18/05/2026
« Pour moi, après internet et le smartphone, les lunettes connectées sont une nouvelle révolution pour nous, les déficients visuels » 👓👨🦯➡️
Il y a deux semaines, nous évoquions ici la révolution que pourraient apporter les lunettes Meta et l'application ScribeMe aux personnes déficientes visuelles.
Ce sujet a rapidement retenu l’attention du journal Le Soir, qui souhaitait relayer cette information et nous a contactés pour un article détaillé.
Une nouvelle fois, Chris Alexandre, formateur bénévole pour nos clubs Nouvelles Technologies, a apporté son témoignage et son expertise qui ont grandement enrichi l'article du journal.
Un grand merci à lui, à l'équipe du Le Soir et particulièrement au journaliste Patrice Leprince pour cette couverture de qualité.
Vous pouvez découvrir le texte complet de l'article ci-dessous ou télécharger la version pdf non accessible de cet article en cliquant sur :https://eqla.be/wp-content/uploads/2026/05/Article-Le-Soir-Lunettes-Meta.pdf
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🗞️ Texte complet de l'article :
Les lunettes connectées, un nouvel atout pour les déficients visuels.
Couplé à l’intelligence artificielle, le gadget high-tech de Meta et Ray-Ban permet de décrire l’environnement, lire un menu ou éviter un obstacle, en temps réel et les mains libres. Une avancée que Chris Alexandre, non-voyant et formateur au sein de l’association Eqla, n’hésite pas à qualifier de « révolution ».
Si ce n’est pas toujours son objectif initial, la nouveauté technologique peut aussi rimer avec une meilleure qualité de vie pour les personnes en situation de handicap, en l’occurrence pour les non et les malvoyants qui peuvent aujourd’hui s’appuyer sur de nombreuses applications leur permettant d’élargir le champ de l’accessibilité à travers les nombreuses fonctionnalités proposées.
L’apparition récente et la commercialisation, d’une nouvelle génération de lunettes issues d’un partenariat entre Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp) et Ray-Ban s’inscrira-t-elle dans cette dynamique ? D’aucuns - pensent en tout cas y voir un précieux allié. Sans toutefois crier au miracle, sachant qu’au rayon des déplacements, rien ne vaut la canne blanche ou le chien d’assistance. Reste que ce nouvel outil prisé notamment par les influenceurs avides de se mettre en scène pourrait aussi représenter un véritable atout au quotidien lorsque les yeux font défaut. C’est que, dans la face avant de cette paire de lunettes aux verres conventionnels, deux caméras permettent de photographier, mais surtout de filmer l’environnement. Intégrés aux branches, deux haut-parleurs offrent, eux, la possibilité de discuter avec une intelligence artificielle en temps réel.
Et c’est bien là tout l’intérêt de ce nouvel outil sur le marché. Volontaire au sein de l’association de soutien aux aveugles et malvoyants, Chris Alexandre a pour mission, depuis 2014, de former les déficients visuels à l’utilisation des nouvelles technologies. Depuis un peu moins de deux mois, le tout frais quinquagénaire, non voyant depuis 2015 en raison d’une maladie dégénérative, teste ainsi les lunettes Meta AI reliées via le Bluetooth à son téléphone. Et l’intérêt ne manque pas. « C’est une révolution », résume même l’intéressé. « C’est une véritable aide au quotidien même si, comme pour toute évolution technologique, il y a parfois des bugs, il faut toujours du temps pour gommer les erreurs de jeunesse. Un exemple ? Lors de vos déplacements, cela permet de vous prévenir en cas d’obstacle sur le trottoir sachant que même en connaissant un trajet, les derniers mètres sont les plus importants, notamment pour savoir si vous êtes devant le bon magasin ou devant son voisin. »
« La canne, le chien guide et les lunettes connectées, un tiercé gagnant »
Une demande vocale effectuée après un clic sur la branche tactile, une photo est prise et la réponse fuse à travers les hautparleurs, « qui sont intégrés dans les branches et n’empêchent pas d’entendre les bruits environnants ». On peut aussi téléphoner ou dicter des messages, tout en gardant les mains libres. Un vrai plus lorsque vous êtes chargé et/ou que vous utilisez une canne ou un chien guide. Ou même pour ouvrir une porte. « Il ne faut donc pas sortir son téléphone et c’est très pratique. C’est aussi beaucoup plus simple que de pointer un lieu à décrire avec un smartphone. Il est plus naturel de pointer ce vers quoi on regarde. » Même souplesse au restaurant, en un clin d’oeil, vous voilà informé sur les entrées ou les plats végétariens ou non, selon vos envies. « Sans me lister tout ce qui se trouve sur la page. On peut aussi lister les ingrédients d’une recette et se faire rappeler les quantités au fur et à
mesure, tout en gardant les mains libres. »
Ces lunettes peuvent aussi être couplées à des applications d’aide spécifiques déjà très utilisées par les déficients visuels telles que ScribeMe ou Be My Eyes. « Cette dernière permet, notamment via un appel de quelques secondes, d’obtenir de l’aide avec un correspondant humain, qu’il s’agisse d’obtenir un temps de cuisson affiché sur un emballage ou la couleur d’un vêtement. »
Autre point d’attention, celui lié au respect de la vie privée et du RGPD (Le Soir du 17 avril). « A l’heure actuelle, avec l’application Meta, il n’est pas possible de se faire décrire une personne, la couleur de ses cheveux ou les vêtements qu’elle porte. » Une interdiction qu’il est toutefois possible de contourner avec des applications telles que Scribe me. « Qui va me décrire en direct tout ce qui se passe autour de moi lorsque je me déplace et même les personnes ? Est-ce parce que c’est une application dédiée aux déficients visuels, je ne sais pas. Avec l’intelligence artificielle de Meta seule, il faut chaque fois poser des questions et cela prend du temps, celui de faire la photo et de se faire détailler ce qu’il y a dessus. Cela ouvre des portes. » Actuellement en version bêta, Scribe me est aussi payante. « Je paie 23 euros par mois. Je teste aussi depuis peu l’application OOrion qui elle est gratuite et offre les mêmes avantages, cela fonctionne très bien. » Ces applications peuvent signaler une présence humaine mais sans plus de détails. « Il n’y a pas encore de description précise sachant qu’il faut respecter la liberté et la vie privée de chacun, mais on pourrait imaginer, demain, d’autoriser la reconnaissance d’une personne, ma compagne par exemple qui aurait préalablement donné son accord. Cela pourrait être un bon compromis. »
Cette deuxième génération de lunettes a bien évidemment un coût. « Celles que j’ai sur le nez reviennent à 400 euros. » Il existe aussi depuis peu une monture plus récente qui peut, elle, être munie de verres correcteurs, solaires ou fonçant selon la lumière, un plus pour les malvoyants ou les personnes photosensibles. En usage classique, l’autonomie de l’appareil est de quatre heures, estime notre interlocuteur. « Il faut compter une petite heure de charge dans leur étui pour récupérer 50 % de batterie. »
Et Chris Alexandre qui poursuivra sa mission en partageant son expérience avec les accompagnateurs sociaux et scolaires
de l’association Eqla de conclure : « Pour moi, après internet et le smartphone, c’est une nouvelle révolution pour nous, les déficients visuels. Ces lunettes apportent une précision complémentaire à l’usage de la canne ou du chien guide en pouvant me dire ce qui se trouve plus loin devant moi ou le nom d’une enseigne. C’est un tiercé gagnant. » Très joli rebond donc pour ce gadget initialement destiné à un tout autre public. « Ce n’est a priori pas spécifique pour les personnes aveugles, comme le smartphone, cela nous permet de profiter d’un matériel que tout le monde utilise, c’est aussi ça l’intégration. »