10/10/2026
10 OCTOBRE JOURNÉE MONDIALE DE LA SANTÉ MENTALE
ET SI NOUS PARLIONS DE CE QUE L'ENTREPRENEURIAT FAIT AUSSI À NOTRE SANTÉ MENTALE ?
On nous encourage à entreprendre, à oser, à innover, à prendre notre place, à devenir des leaders.
On nous parle de réussite, de performance, de croissance, de chiffres d'affaires et de dépassement de soi.
Mais combien de fois nous demande-t-on réellement : « Comment allez-vous, derrière votre projet ? »
Parce que derrière chaque entreprise, chaque ambition, chaque initiative, il y a d'abord une personne.
Une personne avec son histoire, ses aspirations, ses doutes, ses blessures parfois, ses responsabilités et ses limites.
Et la santé mentale fait partie intégrante de cette aventure.
Avant même de se lancer, certains vivent déjà une bataille intérieure.
La peur de ne pas être suffisamment compétent.
Le syndrome de l'imposteur qui pousse à remettre constamment sa légitimité en question.
La comparaison avec ceux qui semblent réussir plus vite.
Le perfectionnisme qui empêche de commencer.
La peur du jugement, du rejet, de l'échec, mais parfois aussi de la réussite.
Ces mécanismes peuvent devenir de véritables sources de stress, d'anxiété, de rumination et de perte de confiance.
Et lorsque l'on finit par oser, les pressions ne disparaissent pas nécessairement. Elles changent de visage.
Il faut trouver des financements, répondre aux attentes, prendre des décisions, gérer les imprévus, affronter les refus, assumer les responsabilités.
Parfois, les nuits raccourcissent, les pensées ne s'arrêtent plus, la fatigue s'installe et la frontière entre vie personnelle et professionnelle disparaît.
On continue pourtant à sourire, à motiver ses équipes, à rassurer ses partenaires, à publier ses réussites.
Mais intérieurement ?
Combien d'entrepreneurs s'épuisent en silence parce qu'ils pensent ne pas avoir le droit de faiblir ?
Combien confondent leur valeur personnelle avec les résultats de leur entreprise ?
Combien vivent un échec professionnel comme une remise en question de toute leur identité ?
Combien finissent par considérer le repos comme une perte de temps et la demande d'aide comme une faiblesse ?
Et combien de femmes entrepreneures doivent encore porter, en parallèle, une charge familiale, domestique, émotionnelle et sociale qui laisse trop peu d'espace pour elles-mêmes ?
La santé mentale ne se limite pas au burn-out.
Elle concerne notre équilibre émotionnel, notre capacité à faire face aux difficultés, notre rapport à nous-mêmes, aux autres, à l'incertitude et à la pression.
Elle mérite notre attention avant que le stress ne devienne chronique, avant que l'épuisement ne s'installe, avant que l'isolement ne prenne toute la place.
Mais attention : tout ne relève pas de notre capacité individuelle à être forts ou résilients.
Le manque de ressources, l'insécurité financière, les discriminations, les responsabilités excessives et l'absence de soutien peuvent aussi fragiliser notre santé mentale.
On ne peut pas demander à une personne de prendre soin d'elle tout en ignorant les conditions dans lesquelles elle doit entreprendre.
Chez Empowering Women International, nous défendons une autre vision du leadership.
Un leadership qui commence par l'ancrage, la reconnexion à soi et l'alignement.
Un leadership qui reconnaît que nos émotions ne sont pas des ennemies, que nos limites ne sont pas des échecs et que notre santé mentale mérite autant d'attention que nos objectifs professionnels.
Prendre sa place, ce n'est pas s'obliger à devenir quelqu'un d'autre.
C'est apprendre à reconnaître sa valeur sans attendre constamment la validation extérieure.
C'est oser agir malgré certains doutes, tout en sachant identifier les moments où l'on a besoin de soutien.
C'est comprendre qu'un entrepreneur peut être compétent et anxieux, ambitieux et fatigué, déterminé et traverser une période de fragilité.
La confiance en soi ne remplace pas le soin. La motivation ne remplace pas le repos. Et la résilience ne doit jamais devenir une obligation de souffrir en silence.
Alors, en cette Journée mondiale de la santé mentale, j'aimerais adresser un message à toutes celles et ceux qui entreprennent, qui dirigent, qui hésitent encore à se lancer ou qui tentent de reconstruire leur parcours.
Osez prendre votre place, mais ne vous perdez pas en cherchant à la mériter.
N'attendez pas d'être parfaits pour commencer.
N'attendez pas d'être épuisés pour ralentir.
N'attendez pas d'être en détresse pour demander de l'aide.
Entourez-vous de personnes qui vous soutiennent réellement.
Cherchez un accompagnement lorsque les difficultés deviennent trop lourdes.
Apprenez à déléguer, à poser des limites, à reconnaître vos besoins et à faire de votre santé mentale une priorité dans vos décisions.
Et si aujourd'hui vous traversez une période difficile, rappelez-vous qu'un ralentissement n'efface ni vos compétences, ni votre parcours, ni votre potentiel.
Votre entreprise peut connaître des hauts et des bas. Votre dignité, elle, ne dépend pas de ses résultats.
Nous avons besoin d'entrepreneurs qui innovent, de femmes qui osent, d'hommes qui s'engagent et de leaders qui ouvrent des chemins.
Mais nous avons aussi besoin d'environnements qui permettent à ces femmes et à ces hommes de rester en bonne santé, de se reconstruire lorsque cela devient nécessaire et de réussir sans devoir tout sacrifier.
Et si nous changions enfin notre manière de mesurer la réussite ?
Pas seulement par ce que nous produisons.
Mais aussi par ce que nous préservons.
Notre santé. Notre équilibre. Nos relations. Notre identité. Notre capacité à vivre au-delà de nos responsabilités.
Car entreprendre, ce n'est pas seulement donner vie à un projet. C'est aussi préserver la personne qui lui donne vie.
Alors oui, osez. Lancez-vous. Prenez votre juste place. Faites grandir vos ambitions.
Mais n'oubliez jamais : votre projet mérite de grandir. Vous aussi.
Amina Nsenga
Présidente fondatrice Empowering Women International