05/11/2024
Climat : vaut-il mieux parler de « réchauffement » ou de « dérèglement » ?
Le Monde - Chaleur humaine - 05.11.24
La question de la semaine
« Merci pour vos productions… une suggestion : ne voulez-vous pas utiliser l’expression « dérèglement climatique » au lieu de « changement climatique » ? Je trouve que ce mot parle mieux de ce qui nous arrive. » Question posée par Jean à l’adresse [email protected].
Ma réponse : Les climatologues avec qui j’en ai parlé préfèrent utiliser « réchauffement climatique » et « changement climatique », qu’ils jugent plus juste scientifiquement. Mais pour parler plus largement, on peut aussi parler de « crise climatique ».
1/De quoi parle-t-on ?
Pour le dire simplement, notre utilisation du pétrole, du gaz et du charbon émet des gaz à effet de serre qui viennent s’ajouter dans l’atmosphère et augmentent la température moyenne de la planète. Pour comprendre comment fonctionne le réchauffement en détail, je vous conseille cette série d’infographies, réalisée par mes collègues des Décodeurs.
J’avais posé exactement la même question que Jean à la climatologue Valérie Masson-Delmotte dans un épisode de « Chaleur humaine » (que vous pouvez écouter ici)
Elle répondait : « Moi, j’utilise un peu indifféremment réchauffement climatique et changement climatique. “Réchauffement”, c’est juste parce que les rejets de gaz à effet de serre conduisent à une accumulation de chaleur dans la machine climatique. Mais l’expression de “changement climatique” est aussi pertinente, parce que ce n’est pas simplement un changement de température mais c’est aussi, par exemple, une intensification du cycle de l’eau, une montée du niveau de la mer, donc ça permet de brosser ce tableau plus large. »
Je pense que c’est un point très important pour la compréhension du sujet : par exemple les inondations massives en Espagne au mois d’octobre ont été amplifiées par le changement climatique. (Voir cet entretien sur le sujet avec le géologue Antonio Aretxabala.)
Depuis cette conversation, je me suis plutôt fixé cette règle implicite, parler plutôt de « réchauffement » ou de « changement ». C’est la recommandation du Haut Conseil pour le climat, par exemple.
Le terme de « dérèglement » est lui aussi souvent utilisé, y compris par les pouvoirs publics dans des textes de loi. Pour Valérie Masson-Delmotte, mieux vaut éviter ce terme. Elle expliquait dans « Chaleur humaine » : « J’ai travaillé sur les climats passés, comme paléoclimatologue, et quand on regarde la longue histoire des variations climatiques, c’est difficile de suggérer que c’était réglé et que ça devient déréglé. »
2/Et la crise climatique ?
Cela dit, une fois qu’on a dit ça, les termes de « réchauffement » ou de « changement » ne sont pas toujours suffisants pour comprendre l’ampleur des problèmes auxquels nous sommes confrontés. C’est un débat notamment dans les médias sur la meilleure manière de parler de la situation que nous vivons. Au-delà du processus de réchauffement en cours, comment faire comprendre l’urgence ? Au Monde, l’expression « crise climatique » est régulièrement utilisée depuis les années 2006-2007, notamment pour décrire les conséquences des catastrophes – elle est aussi parfois utilisée par des scientifiques qui veulent alerter sur l’ampleur de la catastrophe.
Le Guardian britannique a, lui, décidé en 2019 de privilégier l’expression « crise climatique » (« climate crisis ») plutôt que « changement climatique » de manière systématique. L’agence de presse américaine Associated Press accepte l’utilisation de l’expression « crise climatique » mais uniquement si elle est accompagnée de détails précis. Mais, pour être complet, il faut aussi dire que certains climatologues n’aiment pas trop quand les journalistes utilisent « crise climatique », parce qu’une crise, ça se résout, et que le changement climatique, il va falloir vivre avec.