01/06/2026
Quel beau cadeau ! La semaine dernière, j’ai été tout surpris de recevoir un texte de Joseph Selvais. Il m’écrivait sur internet : « Je sais bien que tu as autre chose à faire que de raconter des blagues ». C’est bien vrai ! « Mais si, un jour, tu serais à court d’idée, … En fouillant dans mes vieux papiers, je viens de retrouver une vieille histoire. Tu auras plus vite l’occasion que moi de la raconter. Fais-en ce que tu veux. Mais ne le jette pas, ça peut toujours servir. » Voilà qui tombe à pic ! Je cherchais justement après un bel écrit pour un billet wallon.
Et Joseph de poursuivre : « Je ne sais si vous faites encore des dîners d’adoration, comme dans le passé. » Non, ô toi ! De nos jours, avec tous les changements, et parce que les prêtres ne sont plus qu’à quelques-uns, on fait plus volontiers un dîner de nouvel an qu’une adoration. Puis, comme il y a nombre de curés venant d’ailleurs, eux n’ont pas ces habitudes.
Comme bien d’autres personnes, les curés ont crainte, eux aussi, de se faire arrêter par les gendarmes et de devoir souffler dans le ballon. J’ai pourtant connu le temps de ces dîners qui rassemblaient les curés, une fois l’an, dans les différentes paroisses d’un même doyenné. C’est bien vrai que ce n’était pas rien ! J’ai même écrit un texte qui cause de cela dans ‘Pasquéyes di curés’.
Pour le moment, nous sommes au mois de mai : un mois de beaucoup de fêtes de familles comme les communions. Il y a également les premières fêtes au village. Aujourd’hui, des balades gourmandes on en trouve un peu partout. Sur un tour de quelques kilomètres, quelques fois les personnes s’arrêtent sept à huit fois. À toutes les pauses, il y a de quoi manger et … boire, come de bien entendu. À la fin de la journée, j’en ai vu qui s’en retournaient en mesurant la route. Comme le dit un dicton : ‘Ils allaient de travers comme un chien qui revenait de la fête.’
Le texte nous raconte une de ces fêtes-là. (Un texte avec des dictons parfois assez intraduisible à partir du wallon. Ainsi est la langue).
Un beau dîner
Et bien, mes amis, je viens de faire un repas de choix. Je ne sais ce que vous pensez, mais pour faire un pareil dîner, je me relèverai la nuit.
Je suis sûr que le roi n’a pas mangé comme nous. On peut dire qu’on s’est régalé et s’est bien ‘engraissé les dents’. Un vrai dîner d’adoration, vous dis-je !
Oui, on peut le dire nous avons mangé comme à la fête : boire et manger en abondance. Ce n’est pas pour en avoir de nouveau, mais c’était un festin.
Est-ce que ça vous fait baver ? Lui, il préfère deux œufs qu’une pomme de terre, dit le dicton. Moi, je m’éclaterais et j’en ai vu un qui aurait cassé la ceinture de son pantalon ou du moins, la défaire d’un cran. Il n’était pas rassasié. Il sait bien quoi, l’homme : il vaut mieux un beau ventre qu’une belle manche. ‘Il faut manger pour la faim future’, disait-il. C’est toujours ce que les Prussiens n’auront pas. »
Oui, nous pouvons le dire : nous sommes rassasiés. Il n’y a rien à craindre, nous pourrons lutter contre le vent de bise. Du reste, je veux bien mettre ma tête sous le billot, il y en a ici qui ferait plus aisément un pèt qu’un saut.
Que cela ne vous empêche tout de même pas d’achever. Je sais qu’il y en a qui ne sont jamais contents. Pour eux, ils n’en ont jamais assez. On ne peut mal d’étouffer avec cela, disent-ils. Et puis, il y en a qui mangent avec de gros baisers (autant dire fort peu). Je ne casserai pas mon lien pour cela, disent-ils. Il leur faudrait une bonne guerre, voilà ! Ils verraient bien quoi. Ils ne mangeraient plus leurs lardons tous les jours.
Et puis il y a également celui qui trouve le repas jamais bon assez. Pour lui, c’est encore de la bouillie réchauffée ou comme le dit un dicton : ‘si notre chien avait cela sur sa queue, il courrait enragé’. Moi, je dirais comme le cochon qui mange son é***n : à chacun son goût !
Et c’est toujours le plus laid des cochons, le dernier au bac.
J’apprécie la manière d’écrire de Joseph. Dans l’histoire, il y a nombre d’expressions comme notre allons en est riche. Et beaucoup de ces formules sont autant d’images pour dire ce que l’on a à dire. Parfois nous disons les choses directement. Cela ne signifie pas pour autant que l’on se moque des personnes. Non ! C’est une manière de parler comme le faisaient nos ancêtres.
Un grand merci à toi, Joseph ! Et jusqu’à la petite fête.