30/10/2025
De Morgen
Le problème n'est pas que la prospérité s'échappe de Bruxelles. Le problème est que le reste du pays déverse sa misère à Bruxelles
Bart Eeckhout est commentateur en chef chez De Morgen. Il met le doigt sur la plaie ouverte de la Région bruxelloise.
Bart Eeckhout Publié le 27 octobre 2025, 03h00
Le bourgmestre de la commune bruxelloise d'Anderlecht envisage d'imposer la fermeture obligatoire de tous les commerces à partir de 21 heures dans le quartier le plus problématique, à l'ombre de la gare du Midi. Cette fermeture vise à mettre fin aux nuisances, principalement causées par les trafiquants de drogue et les toxicomanes.
C'est un plan insensé, dont les effets contre-productifs sont prévisibles. Les commerces honnêtes feront faillite. Aucun restaurant ou café ne survivra s'il doit fermer ses volets à 21 heures. Seuls les établissements où les clients sont secondaires, car ils servent principalement à blanchir de l'argent sale, pourront survivre. Le quartier déserté risque de devenir un désert urbain où l'insécurité sera la norme.
Ce n'est pas la première fois que le bourgmestre d'Anderlecht se montre comme un shérif zélé qui veut s'attaquer au problème réel de l'insécurité avec les mauvais moyens. Si on regarde cela avec un peu d'indulgence, on voit surtout le désespoir d'un homme politique dépassé par les problèmes. Le bourgmestre recourt à l'abus de pouvoir parce que les autorités supérieures – régionales et fédérales – l'abandonnent.
Le fait que le gouvernement régional bruxellois se dérobe à ses responsabilités politiques et sociales n'est pas vraiment une nouveauté. Cela fait déjà plus de 500 jours qu'il n'y a plus de gouvernement à part entière. À chaque « négociation ultime » manquée, le risque augmente qu'il n'y ait toujours pas de gouvernement dans les quatre prochaines années. Il convient de répéter que c'est tout simplement scandaleux.
Le gouvernement bruxellois manque ainsi l'occasion d'assumer un leadership symbolique et politique face à la demande générale des citoyens pour plus de sécurité, de propreté et de progrès. Un gouvernement régional ne peut pas y veiller à lui seul, mais l'absence de gouvernement offre au gouvernement fédéral une excuse facile pour ne pas avoir à en faire trop.
Car là aussi, il y a un problème.
Une étude récente de la Banque nationale a montré une fois de plus que les navetteurs, grâce à leur salaire, emportent une grande partie de la richesse créée à Bruxelles vers leur lieu de résidence en dehors de la capitale. Cette constatation est volontiers interprétée, notamment par les politiciens bruxellois eux-mêmes, comme si cette richesse était retirée à la ville.
Mais ce n'est pas là le problème. Le véritable problème est que le pays et le gouvernement fédéral, national, déversent leurs problèmes dans la capitale. Cela vaut tant pour la politique migratoire que pour la politique de sécurité. Il est facile de clamer haut et fort que moins de demandeurs d'asile seront admis dans la procédure, mais les sans-abri dorment toujours dans des tentes dans les rues de Bruxelles. Et peut-être que le système judiciaire global ne manque pas de moyens, mais c'est certainement le cas à Bruxelles. Quand le gouvernement De Wever va-t-il enfin s'attaquer à ce problème ?
Le gouvernement régional bruxellois fait un gâchis, c'est certain. Les habitants de Bruxelles ont toutes les raisons d'être en colère contre les principaux responsables. Mais les Bruxellois sont en droit d'attendre davantage du gouvernement fédéral que de se contenter de critiquer la politique régionale incompétente.
Quand le gouvernement De Wever va-t-il enfin faire quelque chose pour Bruxelles ?