Jeudi Politique du Club de SPFA

Jeudi Politique du Club de SPFA Bien sûr, ces événements ont lieu fondamentalement en français.

Le club a pour objectif de rassembler les jeunes francophones, de tenir des discussions sur des sujets qui intéressent les jeunes, d’organiser des rencontres avec les politiciens, les analystes des invités arrivés de l'étranger.

19/04/2026

À LIRE DANS LE NUMÉRO DE PRINTEMPS DE "NOUVELLES DE FLANDRE" (N°120 - Avril-Juin 2026) :

Texte du Premier prix du Concours d'Essais « La raison du plus fort dans le droit international », organisé en mars 2026 par la Faculté des Relations internationales de l'Université d'Etat d'Erevan (Arménie) en collaboration avec le SPFA, parrainé par l'Association pour la Promotion de la Francophonie en Flandre (APFF) et le Richelieu international Europe (RIE).

30/03/2026

Rencontres et échanges enrichissants entre la bénévole de SPFA, Elvire Pascal, et les membres du Club des jeunes diplomates francophones, après le visionnage des vidéos de contes tournées par eux. Merci à Elvire.

22/03/2026

La raison du plus fort dans le droit international
Citations tirées des essais

 Tout changement dans le monde a une partie visible. Le public peut entendre, voir ou ressentir ce qui se passe. Mais il y a aussi un « côté sombre » que le public ne voit pas toujours. Quand on parle de l’égalité, de la justice et du droit entre les États, beaucoup pensent que tous les États sont égaux, peu importe leur taille, leur population ou leur puissance militaire et économique. Mais la réalité est plus compliquée : souvent, les relations internationales suivent la logique de la force et non la loi.

 Le droit international peut fonctionner correctement seulement si la force suit le droit, et non l’inverse. Alors, il peut vraiment aider la justice, la paix et l’égalité pour tous les États.
Lucinée Mnatsakanian

 Les racines de cette idée remontent à des temps anciens. Thomas Hobbes, dans sa théorie de « l’état de nature », affirmait qu’en l’absence d’une autorité commune et suprême, les hommes se retrouvent dans un environnement d’insécurité que l’on peut décrire comme une « guerre de tous contre tous ». Dans une telle situation, la force et l’autodéfense deviennent les principaux moyens de survie. Sa célèbre formule — « l’homme est un loup pour l’homme » — est souvent appliquée également aux relations internationales : les États, étant souverains et ne reconnaissant aucune autorité supérieure, agissent fréquemment selon une logique de puissance et d’intérêt.

 Un proverbe populaire dit : « Le mouton a craint le loup toute sa vie, mais à la fin, c’est le berger qui l’a mangé. » Cette parabole symbolise le fait que le véritable danger n’est pas toujours évident : parfois, celui qui se présente comme protecteur ou régulateur devient le bénéficiaire final.

 Le droit international nous est enseigné comme un domaine d'égalité. On nous dit que tous les États sont souverains, que chacun a les mêmes droits, la même dignité juridique. Mais quand on vit en Arménie, cette affirmation sonne non comme une réalité, mais comme un idéal.

 Je ne peux pas parler du « droit du fort » en termes froids et arides. Ce n'est pas une théorie pour moi. C'est un souvenir. C'est la peur de comprendre que les frontières peuvent être modifiées non par la négociation, mais par une démonstration de force. C'est l'incertitude quand les déclarations des instances internationales ne changent rien à ce qui se passe sur le terrain.

 On dit que la Charte des Nations Unies interdit le recours à la force. On dit qu'il existe des tribunaux internationaux. Certes, ils existent. Mais la force n'a pas disparu. Elle est devenue plus rusée. Elle a appris à parler le langage du droit. Aujourd'hui, les forts ont non seulement des armes, mais aussi des avocats, des diplomates et des moyens médiatiques. Ils peuvent présenter leurs actions comme des actes de « sécurité », de « légitime défense », de « stabilité régionale ».

 Voilà le problème. Le droit international n'a pas aboli le droit des forts. Il en a simplement changé la forme. La force peut désormais exercer une influence non seulement sur le champ de bataille, mais aussi à la table des négociations, par la pression économique et la dépendance énergétique.

 Je refuse cependant de croire que le droit soit un simple instrument des forts. Si tel était le cas, les petits États seraient totalement réduits au silence. Le droit nous donne les moyens de dénoncer l'injustice. Il engendre une exigence de responsabilité. Même l'État le plus puissant ne peut aujourd'hui déclarer ouvertement : « Je suis fort, donc j'ai le droit. » Il est contraint de se justifier. Et cette obligation de justification constitue déjà une limite.

 Le droit international n'est peut-être pas encore en mesure d'empêcher toutes les pertes ni toutes les injustices. Mais au moins, il ne permet pas que la force devienne la norme. Il établit une norme devant laquelle même les puissants doivent s'arrêter – sinon pour obéir systématiquement, du moins pour être pris en compte. Et lorsque le pouvoir ne peut plus agir en silence et sans contrôle, c'est déjà un changement. Peut-être modeste, peut-être lent, mais bien réel.
Loucinée Souquiassian

Ce problème apparaît clairement dans plusieurs situations concrètes. Par exemple, en 2003, les États-Unis ont lancé une intervention militaire en Irak sans l’autorisation claire du Conseil de sécurité des Nations unies. De même, en 2014, la Russie a annexé la Crimée, ce qui a été largement condamné par la communauté internationale. Dans ces deux cas, le droit international a été contesté, mais les sanctions n’ont pas permis de changer complètement la situation. Cela montre que le pouvoir et l’influence des grandes puissances restent très importants.

Il est aussi important d’analyser les raisons de cette domination du plus fort. D’abord, il n’existe pas d’autorité mondiale supérieure aux États, ce qui rend l’application des règles difficile. Ensuite, le système du droit de veto au Conseil de sécurité permet aux grandes puissances de bloquer certaines décisions. Enfin, les inégalités économiques et militaires créent un déséquilibre naturel entre les pays.

Pour améliorer la situation, plusieurs solutions peuvent être proposées. Il faut renforcer les institutions internationales et limiter l’usage du veto dans les cas graves. Il est également nécessaire de développer la coopération internationale et le dialogue entre les États. Le rôle des organisations régionales, des ONG et des médias est aussi essentiel pour dénoncer les injustices et protéger les droits humains. Enfin, l’éducation des citoyens peut encourager les gouvernements à respecter davantage le droit international.

Narée Yenoquian

 Au sein du Conseil de sécurité des Nations unies, les cinq membres permanents disposent d’un droit de veto. Ce privilège permet aux grandes puissances de bloquer des décisions, même lorsqu’une majorité d’États y est favorable. Ainsi, la « raison du plus fort » semble parfois primer sur le principe d’égalité.

 Pour les petits États, cette réalité constitue un défi majeur. L’Arménie, par exemple, en tant qu’État de taille modeste dans une région géopolitiquement sensible, a souvent été confrontée aux logiques de puissance. Le conflit du Haut-Karabakh illustre comment les équilibres de force régionaux et les intérêts des grandes puissances influencent les négociations et les décisions internationales. Malgré l’existence de mécanismes juridiques et diplomatiques, les considérations stratégiques jouent un rôle déterminant. Pour le peuple arménien, marqué par l’histoire et par le traumatisme du génocide de 1915, la question de la justice internationale n’est pas seulement théorique mais profondément existentielle.

 Pour des pays comme l’Arménie, l’attachement au droit international n’est pas un luxe mais une nécessité stratégique. Le défi du XXIe siècle consiste donc à renforcer les institutions internationales afin que la justice prime réellement sur la force.
Veronique Asatrian
Chaque État doit respecter l’intégrité territoriale et l’indépendance des autres. Ce principe est devenu très important après la Seconde Guerre mondiale. À cette époque, l’usage incontrôlé de la force a causé la mort de millions de personnes et beaucoup de destruction dans le monde..
Aujourd’hui, les défis sont différents et plus compliqués. Il y a les guerres hybrides, les cyberattaques et les groupes armés non étatiques. Ces situations rendent l’usage de la force plus difficile à contrôler. C’est pourquoi le respect du droit à la force est encore plus important. Il aide à créer des relations sûres entre les pays et à maintenir la paix.
Volodya Djagharyan

 Les juristes Jack Goldsmith et Eric Posner soulignent que le droit international fonctionne dans la mesure où il correspond aux intérêts des États. Lorsque les normes juridiques entrent en conflit avec des intérêts vitaux, en particulier ceux des grandes puissances, celles-ci tendent à les ignorer. Ainsi, l’efficacité du droit international dépend largement du rapport de forces.

 Si tous les États coopèrent et respectent les droits d'autrui, le droit international peut mieux maintenir la paix et limiter le recours à la force.
Armine Ayvayzian

 Déjà dans l’Antiquité, la force constituait un facteur déterminant dans les relations entre les États. L’historien athénien Thucydide, dans son œuvre intitulée Le Dialogue mélien, décrit comment Athènes, en tant que cité-État puissante, imposa sa volonté à Mélos en déclarant ouvertement que « les forts font ce qu’ils peuvent, et les faibles souffrent ce qu’ils doivent ». Cet épisode n’est pas seulement l’expression de la pensée politique du monde antique, mais aussi un exemple classique du réalisme politique, qui allait se manifester pendant des siècles dans les relations internationales.

 Et dans mes reves..
…Lorsque les rayons dorés du soleil illuminèrent la terre, la grand-mère alluma le tonir et fit cuire le lavash parfumé. Le chant des coqs et le bêlement des chèvres se répandirent partout. Le matin est revenu… Les hommes montèrent vers les champs à labourer, les mères nettoyèrent la maison et la cour. Au loin, on entendit le son du zurna. Un mariage joyeux. Une nouvelle famille. La grand-mère, fatiguée, les joues légèrement rougies par la chaleur du tonir, sortit dans la cour. De loin, sur le sentier sinueux, les petits-enfants rentrèrent à la maison en se bousculant, tout joyeux.
La journée est paisible, l’air est pur et le ciel limpide…
Viktoria Torossian

 Le droit international, censé être le garant de la justice et de l'égalité entre les États, se transforme souvent en une "lettre morte" lorsqu'il se heurte à la force brute et aux intérêts géopolitiques. Cela nous amène à nous interroger : le droit international est-il un mécanisme efficace de régulation, ou simplement un masque civilisé derrière lequel se cache "la loi de la jungle? "

 Pour le peuple arménien, ces questions théoriques revêtent une dimension existentielle et sanglante. Notre histoire, et particulièrement les catastrophes géopolitiques de ces dernières années, constitue une illustration flagrante de la suprématie de la force sur le droit. Nous avons vu comment les principes fondamentaux — l’interdiction du recours à la force, l’intégrité territoriale et les droits de l’homme — ont été sacrifiés sur l’autel des intérêts énergétiques et des alliances stratégiques. Alors que le nettoyage ethnique se déroulait en Artsakh et que le territoire souverain de l’Arménie subissait des agressions, la communauté internationale s'est souvent murée dans une "profonde préoccupation". Cela prouve que le droit international se tait là où les armes parlent, et là où la victime ne possède pas assez de "puissance" pour faire entendre son "droit".

 Tant que le droit international ne disposera pas de mécanismes réels pour contraindre les puissants, il ne restera qu’une simple formalisation juridique de la volonté des plus forts. L’exemple de l’Arménie et de l’Artsakh est un défi lancé au monde : si le droit ne parvient pas à protéger le faible contre l’agresseur, il cesse d’exister en tant que valeur civilisationnelle. Nous ne devons pas nous résigner à cette réalité cynique. La communauté internationale doit désormais choisir : soit un retour définitif à la barbarie où triomphe la force brute, soit l’instauration d’une justice réelle où la loi prime sur les armes et les intérêts. La justice ne peut être un objet de négociation ; elle doit être un impératif absolu.
Nare Mouradian

Astghik HaroutyunianPrix d'encouragement du juryLa raison du plus fort dans le droit internationalLe droit international...
22/03/2026

Astghik Haroutyunian
Prix d'encouragement du jury
La raison du plus fort dans le droit international
Le droit international… Quelle expression noble et solennelle ! Il devrait être la forteresse de l’humanité civilisée, derrière les murs de laquelle tous — grands ou petits, puissants ou faibles — devraient être protégés de manière égale. Mais la vie, malheureusement, n’est pas un conte de fées, et la réalité obéit encore à une loi cruelle qui continue de dominer le monde. À quoi servent les milliers de pages consacrées à la Charte des Nations Unies, à la Déclaration universelle des droits de l’homme ou aux décisions des tribunaux internationaux, si, en fin de compte, tout est décidé par l’explosion d’un missile ? Le droit international ressemble souvent à une reine belle mais impuissante, dont le trône peut être occupé à tout moment par un tyran armé et brutal. Le droit international ne peut être sélectif : soit il protège tout le monde, soit il devient un simple emballage élégant pour des crimes. Si nous nous taisons aujourd’hui face à la violence, nous signons l’illégalité de demain.
La raison du plus fort est particulièrement douloureuse pour les petits États. Lorsqu’un pays ne dispose pas de ressources militaires ou diplomatiques suffisantes, sa voix s’éteint souvent sur la scène internationale. Bien que, juridiquement, tous soient égaux, dans la politique réelle, cette égalité reste relative.
Notre histoire est, malheureusement, l’une des manifestations les plus douloureuses et les plus frappantes de la loi de la force. Nous sommes un peuple qui a connu, au prix du sang et des pertes, le visage cruel du droit du plus fort. Du génocide à la perte de l’Artsakh, nous avons ressenti dans notre chair ce que signifie le silence du droit sous le fracas des armes. Lorsqu’un État voisin, en violation de toutes les normes, déclenche une guerre ou impose un blocus, et que les grandes puissances du monde se taisent ou justifient l’agresseur au nom de leurs intérêts, on comprend que la justice internationale n’est souvent qu’une fiction. Où était le droit international lorsque notre peuple était privé de sa patrie, de sa maison, de sa dignité ? La réponse est douloureuse : il est resté sur le papier, lettre morte. Pour nous, ce n’est pas une question théorique. C’est un éclat planté sous la peau. Nous avons vu le droit devenir aveugle et muet lorsque des enfants étaient privés d’avenir. Pour un Arménien, la justice internationale est devenue un phare lointain et inaccessible, qui semble éclairer tout le monde, sauf toi.
Nous avons ressenti cette froide indifférence née du culte de la force. Lorsque le monde préfère le pétrole à la justice, les intérêts géopolitiques à la vie humaine, notre cœur commence à se durcir. Ce n’est pas seulement une perte politique, c’est une perte de foi en l’humanité. Si la force est le seul droit, quelle valeur reste-t-il à l’être humain ?
Dans notre mémoire demeure vive l’histoire de la « louche en papier » de Khrimian Hayrik. Les siècles passent, mais la leçon reste la même : sur les tables des conférences internationales se trouve le « harissa », et nous essayons encore d’y puiser la justice avec des lois de papier.
C’est le moment où l’on comprend que, pour les grands de ce monde, ta douleur n’est qu’une statistique, et ta terre, une simple monnaie d’échange dans les grands jeux géopolitiques. Nous avons appris que le droit international n’est pas un bouclier qui te protégera, mais un instrument que tu dois apprendre à maîtriser. Si le monde ne reconnaît que le langage de la force, alors nous devons apprendre cette langue, mais la parler au service de la justice et non de la violence. Oui, notre cœur s’est endurci, mais c’est avec cette pierre que nous devons bâtir une nouvelle maison, plus solide et plus imprenable. Nous connaissons le prix de la force et les conséquences de l’absence du droit. Notre lutte ne concerne pas seulement une terre ou une frontière : c’est un combat pour que demain aucun autre peuple ne soit contraint de ressentir le froid que nous avons ressenti lorsque le monde nous a tourné le dos au nom du droit du plus fort.
Ces dernières années, notre histoire s’est transformée en une plaie ouverte sur laquelle la communauté internationale applique des pansements froids. Nous avons vu la force triompher du droit, sous les yeux du monde civilisé, lorsqu’une patrie millénaire se vidait de ses habitants, lorsque les décisions des tribunaux internationaux restaient lettre morte, faute d’un poing capable d’en imposer l’application. Le droit international est une robe somptueuse que le monde porte seulement les jours calmes et ensoleillés pour afficher sa civilisation. Mais dès que la tempête éclate, dès que les intérêts s’affrontent, cette robe se déchire et révèle l’instinct sauvage de l’humanité : le plus fort a toujours raison.
Les sentiments humains face à cette réalité sont mêlés : il y a une colère amère, un sentiment d’impuissance et, en même temps, l’espoir qu’un jour tout cela changera. L’espoir que l’humanité mûrira suffisamment pour créer un système où ce n’est pas le plus fort qui dicte les règles, mais où les règles protègent tous, indépendamment de leur puissance. Le droit du plus fort peut conquérir des terres, mais il ne pourra jamais transformer l’injustice en vérité. Et il est de notre devoir humain de ne jamais nous résigner. Nous ne devons pas permettre que le XXIe siècle devienne une nouvelle ère de barbarie où les cartes sont tracées uniquement avec du sang et de l’argent. La justice ne doit pas être un luxe réservé aux puissants. Elle doit être aussi naturelle et accessible que l’air, même pour le plus petit et le plus vulnérable. Le droit peut et doit être plus fort que n’importe quelle arme. Car si la loi du plus fort demeure la seule règle du monde, tôt ou t**d, cette même force dévorera aussi ceux qui se taisent aujourd’hui.
« Pourquoi mon droit serait-il moins important que ta force ? » Cette question reste suspendue dans l’air, sans réponse.

Anri KhatchatrianTroisième prix du concoursLa raison du plus fort dans le droit internationalCes dernières années, les r...
22/03/2026

Anri Khatchatrian
Troisième prix du concours
La raison du plus fort dans le droit international

Ces dernières années, les relations internationales sont devenues plus ouvertes : les grands acteurs parlent ouvertement et franchement de leurs objectifs géopolitiques, militaires et économiques. Cette situation crée une méfiance à l’égard du droit international, des normes et des principes généralement admis. La réalité dans laquelle nous vivons n’est nullement nouvelle ; elle s’est formée au cours du développement historique des relations internationales, en lien avec la lutte de puissance entre les États et avec la structure du système international. Dans l’Antiquité, les relations entre les États et les formations étatiques reposaient sur la force. Les États résolvaient souvent leurs différends par des guerres, puisqu’il n’existait ni organisations internationales ni normes juridiques universellement reconnues capables de réguler les conflits.
Cependant, le système westphalien de 1648 (les traités de paix d’Osnabrück et de Münster) donna un nouveau sens aux relations internationales. La paix de Westphalie confirma la fragmentation politique de l’Allemagne, reconnut l’indépendance de la Suisse et des PaysBas et posa les bases des principes de souveraineté des États et d’égalité entre eux. Ce fut un précédent historique important et, en essence, le modèle préliminaire des relations internationales d’aujourd’hui. Les relations internationales furent placées sur de nouveaux rails, fondés sur les principes de la souveraineté des États, des intérêts nationaux, de l’équilibre des puissances et de la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres États.
Les principes mentionnés ci-dessus constituent également aujourd’hui la pierre angulaire du droit international. Aux XVIIIe et XIXe siècles, les progrès technologiques et industriels engendrèrent de nouvelles contradictions entre les États, et celles-ci furent très souvent résolues par des guerres cruelles et épuisantes. Cependant, le « droit de la force » atteignit son apogée lors des Première et Seconde Guerres mondiales du XXe siècle. L’effondrement des empires et la destruction des États firent de la guerre un instrument « légitime » de mise en œuvre de la politique étatique.
Sans entrer dans les détails de cette vaste période historique, il convient de noter qu’après leur fin, notamment à la suite des procès de Nuremberg et de Tokyo, les États révisèrent leur politique consistant à considérer la force comme le moyen le plus efficace d’atteindre leurs objectifs. Un exemple frappant de cette affirmation fut la fondation de l’Organisation des Nations Unies en 1945. Après 1945, les États commencèrent à « remplacer » le droit de la force par le droit international. Cependant, aujourd’hui, nous sommes témoins de la crise de ce modèle. Les organisations internationales (ONU, OSCE, OMC) ont, avec le temps, subi une érosion et se retrouvent souvent dans une impasse. Si l’un des membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU estime que ses intérêts sont menacés, il contourne le droit international et agit unilatéralement.
Dans le monde actuel, outre les chars, les technologies et les finances sont également des indicateurs de puissance. Les grandes puissances dictent les règles du jeu en transformant la dépendance économique et politique d’autres pays à leur égard en un instrument d’influence. Dans ce contexte, la composante de la régionalisation est également importante. Les grands États créent leurs zones d’influence et des « règles » locales dans lesquelles leur parole est décisive.
Toutes les raisons énumérées réduisent la confiance envers le droit international et les normes, et affaiblissent la foi dans leur universalité. Malheureusement, nous voyons aujourd’hui l’application du droit de la force en Ukraine, au Venezuela, au Moyen-Orient et dans le Caucase du Sud. Nous sommes revenus à une époque de réalisme, dans laquelle la vulnérabilité du droit international face au droit de la force s’accroît.
Dans ces conditions, le droit international est souvent considéré comme un « langage de communication » et comme un instrument de légitimation de la politique des États guidés par le droit de la force.

Liana ZOHRABIANDeuxième prix du concoursLa raison du plus fort dans les relations internationalesDepuis des siècles, il ...
22/03/2026

Liana ZOHRABIAN
Deuxième prix du concours
La raison du plus fort dans les relations internationales

Depuis des siècles, il y avait des pays forts et fiables qui avaient des relations spécifiques. Les guerres ont toujours été menées par les pays plus forts pour qu’ils puissent dominer les plus faibles, afin d’avoir la richesse, le territoire et le pouvoir. Rien n’a changé, sauf que les méthodes se différencient un peu. Au XXe siècle, la création des Nations unies a brillé comme une lumière d’espoir car elle avait un but principal : mettre fin aux conflits et aux conquêtes dans le monde. Mais aujourd’hui, on voit que cette mission de l’ONU est violée par des pays qui possèdent le pouvoir. La question s’évoque : est-ce que, dans le monde où il y a des organisations et le développement des relations internationales, la raison du plus fort domine le droit international ?
Les plus faibles sont souvent confrontés à une réalité où leurs droits ne sont pas respectés, et les pays qui jouent le rôle d’arbitre ne cherchent pas réellement à arrêter les États agresseurs.
Je voudrais ici présenter l’exemple du peuple qui a le plus souffert de cette inégalité : celui d’Artsakh, territoire historiquement arménien, où le peuple arménien possédait une culture et un riche patrimoine. En 1991, après l’effondrement de l’Union soviétique, le peuple d’Artsakh a décidé de son propre destin, en se fondant sur le droit à l’indépendance. Cependant, l’Azerbaïdjan a lancé une offensive contre les civils d’Artsakh. Au cours de la guerre, les forces azerbaïdjanaises ont utilisé des méthodes barbares, mais elles n’ont pas réussi à atteindre leur objectif. L’ONU a adopté quatre résolutions pendant le conflit. Le gouvernement azerbaïdjanais a accusé les Arméniens de ne pas respecter ces résolutions, alors qu’une partie très importante de celles-ci, notamment celle exigeant la cessation immédiate de toutes les hostilités afin d’instaurer un cessez-le-feu durable, a été ignorée par l’Azerbaïdjan. Étant donné que l’offensive avait été lancée par eux, il leur appartenait de mettre fin aux hostilités. Les Arméniens, quant à eux, invoquaient leur droit à l’autodéfense.
En 2020, l’Azerbaïdjan a lancé une nouvelle offensive militaire contre l’Artsakh, tandis que le monde restait silencieux, comme s’il existait un soutien tacite aux actions du pays agresseur. L’Europe s’est limitée à des déclarations, et les grandes puissances n’ont rien fait pour arrêter ce massacre. En 2023, ce territoire historiquement arménien s’est retrouvé vidé de sa population : 120 000 personnes ont quitté leur terre. Certains experts qualifient ces événements de nettoyage ethnique.
Le patrimoine culturel arménien en Artsakh a été laissé à l’abandon. Des églises ont été détruites sous les yeux des organisations créées précisément pour protéger ce type de patrimoine. Elles se sont tues, car la loi du plus fort semble dominer tous les domaines. L’Azerbaïdjan était plus puissant et plus riche.
Est-ce là le monde imaginé par les penseurs des Lumières ? Un monde où l’inégalité aurait disparu et où la fraternité règnerait ? La réponse est non.
Nous vivons une époque où le droit international semble être devenu un instrument au service des puissants. Lorsqu’un pays détient le pouvoir, les règles internationales paraissent s’adapter à ses intérêts. Cette situation est préoccupante, car de nombreux pays et peuples souffrent de cette inégalité persistante.
Dès lors, une question essentielle se pose : le monde deviendra-t-il un jour un espace fondé sur l’égalité et la paix, ou la loi du plus fort continuera-t-elle à régir les relations internationales ?

Nous avons le plaisir de publier les quatre meilleurs essais du concours ainsi que les citations marquantes.Miléna KOUZI...
22/03/2026

Nous avons le plaisir de publier les quatre meilleurs essais du concours ainsi que les citations marquantes.
Miléna KOUZIKIAN
Premier prix du concours

La raison du plus fort dans le droit international
Il existe un proverbe ancien : « La raison du plus fort est toujours la meilleure ». Elle vient de Jean de La Fontaine, dans sa fable “Le Loup et l’Agneau”. Dans cette histoire, le loup ne cherche pas la vérité et la justice, il cherche un prétexte. La force précède l’argument. Et chaque fois que j’observe certaines décisions sur la scène internationale, cette phrase me revient à l’esprit.
Le droit international est fondé sur l’égalité souveraine des États et sur l’interdiction du recours à la force, comme l’affirme la Charte des Nations unies. Sur le papier, aucun État n’est au-dessus des règles. En théorie, le faible et le puissant sont soumis aux mêmes normes.
On parle souvent d’ordre international fondé sur des règles. Pourtant, qui écrit ces règles ? Qui les interprète ? Et surtout, qui peut se permettre de les contourner sans en payer immédiatement le prix ?
Le Conseil de sécurité des Nations unies en est un exemple révélateur. Cinq États disposent d’un droit de veto au sein du Conseil de sécurité des Nations unies. Ce privilège institutionnalise une hiérarchie. Juridiquement, tous les États sont égaux ; institutionnellement, certains le sont plus que d’autres. Cette réalité n’est pas un accident. Elle est le reflet d’un rapport de forces historique.
Les penseurs réalistes comme Hans Morgenthau ont affirmé que le droit international ne peut fonctionner indépendamment de la puissance. Selon eux, les États agissent d’abord en fonction de leurs intérêts nationaux. Le droit devient alors un cadre souple, parfois un instrument, rarement une contrainte absolue.
Le cas du corridor de Latchine illustre clairement cette réalité. Malgré les mesures conservatoires ordonnées par la Cour internationale de Justice en 2023 demandant d’assurer la libre circulation, la situation sur le terrain n’a pas immédiatement changé. Pour moi, cet exemple montre que la raison du plus fort peut, dans les faits, primer sur la décision juridique. Le droit a été affirmé au niveau international, mais son application a dépendu du rapport de forces.
Alors, la raison du plus fort domine-t-elle le droit international ? Parfois, oui. Lorsque les mécanismes de sanction échouent, lorsque la géopolitique bloque la justice, lorsque l’intérêt stratégique l’emporte sur la norme.
Peut-être que la formule de La Fontaine décrit une tentation permanente plutôt qu’une loi absolue, et c’est précisément dans cette tension entre puissance et norme que se joue l’avenir de l’ordre international.

Lancement de la Saison de la Francophonie 2026 à la Faculté des relations internationalesLe 20 mars, à l’occasion de la ...
22/03/2026

Lancement de la Saison de la Francophonie 2026 à la Faculté des relations internationales
Le 20 mars, à l’occasion de la Journée internationale de la Francophonie et du lancement de la Saison de la Francophonie en Arménie, la cérémonie de remise des prix du concours d’essais intitulé « La raison du plus fort dans le droit international » s’est tenue à la Faculté des relations internationales de l’Université d’État d’Erevan.
La cérémonie a débuté par une bonne nouvelle. L’organisatrice du concours et présidente du jury Vartouhi Pétrossian, a annoncé que l’essai de Naré Harutyunyan, lauréate du concours de l’année précédente, avait été publié dans la r***e belge Nouvelles de Flandre dont nous remercions Edgar Fonck, directeur de l’APPF.
Les lauréats ont reçu leurs certificats des mains du doyen de la Faculté des relations internationales, Tigran Eprémian. En félicitant les primés, il a souligné dans son discours l’importance de la langue française dans la carrière professionnelle des futurs diplomates et a exprimé sa volonté de soutenir l’organisation de telles initiatives.
Tous les essais ont été rédigés avec un grand professionnalisme et dans un français de qualité, comme l’a souligné dans son intervention Elvire Pascal, bénévole de l’organisation française SPFA, qui poursuit des études de droit simultanément en Allemagne et en France, et qui était également membre du jury avec voix consultative.
Les prix ont été attribués comme suit :
Le troisième prix a été décerné à Anri Khachatrian, étudiant en première année ;
le deuxième prix à Liana Zohrabian, étudiante en deuxième année ;
et le premier prix à Miléna Kouzikian, étudiante en troisième année.
Le prix d’encouragement du jury a été attribué à Astghik Harutyunian, étudiante en troisième année.
Nous sommes fiers de mentionner que tous les quatre lauréats sont membres du Club des JDF de SPFA.
Devenu une tradition, ce concours d’essais est organisé en coopération avec l’organisation caritative française SPFA et bénéficie du soutien de l’Association pour la promotion de la Francophonie en Flandre ainsi que de Richelieu International Europe, auxquelles nous adressons notre profonde gratitude.

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