27/08/2026
LA NUIT QU’ON A ENCORE VOLÉE À BRUXELLES
Du 26 au 27 août 2026, Bruxelles a subi toute une nuit de survols. Les chiffres officiels ne montrent pourtant ni vent suffisant, ni météo dégradée, ni indisponibilité des pistes pour l’expliquer.
À 17h38, le mercredi 26 août, le contrôle aérien bascule Bruxelles-National en configuration est. Décollages par les pistes 07L et 07R, atterrissages par la 07L — celle dont l’axe d’approche traverse Molenbeek, Koekelberg, Jette, Laeken, Schaerbeek et le cœur de Bruxelles.
Puis plus rien ne change.
Ni à 20 heures. Ni à 23 heures, lorsque commence la période de nuit. Ni à minuit. Ni à trois heures. Ni à six heures du matin.
À 6h54, le 27 août, la configuration est toujours en vigueur.
Treize heures et seize minutes d’affilée.
À 6h59, un Airbus A330 de Brussels Airlines en provenance de Washington traverse encore la ville en descente pour se poser sur la 07L. Un gros-porteur au-dessus de quartiers parmi les plus densément peuplés du pays, à sept heures du matin.
Derrière lui arrive le vol de Bangkok.
Le ciel, lui, ne justifiait rien
À 5h50, le bulletin météorologique officiel de l’aéroport indique :
METAR EBBR 270350Z 10003KT CAVOK 17/15 Q1011 NOSIG
CAVOK.
Dans le langage de l’aviation civile, cela signifie une visibilité d’au moins dix kilomètres, pas de nuages significatifs à basse altitude, pas de cumulonimbus et aucun phénomène météorologique significatif.
La visibilité mesurée atteint 35 kilomètres.
Et le vent relevé par les instruments de skeyes ?
Heure Vent moyen
4h00 2 nœuds
5h00 4 nœuds
6h06 3 nœuds
6h34 2 nœuds
6h58 1 nœud
Un nœud. 1,8 km/h.
À sept heures du matin, sur l’aéroport, le vent était pratiquement inexistant.
L’AIP, le document officiel qui encadre l’utilisation des pistes à Bruxelles-National, permet le maintien du système préférentiel tant que la composante de vent arrière ne dépasse pas 7 nœuds, rafales comprises.
Cette nuit-là, la valeur maximale relevée, toutes sources disponibles et rafales comprises, est restée à 5,5 nœuds.
Le seuil de 7 nœuds n’a donc jamais été atteint durant la nuit.
Même constat du côté des prévisions. Le TAF publié la veille à 23h00 annonçait pour la période : vent d’est à 5 nœuds, CAVOK.
Pas de tempête. Pas de brouillard. Pas de plafond bas.
Et pas de vent dépassant le seuil publié.
À 23h00 pile, ce n’est pas la météo qui change. C’est la justification.
Le registre public de skeyes indique deux motifs successifs pour exactement la même configuration :
* 17h38 → 23h00 : « Conditions météorologiques à l’aéroport »
* 23h00 → 6h54 : « Conditions météorologiques près de l’aéroport sur la route de départ et/ou d’approche »
À 23 heures, les pistes ne changent pas.
Les trajectoires ne changent pas.
La météo ne connaît aucune rupture particulière.
Ce qui change à 23h00 pile, c’est le motif inscrit au registre.
Et 23h00 n’est pas une heure quelconque : c’est précisément le début de la période de nuit.
Le premier motif — les conditions météorologiques à l’aéroport — peut être confronté aux relevés de vent. Il est mesurable. Vérifiable. Documenté.
Le second — les conditions météorologiques près de l’aéroport, sur la route de départ ou d’approche — est beaucoup plus difficile à contrôler pour le public : aucun seuil précis n’est publié avec le registre, aucune mesure correspondante n’y est associée, aucun événement aéronautique n’y est documenté.
Au moment exact où commence la nuit, la justification bascule donc d’un critère vérifiable vers un motif que le citoyen ne peut pratiquement plus vérifier.
Et ce second motif va couvrir sept heures et cinquante-quatre minutes.
Toute la nuit.
Pendant ce temps, les corps encaissent
On nous répond parfois : « Vous dormez quand même. » Et bien non !
Justement.
Le bruit nocturne n’a pas besoin de réveiller complètement quelqu’un pour agir sur son organisme. Les passages d’avions peuvent provoquer des micro-éveils, accélérer le rythme cardiaque, augmenter la pression artérielle et fragmenter les différentes phases du sommeil.
De nombreuses personnes n’ont pas dormi cette nuit. Et les éventuels dormeurs peuvent n’avoir gardé aucun souvenir de ces événements.
Leurs organismes, eux, les ont subis.
On peut donc avoir passé sept heures dans son lit et se réveiller sans avoir bénéficié de sept heures de sommeil réellement réparateur. Ou n’avoir pas du tout dormi comme beaucoup de témoignages que nous recevons.
L’Organisation mondiale de la santé recommande, dans ses lignes directrices européennes, de maintenir l’exposition nocturne au bruit aérien sous 40 dB Lnight. Elle associe l’exposition chronique au bruit des transports à des effets sanitaires qui vont bien au-delà de la simple gêne.
À la station de mesure BXL_Usin, le taux de dépassement des normes bruxelloises atteignait 96 % en avril 2026.
Et la route RNP 07L expose près de 280 000 habitants.
Nous ne parlons donc plus d’une poignée de riverains contrariés par quelques avions.
Nous parlons d’une population entière soumise, nuit après nuit, à un facteur de risque sanitaire parfaitement documenté.
La privation de sommeil n’est pas un dommage anodin
Le sujet est suffisamment grave pour choisir les mots avec précision.
Dans son arrêt Irlande c. Royaume-Uni de 1978, la Cour européenne des droits de l’homme examinait les « cinq techniques » infligées à des détenus en Irlande du Nord. Parmi elles figuraient notamment l’exposition au bruit et la privation de sommeil. La Cour les a qualifiées, dans leur contexte et prises ensemble, de traitements inhumains et dégradants.
Évidemment, les situations ne sont pas comparables.
Personne ne prétend que skeyes applique délibérément de telles techniques aux habitants de Bruxelles.
Mais cette jurisprudence rappelle une chose essentielle : empêcher durablement des êtres humains de dormir n’est pas considéré comme un désagrément insignifiant.
L’organisme ne connaît pas la justification administrative inscrite dans un registre. Il réagit au bruit, aux interruptions du sommeil et à leur répétition.
C’est pourquoi nous acceptons le survol lorsque la sécurité aérienne l’exige.
C’est le contrat.
Mais encore faut-il qu’elle l’exige.
Or cette nuit-là, aucune piste n’était annoncée indisponible.
Le 27 août à 6h20, la carte de skeyes affichait les quatre pistes en vert.
Quant aux travaux sur l’ILS de la 25R, skeyes écrivait lui-même dans son communiqué du 20 mars 2026 qu’ils « n’affectent ni le système de pistes préférentielles ni les trajectoires » et que la piste 25R « reste disponible aux départs et aux arrivées ».
Le ciel était CAVOK.
La visibilité atteignait 35 kilomètres.
Le vent était tombé à un nœud.
Alors pourquoi Bruxelles devait-elle encore être survolée ?
Portez plainte : Nous demandons quatre réponses
1. Combien de remises de gaz ont réellement été enregistrées entre 17h38 le 26 août et le retour à la configuration 25 ?
Et combien de signalements de cisaillement de vent ou d’autres phénomènes météorologiques significatifs ont été transmis par les pilotes pendant cette période ?
S’ils existent, qu’ils soient publiés.
2. Quels seuils précis sont appliqués aux prétendues conditions météorologiques « près de l’aéroport » ?
S’ils existent, qu’ils soient rendus publics.
S’ils n’existent pas, il faut le dire clairement et reconnaître la marge discrétionnaire qui préside au choix des pistes.
3. Nous demandons l’archivage public, horodaté et accessible des mesures météorologiques ayant effectivement conduit à chaque changement de configuration, au sol comme sur les trajectoires d’approche et de départ.
Le citoyen doit pouvoir vérifier après coup pourquoi plusieurs centaines de milliers de personnes ont été survolées.
4. Nous demandons le retrait de la route RNP 07L de l’AIP.
Parce qu’une procédure qui permet de concentrer des centaines d’avions au-dessus d’environ 280 000 habitants ne peut pas devenir, par simple répétition, une nouvelle normalité.
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Nous ne demandons pas le silence.
Nous savons qu’un aéroport produit du bruit et que la sécurité aérienne impose parfois des contraintes.
Mais lorsqu’on prive encore et encore une ville de sommeil, la collectivité est en droit d’exiger mieux qu’une formule inscrite dans un registre.
Lorsqu’on nous prend une nuit, il faut une raison.
Et cette raison doit tenir devant les chiffres.
ASBL Free Air 4 Brussels
Toutes les données citées proviennent des publications officielles de skeyes et de Brussels Airport (batc.be), horodatées et archivées.