10/06/2026
Syndicaliste mais aussi un citoyen
En Belgique, on matraque le malaise social au lieu de l’écouter
La semaine passée, à Bruxelles, la mobilisation massive du secteur de l’enseignement a rappelé une évidence : lorsque celles et ceux qui font vivre un service public essentiel descendent dans la rue, ce n’est ni par plaisir ni par idéologie, mais par nécessité. Ils défendaient leurs conditions de travail, la qualité de l’enseignement et, au-delà, l’avenir de notre société.
En tant que citoyen, ce qui m’a le plus frappé n’est pas seulement l’ampleur du malaise exprimé par le monde de l’enseignement, mais le climat dans lequel cette mobilisation s’est déroulée. Une fois de plus, manifester s’est accompagné de tensions, d’intimidations et d’interventions policières disproportionnées, dans un contexte pourtant largement pacifique.
Quand la contestation sociale est traitée comme une menace
Il devient de plus en plus difficile d’ignorer une tendance lourde : en Belgique, la contestation sociale est progressivement requalifiée en problème sécuritaire. Des dispositifs policiers massifs, des contrôles préventifs, des interventions musclées, des manifestants assimilés à des fauteurs de troubles — y compris lorsqu’il s’agit de travailleurs, d’enseignants, de citoyens ordinaires.
Ce glissement est dangereux. Car il envoie un message clair : revendiquer expose, se mobiliser comporte des risques, faire entendre sa voix peut coûter cher. En tant que citoyen, je refuse que la peur devienne un outil de gestion du mécontentement social.
Une question qui dérange : les dérives idéologiques au sein de la police
Ce malaise est d’autant plus préoccupant qu’il s’inscrit dans un contexte plus large, trop souvent passé sous silence : l’existence de dérives idéologiques graves au sein de certains segments des forces de police, notamment des sympathies ou réseaux d’extrême droite, régulièrement mis en lumière par des enquêtes journalistiques, des procédures judiciaires ou des alertes syndicales internes.
Il ne s’agit pas d’amalgames. Il ne s’agit pas d’accuser l’ensemble des policiers, dont beaucoup exercent leur métier avec professionnalisme dans des conditions difficiles. Mais nier l’existence de ces dérives, les minimiser ou les relativiser est une faute politique et démocratique.
Lorsqu’une institution détentrice du monopole de la violence légitime est traversée par des courants idéologiques autoritaires, racistes ou antidémocratiques, c’est l’État de droit lui-même qui est fragilisé.
Le silence et la minimisation politique sont inacceptables
Plus grave encore est le constat que ces faits sont parfois relativisés, excusés ou instrumentalisés par certains partis politiques en Belgique. Plutôt que d’exiger des réponses claires, des contrôles renforcés et une transparence totale, on préfère détourner le regard, décrédibiliser les alertes ou les qualifier d’« exagérations ».
En tant que citoyen, je considère cela comme une ligne rouge. On ne peut pas, d’un côté, se dire attaché aux valeurs démocratiques et, de l’autre, fermer les yeux sur des dérives autoritaires dès lors qu’elles servent un agenda sécuritaire ou électoral.
Maintenir l’ordre ne signifie pas faire taire
Le maintien de l’ordre doit protéger le droit de manifester, pas le restreindre. Il doit garantir la sécurité de toutes et tous, pas instaurer un rapport de force permanent avec la population. Lorsqu’une manifestation de l’enseignement est vécue par ses participants comme une épreuve de tension et de peur, c’est que quelque chose ne fonctionne plus correctement.
Ce constat doit interpeller l’ensemble du monde politique, syndical et citoyen. Une démocratie qui tolère la répression des mobilisations sociales et la banalisation des dérives internes à sa police est une démocratie qui s’affaiblit.
Défendre l’enseignement, défendre les libertés
Les enseignants qui manifestaient à Bruxelles ne défendaient pas des privilèges. Ils défendaient un service public essentiel, déjà fragilisé, déjà sous pression. Leur mobilisation mérite le respect, l’écoute et des réponses politiques — pas une gestion sécuritaire froide et déconnectée.
Aujourd’hui, c’est le secteur de l’enseignement. Demain, ce sera celui de la santé, des pensions, du climat ou du pouvoir d’achat. Accepter que la contestation sociale soit traitée par la force, c’est accepter que notre démocratie sociale soit vidée de sa substance.
Manifester n’est pas un crime. Revendiquer n’est pas une menace.
Banaliser la répression et fermer les yeux sur les dérives, en revanche, est un danger réel pour la démocratie.