21/05/2026
Lorsqu’on a entendu parler de l’ouverture d’un immense squat dans le centre ville de Liège, on a tout de suite voulu aller y faire un tour. Arrivées sur place, on découvre une ville en pleine métropolisation : tram flambant neuf, grandes avenues commerciales, vitrification du centre ville.
Malgré cela, de belles âmes nous indiquent le chemin. Sur la façade de ce bâtiment de six étages, une grande banderole “centre social autogéré : remplir le vide par la solidarité” a été déployée (la classe). Sur place, on découvre un lieu de vie et de lutte qui rassemble différentes générations et différents milieux ; espace de discussion, d’échange, et de conspiration.
Alors que la séquence politique française actuelle n’est pas très réjouissante, on a vécu cette rencontre comme une bouffée d’air et d’espérance, et on voulait la partager ici. On a donc transmis quelques questions à des personnes actives au Centre Social Autogéré (CSA), qui nous ont envoyé leurs réponses après en avoir discuté collectivement. Les voici ci-dessous, bonne lecture !
/// Une petite présentation du lieu ? ///
Ici c’est le Centre Social Autogéré de Liège, gros bâtiment occupé au cœur de la ville de Liège, où grouillent depuis un mois déjà de belles énergies. Il s’agit d’une ancienne maison de retraite, il y a donc une cinquantaine de chambres, un rez-de-chaussée avec une grande salle et une grande cuisine... puis on a même une belle cour jardinée. Le bâtiment est désormais investi par des personnes de tout âge et désireuses de se réapproprier la ville et de l’arracher aux affreux, de ramener la vie là où d’autres spéculent sur le vide.
Comment se sont passés les premiers jours et la préparation de l’occupation ?
Pour le moment, on ne veut pas évoquer le processus en amont de l’occupation. On a trouvé ce bâtiment ouvert, qui à la fois par sa situation territoriale (dans le centre ville de Liège) semblait idéal pour un centre social, à la fois par sa taille représentait au premier abord un défi impressionnant (comment tenir un tel lieu ? comment ne pas s’y retrouver isoléexs ? comment l’ouvrir à qui voudrait porter des initiatives dedans ? etc.). Puis on a tranché, confortées par l’enthousiasme que semblait susciter autour de nous l’idée d’un centre social à Liège. On a donc organisé un week-end festif d’inauguration du centre social, avec une team à l’intérieur du lieu pour l’aménager en bonne et due forme (le défendre, mais aussi penser et préparer rapidement l’accueil au cours des premières semaines), puis une team nombreuse à l’extérieur qui sous couvert d’une bouffe populaire et de concerts a pu permettre de faire un rempart en cas d’intervention porcine et de faire courroie de transmission scred pour des matériaux.
L’inauguration festive répondait à un triple objectif :
1) déclarer l’existence du lieu pour directement brancher des énergies dessus
2) organiser un blocage tactique
3) s’assurer que, intervention policière ou pas, il y ait un joyeux désordre dans la ville.
Le week-end s’est super bien passé, beaucoup de monde a répondu à l’appel, à tel point que la première Assemblée Générale du centre social, le lendemain du week-end d’inauguration, a rassemblé plus de 150 personnes. C’était à la fois inattendu, stressant et émouvant. Une belle surprise. Puis se sont ouverts les chantiers du quotidien : toutes les réparations à effectuer pour assurer un minimum de confort, l’orga de la bouffe, l’animation du lieu, l’élaboration d’une certaine communauté de vie différentielle (des personnes y sont quasi présentes h24, d’autres y sont sur le mode du passage, comment fait-on pour que tout un chacune s’y retrouve et ait prise sur le lieu ?), la mise en place du plan de bataille pour tenir le lieu.
Pour le moment tous ces chantiers avancent, certes avec un fonctionnement tâtonnant (car en même temps nous élaborons ensemble la manière dont ces chantiers fonctionnent en leur sein et entre eux), mais aussi avec une vitesse et une autonomie impressionnante. La seconde AG a d’ailleurs rassemblé encore plus de monde que la première. Au cours de cette deuxième AG, on a pris la liste de toutes les initiatives que des gentexs voudraient porter ici, on a rassemblé les personnes animées par des désirs accordables, et puis lors de la 3e AG on a réfléchi et distribué les espaces. À chaque initiative maintenant d’organiser ses activités et de suivre son cours.
/// Pourquoi l’appellation « centre social autogéré » ? On a cru comprendre que l’idée n’était pas de loger mais d’être un lieu d’organisation, pourquoi ce choix ? ///
« Centre social autogéré » (CSA), c’est une étiquette qui répond à une tradition politique associée à l’Italie des années 60-70 et qui entend rompre par ses pratiques avec la politique parlementaire. Mais c’est une étiquette qui a aussi l’avantage d’être facilement appropriable par qui n’est pas familier de cette tradition. L’enjeu pour nous étant qu’une certaine transmission, non autoritaire, s’opère entre cette tradition et les pratiques en tout genre qui vont fleurir dans un centre social autogéré comme celui de Liège.
Nous avons choisi (choix difficile, discutable), d’être un centre social pour organiser la lutte contre l’Arizona,(nom de la coalition néolibérale au pouvoir en Belgique) , et son monde ("Shoot l’Arizona" comme le dit d’ailleurs une des banderoles sur la façade), contre l’impérialisme et ses guerres, et donc, malgré la taille du bâtiment, de ne pas être un lieu qui place directement dans sa dynamique la question de l’hébergement.
Plusieurs d’entre nous sont impliqué.e.s directement dans des groupes ou des luttes relatives au logement, et des collectifs qui luttent dans ce champ s’organisent déjà dans le CSA. Ce choix découle d’expériences personnelles : nous avions ouvert il y a plus d’un an un bâtiment qui entendait être foyer de luttes diverses et offrir aussi un hébergement pour qui en avait besoin. Très vite la dynamique-hébergement a éclipsé la dynamique-foyer-de-luttes. Il nous a semblé qu’il était préférable, avant ouverture, d’assumer un choix, même à l’encontre d’une part de notre sensibilité, celui d’ouvrir un lieu qui soit prioritairement un espace d’organisation pour les luttes. Ce qui implique que toute personne qui vit dans ce centre social le défende, dans d’éventuelles tractations entre nous et la ville, en tant que centre social autogéré et non en tant qu’habitat personnel.
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