19/06/2026
Bulle face à une incertitude financière majeure : les besoins, eux, ne sont pas suspendus.
À Bruxelles, plus de 10.000 personnes sont aujourd’hui sans-abri ou mal logées, dont près de 1.000 vivent directement dans la rue. Face à cette réalité, des associations de terrain assurent chaque jour des missions essentielles que personne d’autre ne remplit. Bulle en fait partie.
Depuis près de dix ans, notre laverie mobile sillonne les rues de Bruxelles pour permettre aux personnes sans-abri et aux personnes en situation de grande précarité d’accéder gratuitement à un service fondamental : laver et sécher leurs vêtements.
Mais notre action ne se résume pas à une lessive.
Chaque semaine, nos équipes vont à la rencontre des personnes les plus fragilisées afin d’offrir un espace d’accueil, d’écoute, d’orientation et de rencontre. Autour d’un café, d’un thé ou simplement d’un moment de discussion, nous recréons du lien social avec des personnes souvent invisibilisées. Nous aidons également nos bénéficiaires dans leurs démarches administratives et les orientons vers les services compétents lorsque cela est nécessaire.
Aujourd’hui pourtant, notre association traverse une période d’incertitude financière majeure.
L’un de nos principaux financements, octroyé par Safe.Brussels, est actuellement gelé dans l’attente des décisions du nouveau gouvernement bruxellois. Ce subside représente près de 30 % de notre budget annuel.
Pour une petite association de première ligne comme la nôtre, cette somme est essentielle. Son absence prolongée met directement en péril notre capacité à maintenir nos activités dans les conditions actuelles.
Pendant ce temps, les besoins ne diminuent pas. Ils augmentent.
Les personnes qui vivent dans la rue continuent d’avoir besoin de vêtements propres, d’un accès à l’hygiène, d’un accompagnement social, d’un téléphone rechargé, d’informations, d’un café chaud et d’un contact humain. La pauvreté ne se met pas en pause parce qu’un gouvernement est en cours de formation.
Si cette situation devait se prolonger, nous serions contraints d’envisager des mesures extrêmement difficiles. Cela pourrait signifier le non-renouvellement de certains contrats de travail, voire la suppression de postes au sein de notre équipe.
Derrière ces postes se trouvent des travailleurs engagés qui assurent quotidiennement une présence dans l’espace public auprès des personnes les plus vulnérables de notre ville.
Derrière ces postes se trouvent également des centaines de bénéficiaires qui risquent de voir diminuer un service essentiel auquel ils ont recours chaque semaine.
Nous comprenons les contraintes institutionnelles liées aux négociations politiques. Mais nous refusons que les associations de terrain deviennent les victimes collatérales de cette période d’incertitude.
Les services de première ligne ne peuvent fonctionner durablement sans visibilité financière. Lorsqu’un financement représentant près d’un tiers du budget annuel est suspendu, ce ne sont pas seulement des chiffres qui sont concernés. Ce sont des emplois, des missions sociales et des personnes déjà fragilisées qui en subissent les conséquences.
Investir dans l’hygiène, la prévention et le lien social n’est pas une dépense accessoire. C’est un investissement dans la dignité humaine, dans la santé publique et dans la cohésion sociale.
Nous appelons dès lors les responsables politiques bruxellois à prendre rapidement les décisions nécessaires afin de garantir la continuité des financements des services essentiels.
Nous ne demandons pas un privilège.
Nous demandons simplement les moyens de poursuivre une mission dont l’utilité est reconnue chaque jour sur le terrain.
Parce que les besoins, eux, ne sont pas suspendus.
Samy Geradain
Directeur de Bulle – Laverie Mobile