22/12/2025
💵 ⚖️ "Les 𝐯𝐢𝐨𝐥𝐞𝐧𝐜𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐣𝐮𝐠𝐚𝐥𝐞𝐬 ne se résument pas aux coups. Elles sont fréquemment psychologiques, économiques, administratives, sexuelles. Elles prennent la forme de 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐨̂𝐥𝐞, 𝐝’𝐢𝐬𝐨𝐥𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭, 𝐝’𝐡𝐮𝐦𝐢𝐥𝐢𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧, 𝐝𝐞 𝐩𝐫𝐢𝐯𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝’𝐚𝐜𝐜𝐞̀𝐬 𝐚̀ 𝐥’𝐚𝐫𝐠𝐞𝐧𝐭, 𝐝’𝐞𝐦𝐩𝐞̂𝐜𝐡𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐞 𝐭𝐫𝐚𝐯𝐚𝐢𝐥𝐥𝐞𝐫 𝐨𝐮 𝐝𝐞 𝐦𝐚𝐢𝐧𝐭𝐞𝐧𝐢𝐫 𝐮𝐧 𝐞𝐦𝐩𝐥𝐨𝐢.
Dans ces situations, la dépendance financière est une violence en soi et un 𝐥𝐞𝐯𝐢𝐞𝐫 𝐜𝐞𝐧𝐭𝐫𝐚𝐥 𝐝𝐞 𝐝𝐨𝐦𝐢𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧. Pour de nombreuses femmes sans emploi, l’allocation de chômage constitue alors le dernier revenu personnel, parfois le 𝐬𝐞𝐮𝐥 𝐞𝐬𝐩𝐚𝐜𝐞 𝐝’𝐚𝐮𝐭𝐨𝐧𝐨𝐦𝐢𝐞 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐮𝐧𝐞 𝐫𝐞𝐥𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐚𝐢𝐧𝐭𝐞. C’est dans ce contexte précis que la réforme intervient. " 👛💸
Comment la réforme du chômage peut alimenter le sans-abrisme féminin.
La réforme limitant la durée des allocations de chômage n’a va pas, à elle seule, créer le sans-abrisme féminin. En revanche, quand elle intervient dans des trajectoires déjà marquées par des violences conjugales souvent invisibles, et agit comme un facteur d’accélération.
Ces violences ne se résument pas aux coups. Elles sont fréquemment psychologiques, économiques, administratives, sexuelles. Elles prennent la forme de contrôle, d’isolement, d’humiliation, de privation d’accès à l’argent, d’empêchement de travailler ou de maintenir un emploi.
Dans ces situations, la dépendance financière est une violence en soi et un levier central de domination.
Pour de nombreuses femmes sans emploi, l’allocation de chômage constitue alors le dernier revenu personnel, parfois le seul espace d’autonomie dans une relation contrainte. C’est dans ce contexte précis que la réforme intervient.
1. Perte du dernier revenu personnel.
Pour ces femmes, l’allocation de chômage constituait souvent le seul revenu propre, parfois le seul levier d’indépendance dans une relation marquée par la violence économique.
La fin des allocations supprime ce revenu individuel sans que les conditions d’un retour rapide à l’emploi soient réunies, notamment en cas de traumatisme, de contrôle exercé par le conjoint, d’isolement social ou de parcours de soins.
2. Absence d’accès effectif au RIS.
Une part importante de ces femmes n’accède pas au revenu d’intégration sociale, en raison :
* du statut de cohabitation,
* de la prise en compte des revenus du conjoint,
* ou de l’absence de reconnaissance immédiate des violences par les services sociaux.
Dans les faits, l’exclusion du chômage ne débouche pas sur un relais automatique vers le RIS, contrairement à ce que supposent les raisonnements administratifs.
3. Sortie du logement sans ressources.
Face à la persistance des violences et à l’absence de revenu, certaines femmes quittent le logement pour se protéger. Cette sortie se fait souvent :
* sans épargne,
* sans réseau familial mobilisable,
* sans solution de relogement immédiate.
À ce moment précis, la réforme du chômage agit comme un point de bascule, elle retire le dernier amortisseur financier au moment où le risque de rupture résidentielle est maximal.
4. Entrée en rue et blocage administratif
Une fois en rue ou en hébergement d’urgence, la situation se dégrade rapidement :
* absence d’adresse de référence,
* délais administratifs longs,
* démarches complexes pour rouvrir des droits sociaux,
* non-recours lié à l’épuisement, à la peur ou à la désorientation.
À Bruxelles, le nombre de femmes sans abri augmente. Cette féminisation du sans-abrisme est moins visible, mais bien identifiée par les acteurs de terrain. Plus l’entrée dans la rue se prolonge, plus la sortie devient difficile, y compris pour des femmes qui disposaient encore récemment d’un statut administratif stable.
5. Un phénomène connu des acteurs de terrain.
Il est évident qu’aucune réforme ne peut anticiper toutes les situations individuelles. Mais ici, il ne s’agit pas d’un phénomène imprévisible.
Les services d’aide aux femmes victimes de violences, les associations de lutte contre le sans-abrisme, les équipes du Samusocial, des maisons d’accueil, ainsi que de nombreux travailleurs sociaux des CPAS décrivent ces trajectoires depuis des années : dépendance financière, violences conjugales peu visibles, rupture du logement, arrivée en rue, puis enlisement administratif.
Ces constats sont partagés, répétés, documentés. Ils relèvent de l’expérience accumulée du terrain, là où la réforme produit ses effets concrets. Le décalage ne se situe donc pas entre la décision politique et une réalité inconnue, mais entre la décision et ce qui est déjà su.
6. Un enchaînement systémique, pas une suite de “cas individuels”.
Il ne s’agit pas d’une addition de situations personnelles, mais d’un enchaînement de décisions publiques insuffisamment articulées :
* réforme du chômage,
* conditions d’accès au RIS,
* prise en compte du ménage,
* pénurie de logements accessibles,
* délais administratifs,
* protections économiques insuffisantes pour les victimes de violences.
Pris séparément, chaque élément peut sembler neutre. Combinés, ils produisent des trajectoires de chute, dont le sans-abrisme est l’issue.
La réforme du chômage n’a pas prévu ces trajectoires. Mais elle les rend plus probables, plus rapides et plus difficiles à inverser pour des femmes déjà exposées à des violences multiples.
Ce n’est pas une exception.
C’est un angle mort structurel.
Understanding Economic Violence against Women. fiche de l’Agence européenne pour l’égalité des genres (EIGE) qui explique le concept de violence économique, comment elle coexiste souvent avec d’autres formes de violences et limite la capacité des femmes à acquérir et maintenir des ressources économiques essentielles.
Disponible ici :https://eige.europa.eu/sites/default/files/documents/EIGE_Factsheet_EconomicViolence.pdf