nous avons lancé des appels à l'aide.
Nous avons traversé, ces derniers mois, des événements particulièrement éprouvants qui auraient nécessité écoute, soutien et dialogue. À ce jour, nous n'avons jamais eu l'occasion d'échanger directement avec votre cabinet.
Plus surprenant encore, notre structure a été évoquée publiquement lors d'une commission parlementaire sans que nous ayons été consultés au préalable ni même informés.
Nous découvrons alors une réalité racontée par d'autres, de façon unilatérale.
Une réalité qui n’est pas la nôtre.
Une réalité que nous n'avons jamais eu l'occasion de nuancer et de corriger.
Malgré tout, nous tenions à vous dire que l’Hôpital Faune Sauvage Namur arrive.
Un lieu d’exception nous accueille.
Les bâtiments y sont présents.
Les équipes sont opérationnelles.
Les partenaires nous accompagnent.
La mobilisation citoyenne est au rendez-vous.
Le projet est presque prêt.
Il n'attend plus qu'une décision.
Madame la Ministre,
Nous sommes convaincus que l'argent public doit être investi avec rigueur. Nous sommes convaincus qu'un projet doit démontrer sa pertinence et sa capacité d’action avant d'être soutenu. Ce point nous semble fondamental. Et c'est précisément ce que nous avons fait.
Avec des moyens limités, nous avons construit le plus grand centre de soins pour la faune sauvage de Wallonie. Nous avons également fédéré des centaines de bénévoles, partenaires et citoyens autour d'un projet d'intérêt collectif. Nous avons aussi démontré notre capacité à transformer une vision en réalisations concrètes.
Nous sommes un biologiste et une infirmière spécialisée en santé publique. Nos parcours, nos compétences et nos expériences se complètent pour porter un projet à la croisée de la biodiversité, du soin et de l'intérêt collectif. Nos résultats sont aujourd’hui mesurables. Nos projets futurs sont réalistes. Notre engagement est total.
Chaque euro investi dans ce projet bénéficiera directement à la biodiversité locale.
Chaque euro investi contribuera à renforcer durablement les capacités de soins, de recherche scientifique, de sensibilisation et de conservation.
Chaque euro investi contribuera à construire un héritage durable pour la biodiversité wallonne, au service des citoyens et de la faune sauvage, avec nous aujourd'hui et bien après nous demain.
La question n'est donc plus de savoir si l'Hôpital Faune Sauvage Namur verra le jour. L'enjeu est désormais de savoir quand il pourra ouvrir ses portes et remplir pleinement sa mission. Pour y parvenir, le soutien de la Wallonie sera déterminant.
La biodiversité n'attendra pas que les procédures administratives se terminent.
Les animaux continueront d'arriver demain.
Les pressions exercées sur la biodiversité continueront de s'intensifier.
Les situations d'urgence impliquant la faune sauvage continueront de se multiplier.
Les citoyens continueront de solliciter notre aide.
Le secteur continuera de faire face à une pression croissante.
Plus que jamais, nous avons besoin d'un réel soutien, concret et durable. Un soutien capable de transformer nos ambitions en moyens d'action. Un soutien permettant d'éviter que, la saison prochaine, des citoyens de bonne volonté se retrouvent seuls, sans solution et sans interlocuteur lorsqu'ils découvrent un animal sauvage blessé, malade ou en détresse.
Au-delà de la prise de connaissance de notre dossier, nous réitérons aujourd'hui notre invitation à venir nous rencontrer, à visiter le site exceptionnel de Floreffe, à découvrir nos nouvelles infrastructures et à entendre notre vision pour l'avenir.
Nous sommes convaincus qu’aucun document ne remplace une visite de terrain et des échanges directs.
Pour nos bénévoles qui donnent sans compter de leur temps et de leur énergie, pour les citoyens qui se mobilisent chaque jour en faveur de la faune sauvage et pour les milliers d'animaux qui dépendent de notre capacité collective à leur apporter des soins, nous espérons, Madame la Ministre, pouvoir enfin ouvrir ce dialogue et recevoir prochainement un retour de votre part.
Respectueusement,
Romy van Noppen et Romain De Jaegere
Gestionnaires du CREAVES de Namur