28/05/2026
𝐃𝐫𝐢𝐞𝐬 𝐕𝐚𝐧 𝐋𝐚𝐧𝐠𝐞𝐧𝐡𝐨𝐯𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐝𝐚𝐦𝐧𝐞́ 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐢𝐧𝐜𝐢𝐭𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐡𝐚𝐢𝐧𝐞 𝐚𝐩𝐫𝐞̀𝐬 𝐬𝐚 𝐜𝐨𝐧𝐟𝐞́𝐫𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐊𝐔 𝐋𝐞𝐮𝐯𝐞𝐧
Le fondateur de Schild & Vrienden, Dries Van Langenhove, a été condamné pour incitation à la haine et à la violence, ainsi que pour diffusion de haine raciale lors d’une conférence à la KU Leuven. « Il établit des liens de causalité là où il n’y a, tout au plus, qu’une corrélation. »
Dans quelle situation seraient-ils le plus attentifs à leur smartphone, a demandé Dries Van Langenhove à son public le 28 février 2024, dans un auditoire à Louvain : « Si des femmes d’apparence flamande vous demandaient leur chemin, ou des femmes roms ? » Le fondateur de Schild & Vrienden a aussi affirmé, dans un exposé annoncé comme une conférence sur l’agriculture, que « les allochtones se retrouvent de manière disproportionnée du côté des auteurs, et les jeunes autochtones de manière disproportionnée du côté des victimes ». Il a évoqué « le fait que les hommes noirs se retrouvent plus souvent en prison » ou que « les femmes noires se retrouvent plus souvent au chômage ».
« Très controversé, a déclaré M. Van Langenhove, mais ce sont en réalité de simples faits. »
Pour cette conférence à la KU Leuven, le tribunal de Louvain a condamné mardi M. Van Langenhove pour incitation à la haine et à la violence fondées sur la race, la couleur de peau ou l’ascendance ethnique, ainsi que pour diffusion de haine raciale. Dans son jugement, le juge écrit : « Le message essentiel porté par M. Van Langenhove était qu’une grande partie des problèmes auxquels la société est confrontée – l’insécurité, le recul de la qualité de l’enseignement, les “nombres gigantesques d’étrangers dans nos prisons”, la pénurie de logements, la “sécurité sociale en faillite”, ... – serait due au fait que la société serait devenue “superdiverse” et “multiculturelle”. »
𝐃𝐞𝐬 𝐞́𝐭𝐮𝐝𝐞𝐬 𝐬𝐜𝐢𝐞𝐧𝐭𝐢𝐟𝐢𝐪𝐮𝐞𝐬
L’une des principales lignes de défense de M. Van Langenhove lors de l’examen de son dossier en avril était, comme il l’avait aussi indiqué pendant la conférence, qu’il ne faisait « que diffuser des faits ». Il a présenté au juge une longue liste d’études scientifiques et de données chiffrées, souvent issues des pouvoirs publics.
Dans son jugement, le juge répond : « Même à supposer que ce soit le cas, cette affirmation n’enlève rien à ce qui précède. Il n’est en effet pas reproché au prévenu d’avoir diffusé des informations erronées, mais bien d’avoir, par sa présentation des faits, délibérément incité à la haine ou à la violence à l’égard de personnes en raison d’un ou de plusieurs critères prévus par la loi antiracisme. »
Selon Dirk Voorhoof, professeur émérite de droit des médias et rattaché au Human Rights Centre de l’Université de Gand (UGent), le caractère pénalement répréhensible de la conférence tient « à l’interprétation et aux conclusions que M. Van Langenhove associe à certains faits, qui s’inscrivent pleinement dans une logique de dénigrement et d’incitation à la haine ». « Il établit des liens de causalité là où il n’est tout au plus question que d’une corrélation, et y associe des idées de supériorité raciale. »
𝐋’𝐚𝐩𝐩𝐞𝐥 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐯𝐢𝐨𝐥𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐧’𝐞𝐬𝐭 « 𝐩𝐚𝐬 𝐧𝐞́𝐜𝐞𝐬𝐬𝐚𝐢𝐫𝐞 »
Dries Van Langenhove a ainsi dit à ses auditeurs que la plupart des ponts qui se trouvent aujourd’hui en Afrique ont été « construits à l’époque coloniale (…) par des ingénieurs blancs », et que, « lorsque des ponts y sont réparés aujourd’hui », « ce sont des Asiatiques qui s’en chargent ». Il en a tiré la conclusion que « les Blancs sont tout simplement de meilleurs constructeurs de ponts que les Africains ». Dans d’autres passages, il a généralisé davantage encore : « Les Blancs sont tout simplement meilleurs dans certaines choses. Les êtres humains ne sont pas égaux, les animaux ne sont pas égaux, les plantes ne sont pas égales, rien dans la nature n’est égal. »
« Les données peuvent toujours être interprétées de plusieurs manières, dit M. Voorhoof. Lorsque l’on interprète des données exclusivement de manière à inciter à la division dans la société, c’est punissable. »
Le fait que M. Van Langenhove n’ait jamais appelé ouvertement à commettre des actes de violence concrets n’est pas pertinent, selon le juge. « Il suffit que d’autres soient incités à adopter une attitude générale d’intolérance ou de rejet à l’égard du groupe de personnes visé », indique son jugement. Il rejoint ainsi plusieurs arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme. « 𝐋’𝐢𝐧𝐜𝐢𝐭𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐡𝐚𝐢𝐧𝐞 𝐧𝐞 𝐫𝐞𝐪𝐮𝐢𝐞𝐫𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐧𝐞́𝐜𝐞𝐬𝐬𝐚𝐢𝐫𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐥’𝐚𝐩𝐩𝐞𝐥 𝐚̀ 𝐭𝐞𝐥 𝐨𝐮 𝐭𝐞𝐥 𝐚𝐜𝐭𝐞 𝐝𝐞 𝐯𝐢𝐨𝐥𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐧𝐢 𝐚̀ 𝐮𝐧 𝐚𝐮𝐭𝐫𝐞 𝐚𝐜𝐭𝐞 𝐝𝐞́𝐥𝐢𝐜𝐭𝐮𝐞𝐮𝐱 », a écrit la Cour.
Encore selon la Cour, sanctionner les propos qui sèment la haine et dressent délibérément des groupes les uns contre les autres est « nécessaire dans une société démocratique ».
𝐋𝐞 𝐠𝐞𝐧𝐫𝐞 « 𝐧’𝐚 𝐞́𝐭𝐞́ 𝐚𝐛𝐨𝐫𝐝𝐞́ 𝐪𝐮’𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐦𝐚𝐫𝐠𝐞 »
Le ministère public voulait également obtenir la condamnation de Dries Van Langenhove pour des propos qu’il avait tenus sur le genre. Pendant sa conférence, il avait en effet déclaré que « le genre n’existe pas ». « La gauche a créé le genre. (…) Nous voilà donc avec 72 genres, bientôt peut-être 72.000. Tous subventionnés. »
Pour ce chef de prévention, le tribunal a en revanche acquitté M. Van Langenhove. Sa vision « n’est pas conforme aux conceptions scientifiques ou sociales actuelles du genre », indique le jugement, et « sera ressentie par certains comme blessante, insultante, voire choquante ». « Néanmoins, poursuit le juge, le point de vue sur le genre n’est développé en profondeur nulle part pendant la conférence. Le fait qu’il ait critiqué le concept de genre ne signifie pas pour autant qu’il ait aussi voulu inciter à la haine ou à la violence. »
Sur ce point, Dries Van Langenhove est toutefois resté, selon le juge, dans les limites des « expressions d’opinions politiques, qui bénéficient en principe de la protection la plus étendue, parce qu’elles peuvent contribuer au débat public ». Pour ses propos sur la race, M. Van Langenhove s’est vu infliger une amende de 4.000 euros. L’an dernier, il avait déjà été condamné à Gand à un an de prison avec sursis pour des infractions à la loi antiracisme et à la loi contre le négationnisme.
© https://www.standaard.be/bundle/ds/en-francais/9436?item=10