30/08/2026
MERCI à tous·tes d'avoir été si nombreux·ses lors du rassemblement citoyen aujourd'hui ! 💙
Voici le contenu de notre prise de parole du jour :
"Nous sommes un collectif de parents Saint-Gillois qui s’est formé en 2022. Nous militons pour défendre le droit des enfants à accéder à un espace public qui soit mieux adapté à leurs besoins et pour sensibiliser les autres usager·es de l’espace public à la présence fragile et souvent peu visible des enfants dans la ville.
Nous adoptons une perspective intersectionnelle, c’est-à-dire que l’on considère que si on réfléchit à une société et à une fabrique de la ville qui accueille et prend mieux en considération la présence des enfants, il s’agirait d’une société qui serait mieux adaptée à toutes et à tous, particulièrement aux personnes les plus fragiles, qui sont elle-même discriminées ou minorisées.
Nous organisons des évènements comme « Trace ton chemin » ou les fêtes aux enfants. On mène aussi un travail de plaidoyer auprès des pouvoirs politiques pour que ces enjeux soient mis à l’agenda politique.
On s’attache également à écouter directement les enfants et à faire remonter leurs besoins réels, pour lutter contre le fait qu’en tant que mineur·es, les enfants sont une catégorie de population souvent totalement invisible et dont l’existence est niée par les décideur·euses politiques, sans parler des discriminations, violences et silenciations induites globalement par la domination adulte, encore trop souvent méconnue y compris dans les milieux militants.
On milite donc notamment pour une ville dans laquelle les enfants puissent être plus autonomes parce que l’attention collective des adultes à leur égard est sécurisante, et une ville dans laquelle les enfants puissent se déplacer sans danger avec un trafic routier mieux adapté à la présence des plus fragiles.
Ce combat est parfois (dé)considéré comme une “petite lutte” sans importance, naïve ou sans grands enjeux. Au contraire, à nos yeux, il est une petite rivière parmi tant d’autres dans le grand océan des luttes, et il rassemble en son sein plusieurs enjeux absolument essentiels : si on pense un espace public mieux adapté aux enfants (et donc à tous·tes) on pense aussi dépollution, cohésion sociale, santé publique, sécurité routière, lutte écologique, lutte contre le réchauffement climatique, lutte féministe, de classes et antiraciste.
Mais comment continuer à militer pour améliorer la ville, réfléchir à ses enjeux si la société ne respecte déjà pas le contrat minimal, la base de la base, assurer le strict minimum de sécurité pour les citoyens ?
Nous nous méfions énormément des discours sécuritaires : oui, nous avons aujourd’hui un besoin urgent de retrouver collectivement un espace de vie vivable, mais les réponses à apporter au problème dépassent de très très loin l’installation de caméras et le renforcement de la présence policière. Et par pitié ne nous coupez pas en plus des arbres, ce serait vraiment la triple peine.
Nous avons un besoin urgent d’action publique coordonnée et impliquant les différents niveaux de pouvoir face à l’escalade de violence à laquelle on assiste, mais il s’agit aussi et surtout de réfléchir à ce qui fait société.
Pour nous, ce sont avant tout aux conditions qui permettent à cette situation explosive d’exister et de prospérer qu’il faut s’attaquer (précarité, exclusions du chômage, définancement de l’enseignement, politiques de logement et de santé délétères, politiques migratoires inhumaines, suppression des financements d’associations de terrain, etc etc).
Aux responsables politiques de prendre dès lors leurs responsabilités à court, mais surtout à moyen et long terme.
Nous avons besoin de décideur·euses politiques qui développent une pensée du temps long, avec une vision du tableau à la fois plus globale, plus large et plus profonde.
Quant à la présence de caméras et de policiers, il ne s’agit évidemment absolument pas de solutions durables. La politique de la peur et de la répression non plus. La présence d’hommes armés quels qu’ils soient entrave tout autant le sentiment de sécurité dans l’espace public que celle des organisations criminelles. Rappelons-nous l’ambiance qui régnait au lendemain des attentats à Bruxelles, l’armée partout, l’impression d’être en période de guerre. On ne veut pas non plus vivre comme ça. Les caméras de surveillance n’empêchent rien non plus. L’exemple de Londres a plus que démontré le manque d’efficacité du dispositif.
Ce qui peut par contre fonctionner, c’est ce que l’activiste Jane Jacobs appelle “Les yeux dans la rue” une forme de sentiment de sécurité partagé et renforcé par le simple fait que l’espace soit vivant, habité, occupé, qu’il y ait du monde dans la rue. Moi, je ne me sens pas en sécurité avec plein de policiers partout (et encore, je suis une femme blanche.. ce n’est pas moi qui prend le plus de risques). Par contre, je me sens en sécurité dans l’espace public quand il est occupé par des femmes, des enfants, des voisins qui se saluent, qui flânent, discutent. Pour ça, il faut recréer durablement les conditions d’un cercle vertueux dans notre rapport à nos quartiers.
Actuellement, le deal confisque et monopolise l’espace public. Au-delà de l’urgence actuelle ou des opérations “coup de poing” qu’on nous promet, il faut mettre en place des politiques qui bien sûr oeuvrent à démanteler les réseaux criminels mais offrent également de manière pérenne des perspectives aux plus fragiles, mettent en place des politiques d’accueil pour les réfugiés mineurs, des politiques d’accompagnement pour les jeunes, tout en renforçant l’entretien des espaces, les commerces de proximité, les services, en multipliant les espaces accueillants et verts, en finançant des projets qui renforcent la cohésion sociale sur du long terme…
Il y a de très nombreux bons exemples de politiques dont l’efficacité a été prouvée ailleurs, de belles sources d’inspiration pour nos politiciens de différents niveaux de pouvoir dont on espère qu’ils se saisiront.
Merci de nous avoir écoutés !"
Le collectif La Ville aux enfants