09/03/2026
Alors que le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, met en lumière les inégalités persistantes entre les femmes et les hommes, une réalité reste souvent invisible : celle des femmes qui cumulent précarité financière et charge mentale.
La notion de charge mentale des femmes s’est imposée dans le langage courant pour décrire ce travail invisible d’organisation et d’anticipation du quotidien. Lorsque s’y ajoute la pauvreté, cette pression devient encore plus lourde. Mais que signifie concrètement vivre cette double réalité au quotidien ?
À l’épicerie sociale Les Capucines, au centre de Bruxelles, nous rencontrons tous les jours ces femmes qui cumulent difficultés financières et charge mentale.
Lina, 30 ans, est maman solo d’une petite fille de 3 ans. « Après la naissance de ma fille, mon frère m’a dit : “Tu as l’air fatiguée”. Alors j’ai délégué la gestion financière du ménage à mon compagnon. Il n’a pas payé le loyer ni les charges. J’ai fini par rompre et il a disparu dans la nature. Maintenant, j’élève seule ma fille sans pension alimentaire et en assumant les anciennes dettes. »
Quant à la charge mentale, elle la ressent dans son corps.« J’ai développé une alopécie. J’assume tout, je me prive pour que ma fille ne se rende pas compte des difficultés financières. Chaque matin, au réveil, il faut choisir : se battre ou abandonner. Et je me lève encore. »
Valérie, 50 ans, vit avec son mari et sa fille ado. « Quand je travaillais, j’avais mis en place une sécurité pour ma famille mais tout s’est écroulé avec la maladie. Ensuite, j’ai réussi à retrouver un équilibre financier avec la mutuelle puis le chômage. Mais avec les nouvelles mesures, tout s’effondre à nouveau : budget, recherche d’emploi, famille, logement… ça cogite tout le temps. Le moindre imprévu devient une menace. »
France, 80 ans, a travaillé toute sa vie. Puis le décès de son mari, une maladie grave et la crise énergétique l’ont fait basculer dans la pauvreté.
« Maintenant, je dois tout anticiper, fractionner. Je paie mes factures dès que je touche ma pension et je divise le reste dans des petites enveloppes. Je me débrouille. »Mais l’imprévu est toujours là : « Dès que je sors la tête de l’eau, j’ai l’impression qu’une main invisible m’y fait replonger. Pour l’instant, j’arrive à remonter, mais pour combien de temps ? »
À l’épicerie sociale, nous retrouvons ces femmes chaque semaine. Nous voyons la planification, les listes, les arbitrages, les visages marqués par la fatigue. Et aussi le soulagement discret quand le panier est rempli.
Une épicerie sociale ne supprime pas la pauvreté. Elle ne règle pas les pensions alimentaires impayées. Mais elle réduit une part d’angoisse de la charge mentale : celle liée à l’alimentation.
Le 8 mars 2026, nous célébrons les droits des femmes. Reconnaissons aussi ce travail invisible et immense de penser à tout pour que tout ne s’effondre pas. Reconnaissins que, lorsqu’elle se conjugue à la précarité, cette charge mentale, a un coût social immense et s’accompagne souvent de honte et de solitude. Reconnaissons surtout, la dignité et la résilience de celles qui la portent.