17/01/2026
« Les budgets sont des indicateurs de priorités et des valeurs »
Ce matin au café Chez Juliette, nous avons arpenté le livre Abolition. Féminisme. Tout de suite paru en janvier 2024 aux éditions Les Daronnes. Ce livre développe l’argumentaire autour du féminisme abolitionniste aux États-Unis mais trouvait beaucoup d’échos dans la Belgique de 2026, particulièrement sur cette question du budget qui définit des priorités vers le sécuritarisme, la répression, la militarisation, plutôt que vers des services publics tournés vers la population, vers le care et la prévention. Ca a aussi eu beaucoup d’échos, évidemment, dans l’actualité namuroise et le meurtre d’Adamo Condé en décembre dernier.
« Le discours sécuritaire s’est élaboré en érigeant des ennemi·es imaginaires, créé·es de toutes pièces. Mais de qui la sécurité est-elle valorisée ? »
On a parlé du bais « du monde juste », un biais cognitif dans lequel quand une situation est injuste ou violente, on tend à essayer d’y trouver une justice a posteriori (« si la personne a subi cette violence, c’est forcément parce qu’elle a elle-même fait preuve de violence »). On a aussi parlé des imaginaires populaires autour de la justice, de la prison et de la police (« si des personnes sont en prison, c’est qu’elles le méritent, et elles méritent de souffrir »).
Un passage qui nous a marqué·es, c’est cet encouragement à « poser l’autre question » pour envisager l’intersectionalité des luttes (p.27) : « J'essaie de comprendre l'interconnexion de toutes les formes de subordination à travers une méthode que j'appelle «poser l'autre question». Quand je vois quelque chose qui a l'air raciste, je demande: « Où est le patriarcat là-dedans?» Quand je vois quelque chose qui a l'air sexiste, je demande: «Où est l'hétérosexisme là-dedans?» Quand je vois quelque chose qui a l'air homophobe, je demande: «Où sont les intérêts de classe là-dedans?» Travailler collectivement nous oblige à chercher à identifier les relations de domination manifestes comme celles moins évidentes, et nous avons ainsi pu observer qu'aucune forme de subordination n'est indépendante des autres. »
Bref, ça nous a mené·es où ?
La conclusion à tout ça, c’est que le féminisme abolitioniste n’est pas une lutte « contre » mais surtout une lutte « pour » : pour le rôle indispensable des communautés, pour une politique du soin, pour les services publics. Ça nous ramène à cette citation du début, sur le budget et les priorités, et on va continuer le combat pour redéfinir ces priorités…
Des citations en vrac qui nous ont marquées :
- « Il y a actuellement plus d’hommes noirs en prison qu’il n’y avait d’hommes noirs mis en esclavage en 1850. » (p.94)
- « La prison étouffe nos conditions de vie en empêchant notre développement, en amplifiant les situations de pauvreté et de précarité, en nous exploitant au travail et en nous rémunérant avec des salaires misérables. » (p.239)
- « Le budget annuel de Chicago pour la lutte contre la consommation problématique de substances (2 581 272 dollars) équivaut à ce que Chicago dépense pour une demi-journée de maintien de l’ordre. » (p.213)
Pistes de lecture pour aller plus loin :
- bell hooks, Culture insurgée: Résister à l'hégémonie culturelle, décoloniser nos imaginaires
- Isabelle Seret, William, ou le sens de la peine
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