08/02/2026
Réforme de la formation des instructeurs ULM : une réforme imposée qui menace notre activité
Réunion d’information, pas de concertation
Vendredi 6 février 2026, s’est tenue à Lyon une réunion formelle entre la DSAC (Direction de la Sécurité de l’Aviation Civile) et les instructeurs ULM au sujet de la réforme de la formation des instructeurs ULM.
Dès l’ouverture, la première question posée par un participant a frappé fort : s’agissait-il d’une réunion consultative ou simplement informative ?
La réponse de l’administration a été sans équivoque : c’était une réunion purement informative, autrement dit la décision était déjà prise en amont.
Aucune information ni document préalable n’ayant été communiqué aux participants, il est ainsi apparu clairement que toute possibilité de contre-proposition ou d’ajustement du texte avait expiré.
Le texte de la réforme, finalisé en collaboration avec la FFPLUM (Fédération Française d’ULM) au sein d’un groupe de travail l’an dernier  , doit être publié en avril et entrer en vigueur en octobre 2026.
Autrement dit, l’administration considère le dossier clos : la FFPLUM était censée avoir consulté ses clubs et instructeurs en amont, et la base ULM aurait donc déjà été entendue.
Cette mise au point liminaire donne le ton d’une ère préoccupante : désormais, l’administration n’écoute plus les pratiquants, se contentant d’informer a posteriori des décisions déjà actées. Pour nous, acteurs de terrain, c’est un véritable camouflet.
Silence fédéral et absence de défense de nos intérêts
Le déroulé de la réunion a confirmé nos craintes sur le fossé qui se creuse entre la base ULM et ses représentants officiels. Mis à part les interventions déterminées de trois membres de la FARULM, que nous représentons fièrement), c’est un véritable silence assourdissant qu’a opposé notre fédération représentative (FFPLUM) tout au long des discussions.
Certains membres du comité directeur présents – dont certains même non élus mais mandatés par la FFPLUM – ont soit défendu bec et ongles les positions de l’administration, soit gardé un mutisme complet face aux mesures annoncées.
Un tel manque de réaction de la part de ceux censés porter la voix des ULMistes est inacceptable. Sommes-nous entrés dans une époque où l’administration décide seule pendant que nos représentants, peu combatifs, acquiescent en silence ? La FARULM ne peut se résoudre à cette fatalité. Nous constatons, amers, que l’intérêt des clubs et pratiquants ULM n’a pas été vigoureusement défendu lors de cette réunion cruciale. Ce silence coupable confine à une forme de trahison de la base, et il est urgent de le dénoncer.
Des avancées positives… noyées dans la réforme
Pour être objectifs, reconnaissons que quelques idées constructives ont émergé de cette réforme. Par exemple, la création d’un collège d’examinateurs ULM est une mesure que nous saluons : professionnaliser et uniformiser l’évaluation des instructeurs ne peut qu’être bénéfique à terme. De même, le renforcement du contrôle des examinateurs – après le flottement engendré par un arrêté de 2017 qui laissait à désirer sur ce sujet – est un pas dans la bonne direction. L’annonce d’un programme de formation initiale remanié intègre également certaines spécificités ULM qu’il était important de préserver. Ces éléments démontrent qu’il est possible d’apporter des améliorations réfléchies à notre filière de formation.
Cependant, ces avancées ponctuelles sont largement éclipsées par le reste de la réforme, dont l’orientation générale nous apparaît néfaste pour l’ULM. Il ne suffit pas d’injecter quelques bonnes idées dans un texte si, par ailleurs, on en profite pour démolir les fondements mêmes de ce qui faisait la force et la sécurité de notre formation d’instructeurs. Malheureusement, c’est bien ce à quoi nous assistons.
La fin de l’instructeur stagiaire : un non-sens dangereux
Le point le plus choquant de cette réforme est sans conteste la suppression pure et simple du statut d’“instructeur stagiaire”. Ce dispositif, en place depuis plus de 25 ans, permettait à un élève-instructeur ULM, après sa formation initiale, de se forger une expérience encadrée en situation réelle en prenant en charge de vrais élèves pilotes sous la supervision d’un formateur d’instructeurs. C’était une étape cruciale et formatrice, certes perfectible, mais garante d’une montée en compétence progressive. Or, l’administration a choisi d’y mettre fin, au motif que ce statut serait juridiquement bancal et source de divers problèmes d’organisation. À la place, on instaure un “instructeur restreint”, calqué sur le modèle de l’aviation certifiée .
Concrètement, un pilote ULM pourra désormais suivre sa formation d’instructeur et retourner dans son club avec sa nouvelle qualification en poche, sans avoir jamais encadré un seul élève en conditions réelles, ni fait “lâcher” (premier vol solo) quiconque. Autrement dit, son baptême du feu en tant qu’instructeur se fera seul, face à un élève inexpérimenté, dans son propre club. Cette situation est inédite en ULM et franchement inquiétante.
L’administration rétorque que “sur avion certifié, on fait comme ça depuis toujours et ça fonctionne”. Peut-être, mais transposer mécaniquement les méthodes de l’aviation générale à l’ULM est une hérésie. Notre milieu, nos machines, notre culture de formation sont différents. Là où les aéro-clubs avion disposent souvent d’équipes structurées et de procédures très normées, la plupart des écoles ULM sont de petites structures, misant sur la proximité et l’expérience de terrain.
Dans le nouveau schéma, l’instructeur restreint sera certes limité pendant 12 mois (il ne pourra pas examiner des élèves ni former d’autres instructeurs pendant cette période ), mais il aura le droit d’enseigner immédiatement malgré son manque total de pratique de l’instruction réelle. On nous promet qu’il sera “encadré” à distance par un instructeur référent. En réalité, ce référent pourra se trouver à 100, 200 ou 500 km de là, et son rôle se limitera à prodiguer des conseils par téléphone ou visioconférence. Le jour J, lorsque notre instructeur inexpérimenté se retrouvera seul sur le terrain avec un élève sur le point de faire son premier vol solo, le référent distant ne pourra ni évaluer directement l’état de l’élève, ni intervenir en cas de mauvaise décision. C’est aberrant et potentiellement accidentogène.
La FARULM considère clairement qu’on frôle la faute grave en matière de sécurité. Former un instructeur sur le tas, sans accompagnement présentiel pour ses premiers lâchers élèves, c’est jouer avec le feu. L’administration, en demi-mot, a reconnu qu’elle devait “corriger une erreur juridique” : en effet, il semble que le statut d’instructeur stagiaire n’avait jamais eu de base réglementaire solide durant 25 ans. Mais la solution choisie – supprimer purement et simplement le stagiaire – est pire que le mal. Plutôt que de régulariser ce statut et d’en renforcer l’encadrement, on le jette aux oubliettes, quitte à sacrifier la qualité de la formation pratique des nouveaux instructeurs. C’est, selon nous, faire payer aux pratiquants les erreurs passées de l’administration. Les arguments, pas assez d’élèves pour le stagiaire, longueur de formation, détournement des règles, autant d’argument de l’administration pour indiquer qu’elle n’a pas les moyens de contrôler…
Un frein supplémentaire pour nos clubs et nos écoles
Ce choc réglementaire ne vient pas seul. Rappelons qu’un arrêté du 17 février 2025 concernant les vols de découverte (baptêmes de l’air en ULM) a déjà accidentologietraintes lourdes sur nos activités associatives et professionnelles  . Ce texte OPS ULM, justifié officiellement par la nécessité d’encadrer les vols payants et la sécurité des passagers, risque de freiner significativement le développement de nos clubs-écoles en restreignant les possibilités de vols d’initiation pour le grand public. Et voilà qu’à présent, on enfonce le clou avec une réforme de la formation instructeur tout aussi handicapante.
Avec la fin de l’instructeur stagiaire, on peut légitimement se demander qui osera encore se lancer dans la formation d’instructeur ULM. Du côté des centres de formation d’instructeurs (CFI), quelle structure acceptera d’endosser la responsabilité d’un “instructeur restreint” disséminé dans la nature, à des centaines de kilomètres, sur lequel elle n’aura quasiment plus de prise ? Du côté des candidats instructeurs eux-mêmes, combien accepteront de payer une formation complète pour se retrouver ensuite isolés, sans tutorat rapproché, face à leurs premiers élèves ? Quant aux clubs ULM, imagine-t-on qu’ils vont encourager l’un de leurs pilotes à suivre ce cursus pour ensuite revenir “formé” mais sans aucune expérience pratique du lâcher d’élève ? C’est impensable pour tout dirigeant responsable soucieux de la sécurité de ses membres.
En théorie, l’objectif affiché de la FFPLUM est d’augmenter le nombre d’instructeurs ULM, notamment dans les régions où ils font défaut, et d’améliorer la sécurité des formations suite à une accidentologie jugée préoccupante . Sur le papier, qui pourrait s’opposer à plus de sécurité ? Mais en pratique, les mesures choisies risquent d’obtenir l’effet inverse. En complexifiant et alourdissant le parcours, en décourageant les vocations et en affaiblissant la formation pratique, on va créer un goulot d’étranglement. Moins d’instructeurs formés, moins d’écoles actives, et in fine moins de pilotes ULM formés… le tout pour un gain de sécurité hypothétique, voire illusoire. C’est un nouveau coup de frein brutal à notre activité, alors même que nous avons cruellement besoin de sang neuf et de renouvellement dans nos rangs d’instructeurs.
Par ailleurs, cette réforme ouvre grande la porte à la concurrence d’autres structures extérieures à notre fédération ULM. On pense notamment à la FFA (Fédération Française Aéronautique, orientée avions certifiés) qui, forte de sa culture administrative dont ce futur arrêté ce marie trés bien avec ses fonctionnements et de ses moyens, pourrait sans difficulté s’emparer de la formation IULM et concurrencer directement nos structures associatives et professionnelles. En alignant les exigences ULM sur le modèle avion, la DGAC semble offrir à la FFA un terrain de jeu familier où elle excelle, au détriment de l’esprit ULM plus pragmatique et accessible. Est-ce vraiment ainsi qu’on pérennisera nos petits clubs ULM locaux, souvent fragiles, face à de grosses structures beaucoup mieux armées ? La question mérite d’être posée, tant le risque de marginaliser nos associations ULM plane sur ce texte.
Défendre notre passion : la FARULM monte au créneau
Face à ces constats alarmants, la FARULM ne restera pas inactive. Nous préparons dès à présent un courrier officiel à l’issue de cette réunion de Lyon, afin de faire remonter à la DGAC et à la FFPLUM par écrit ce qui a déjà été exprimé oralement par nos représentants ce jour-là. Dans cette lettre, nous soulignerons les rares points positifs du projet (car nous savons reconnaître ce qui va dans le bon sens), mais surtout nous exprimerons fermement nos désaccords sur tout ce qui nous semble destructeur pour la filière ULM. Il s’agit de refuser la fatalité d’une formation nivelée par le bas, et de rappeler aux décideurs que leurs choix réglementaires doivent servir la pratique et non la brider.
Comment ne pas s’interroger sur les ambitions réelles de la DGAC et de la FFPLUM ? Comment a-t-on pu, en l’espace de trois ans, élaborer autant de textes allant à l’encontre de la culture ULM que nous chérissons ? Non, imposer à un élève-instructeur de faire une paire d’atterrissages sur une base ULM durant son stage ne suffira pas à préserver l’identité de notre activité (c’est tout au plus un vernis symbolique). Non, calquer notre formation d’instructeurs sur celle de l’avion certifié, en n’y laissant que quelques miettes de spécificités ULM, ne sauvera pas notre discipline – au contraire, cela risque de la dénaturer.
Nous n’avons pas de boule de cristal pour prédire l’avenir de l’ULM en France. Mais une chose est sûre : si nous ne reprenons pas le combat immédiatement, beaucoup de pilotes et d’instructeurs ne se reconnaîtront bientôt plus dans cette passion qui était la leur. À force de vouloir tout encadrer, standardiser, complexifier, on étouffe l’enthousiasme et l’initiative bénévole et innovante qui ont toujours fait vivre nos clubs et nos professionnels. Aujourd’hui, l’administration a décidé de décider à la place des pratiquants. La preuve en est donnée par cette réunion du 6 février, où le représentant (non élu) de notre fédération a passé la journée à se retrancher derrière l’avis de l’administration de tutelle, au lieu de porter la contradiction. Ce renoncement n’est pas acceptable.
La FARULM, au contraire, choisit l’offensive – toujours dans le cadre légal et avec le respect dû aux institutions, mais avec la franchise et la détermination qui s’imposent. Nous ne resterons pas silencieux pendant qu’on démolit méthodiquement tout ce qui faisait le succès de la formation ULM à la française. Nous appelons tous les clubs et pratiquants ULM à se mobiliser, à nous faire part de leurs témoignages, de leurs idées et de leur soutien. C’est ensemble, unis et solidaires, que nous pourrons faire entendre raison à nos interlocuteurs.
En conclusion, trop c’est trop. Cette réforme, telle que présentée, menace l’avenir de nos instructeurs et de nos clubs. La FARULM s’oppose fermement à tout ce qui compromettrait la sécurité, l’efficacité et l’essor de la formation ULM. Notre passion mérite mieux que des décisions technocratiques prises sans nous. L’heure n’est pas à la résignation mais à la réaction : nous devons exiger que des pratiquants compétents et passionnés d’être entendus, tant qu’il est encore temps de préserver l’essence de notre activité ULM. La mois d’avril sera décisif restez à l’écoute, il sera important d’agir pour conserver et ramener notre activité dans sa trace.
— Le Comité directeur de la FARULM