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Nous sommes une bande de gens ordinaires qui tous ensemble essayons de faire des choses extraordinaires...

09/10/2026

Les événements récents à Liège ont suscité beaucoup de réactions. J’ai souhaité prendre le temps de la réflexion avant de m’exprimer. J’ai donc consulté et écouté largement. Je vous livre ce que je ressens, au-delà des slogans…

Depuis des mois, des jeunes sont dans la rue, devant leurs écoles. Ils ont exprimé leurs messages en chantant, en manifestant, en discutant devant leur école. Ils ont écrit aux ministres. Ils et elles ont manifesté pacifiquement pendant des jours, des semaines, des mois.

Depuis des mois, ils nous disent être face à un mur. Ils ont, dans les nombreux échanges que j’ai eus avec eux, devant les écoles, dans les manifestations ou sur le terrain, ce sentiment de ne pas être compris, ne pas être entendus, ne pas être considérés. Les gouvernements passent à la hussarde des mesures qui sont largement perçues comme injustes, non annoncées lors de leur prise de fonction, et parfois même à l’exact opposé de ce que les décideurs politiques ont non seulement promis, mais aussi dit au parlement.

Ça crée un sentiment de défiance, ça suscite un sentiment d'injustice. À force de parler sans être entendus, beaucoup ont le sentiment de parler dans le vide. Quelle confiance, disent de nombreux jeunes et adultes, peut-on avoir envers nos décideurs politiques quand eux-mêmes édictent des règles mais ne respectent pas le règlement ? Leur ressenti, c'est qu'ils comptent pour des prunes. Leur ressenti, c'est un profond malaise, de l’incompréhension, de l'indifférence, du découragement et du mépris.

Depuis le Covid, les jeunes sont plongés dans le désarroi. Cela a été étayé par des tas de rapports sur la santé mentale de nos jeunes. Les signaux d'alerte sont là, de nombreux jeunes ne vont pas bien. Ils ne se projettent plus dans l'avenir. Il y a un profond découragement et les causes sont multiples : la géopolitique, le populisme, ils entendent parler de guerre, de défense. Des dépenses colossales sont englouties dans l’armement, ils voient que le climat est complètement déréglé et que les responsables politiques ne sont pas du tout à la hauteur de la situation. Ils voient que leurs parents vont mal, ils voient que leurs enseignants sont découragés et en colère. Des classes trop grosses pour apprendre correctement, des élèves qui ne peuvent plus faire leur 7eme, ils manquent parfois de chaises, des professeurs ne sont pas remplacés, ils se retrouvent parfois avec deux professeurs différents pour un même cours, etc.

Les gouvernements prennent des mesures qui sont perçues par eux comme profondément injustes, comme violentes. Quand ils explosent le prix du minerval pour 60 % d'entre eux, c'est violent. C'est injuste. C’est brutal. Ça n’était pas du tout annoncé, ça n’était pas dans les programmes ni dans la feuille de route du gouvernement. Quand on augmente les prix partout, ça crée des privations, ça accroît les inégalités et ça entraîne de la frustration.

Ils ont décidé de faire 1 milliard d'économies dans l'enseignement obligatoire pour cette législature…

Ils ont dit qu’en septembre, les responsables MR-les engagés prendraient le chemin du dialogue. La confiance étant largement érodée, il fallait repartir de zéro. Ils n’allaient plus toucher à l’enseignement mais ils ont (dans les gouvernements où ils sont avec les mêmes partis) décidé comme une provocation de faire exploser le prix des TEC, touchant de plein fouet le public qui est le plus dépendant des transports en commun… Les représentants MR et Engagés ont soutenu au TEC cette explosion des prix.

Alors comment voulez-vous que les jeunes se sentent aujourd'hui ? J’ai parlé avec des centaines de jeunes devant leur école ou dans la rue ; quand on leur demande ce qu’on doit dire à madame Glatigny du MR ou Madame Degryse des Engagés, ils répondent : « S’il vous plaît, considérez-nous, s'il vous plaît, entendez-nous, s'il vous plaît, mettez sur pause des choses injustes, incompréhensibles, qui n’ont tout simplement pas de sens. Comprenez la situation dans laquelle nous sommes aujourd'hui ».

Voilà où nous en sommes aujourd’hui : si on n'arrive pas à se faire entendre à travers la concertation, le dialogue, l’écoute, la prise en considération, l’adaptation des mesures, alors c'est dans la rue que les choses se passent.

Le contexte dans lequel nous sommes crée un terreau fertile à toutes les dérives possibles et imaginables, à toutes les expressions les plus extrémistes, les plus anarchistes, les plus désorganisées, les plus dangereuses. Ça crée un effet boule de neige.

J’ai ressenti tellement de frustration chez cette écrasante majorité de jeunes qui entendent qu’on ne parle de leur mouvement de contestation que depuis qu’il y a de la violence, des pillages et des détériorations. Non seulement ils n’ont pas plus d’écoute, mais en plus le temps médiatique et politique consacré pour parler de la contestation est réduit aux faits violents et étouffe les revendications pourtant légitimes et importantes qu’ils portent – de manière pacifique et courageuse pour l’immense majorité d’entre eux.

Que fait le Gouvernement pour entendre les jeunes, pour retrouver de la sérénité, du vivre ensemble, du dialogue, du respect, de l’écoute, de la considération à leur égard ? Rien, ils font l’autruche et attendent que ça passe, quand ils ne jettent pas carrément de l’huile sur le feu.

En juillet, ils disaient vouloir retisser des liens, créer de la confiance et du dialogue.

Il est où le chemin du dialogue ? Depuis le mois de septembre, qu'est-ce qu’ils ont mis en place pour les écouter ? Est-ce qu’ils se rendent compte qu'à travers les mesures qui ont été prises, elles sont perçues exactement comme l'inverse du dialogue ?

La situation est chaotique, cacophonique, elle se détériore. Dire aux jeunes qu’ils n’ont pas compris, qu’ils sont mal informés, qu’ils sont instrumentalisés, ça n’est pas la réponse pour reprendre la concertation, le respect, l'écoute. Ils ont besoin d’autre chose que la polarisation à laquelle on assiste depuis des mois et des mois. Ils attendent de la considération et des décisions qui prennent en compte leurs revendications.

Je n’entends pas éviter de parler des excès qui ont été constatés dans ma ville et qui feront l’objet de poursuites judiciaires le cas échéant. Soyons clairs : les pillages, les violences et les dégradations sont inacceptables et doivent être poursuivis. Mais une démocratie commet une erreur lorsqu’elle ne parle plus du mouvement social que par le prisme d’une minorité violente. Derrière quelques centaines d’émeutiers, il y a des milliers de jeunes qui manifestent pacifiquement depuis des mois.

Il reste que, en effet, des groupuscules masqués à Liège pillent, détruisent depuis plusieurs jours. Des commerçants qui souffrent déjà de la détérioration du pouvoir d’achat de leurs clients sont touchés de plein fouet par ces violences. Des policiers sont blessés et doivent faire des journées à rallonge, dans un climat stressant, alors qu’ils sont en diminution d’effectifs depuis 2 ans pour raisons budgétaires et qu’ils sont eux-mêmes impactés par la non-indexation partielle des salaires et l’augmentation du coût de la vie. Je pense aussi à eux ! Les pilleurs doivent être arrêtés et la violence des émeutiers réglée. Il n’y a, je pense, pas un responsable politique qui ne le condamne pas.

Mais on ne peut réduire l’ampleur du mouvement de résistance et de contestation de ces derniers mois aux dégradations matérielles de ces derniers jours. Il faut comprendre les causes profondes du mécontentement, de l’appauvrissement croissant et du sentiment de déclassement qui habite une part de plus en plus grande de la population.

Une cause juste n’a rien à gagner avec la violence, et une démocratie n’a rien à gagner à ne pas écouter sa jeunesse. Mais qu’en est-il quand on n’écoute pas la jeunesse ?

Je n’ai entendu aucune réponse aux revendications de la jeunesse ni aucune temporisation ni remise en cause des politiques menées. En matière de jeunesse, sur le terrain, je vois que les maisons de jeunes font des appels aux dons partout dans la population pour essayer de continuer à organiser des activités et à financer leur personnel. Heureusement que des éducateurs des maisons de jeunes sont dans la rue ! Et en 2027, nous en aurons encore moins par leurs décisions…

Les jeunes sont debout, politisés au sens où ils sont conscients que les décisions politiques les écrasent, que le présent s’assombrit et que les perspectives d’avenir sont encore plus sombres.

La seule réponse que je vois de la part des « responsables » politiques, que je mets entre guillemets pour désigner ceux qui sont responsables de cette situation mais qui manifestent bien peu de capacité à agir de façon responsable, c’est la désinformation et la désignation de boucs émissaires extérieurs, comme « la gauche » ou « les antifas ». La remise en cause du rôle joué par des éducateurs et des membres du monde associatif qui participent pacifiquement aux manifestations en informant les manifestants sur leurs droits, en leur prodiguant des premiers soins et en leur accordant tout simplement de l’attention est une dérive qui détourne le regard des causes structurelles auxquelles ils ont eux-mêmes pu contribuer.

Je m’excuse, mais ça ne constitue ni une réponse politique crédible ni un exemple de bonne gouvernance. Ils n’ont rien à dire sur le manque de perspectives des jeunes, le mal-être croissant des étudiants, les difficultés financières des familles, ou encore les décisions brutales concernant l’augmentation du minerval et du prix des abonnements de bus.
Rien sur la violence des mesures prises. Comme si ça ne comptait pas parce que ça n’avait pas la forme d’une matraque ou d’un gaz lacrymo.

La responsabilité serait donc partout, sauf là où elle devrait aussi être interrogée : dans les choix politiques et les décisions prises. Gouverner, ce n’est pas seulement décider. C’est aussi écouter. Lorsqu’une jeunesse entière dit qu’elle ne voit plus sa place dans la société, la responsabilité d’un gouvernement n’est pas de lui expliquer qu’elle se trompe. Sa responsabilité est d’entendre ce qu’elle essaie de dire avant que le fossé ne devienne irréparable.

25/09/2026

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