10/03/2026
𝗕𝗔𝗠𝗜𝗟É𝗞É, 𝗤𝗨𝗜 𝗘𝗦-𝗧𝗨 ?
𝗦𝗨𝗥 𝗟𝗘𝗦 𝗧𝗥𝗔𝗖𝗘𝗦 𝗗𝗘 𝗟𝗔 𝗩𝗔𝗟𝗟É𝗘 𝗗𝗨 𝗡𝗜𝗟…
Une vidéo montrant une pratique alimentaire chez les peuples Shinasha et Gumuz, dans la région de Benishangul-Gumuz en Éthiopie, a particulièrement retenu notre attention.
Pourquoi ?
Parce que certains gestes observés nous renvoient immédiatement à une pratique encore vivante chez les Bamiléké : 𝗹𝗲 𝗡𝗸𝘂𝗶 (𝗠𝗽𝗳𝘂).
Chez nous, le Nkui n’est pas simplement un mets.
Il appartient à un univers culturel lié à la maternité, à la naissance, à la protection de la mère et du nouveau-né, mais aussi à la solidarité familiale.
Après l’accouchement, la jeune mère est entourée. On prépare le Nkui pour elle. Dans certaines traditions familiales, on le lui donne directement à la bouche, notamment à l’aide de feuilles de bananier.
Autour d’elle, la famille se rassemble.
On nourrit celle qui vient de donner la vie.
On célèbre l’enfant.
On protège la mère.
On transmet un geste reçu des générations précédentes.
Et c’est précisément là que la question devient fascinante.
𝗣𝗢𝗨𝗥𝗤𝗨𝗢𝗜 𝗥𝗘𝗧𝗥𝗢𝗨𝗩𝗘-𝗧-𝗢𝗡 𝗗𝗘𝗦 𝗚𝗘𝗦𝗧𝗘𝗦 𝗤𝗨𝗜 𝗦𝗘𝗠𝗕𝗟𝗘𝗡𝗧 𝗦𝗜 𝗙𝗔𝗠𝗜𝗟𝗜𝗘𝗥𝗦 À 𝗣𝗟𝗨𝗦𝗜𝗘𝗨𝗥𝗦 𝗠𝗜𝗟𝗟𝗜𝗘𝗥𝗦 𝗗𝗘 𝗞𝗜𝗟𝗢𝗠È𝗧𝗥𝗘𝗦 ?
Hasard culturel ?
Convergence indépendante ?
Contacts anciens ?
Ou traces lointaines de déplacements de populations et de transmissions culturelles entre l’Afrique orientale, la vallée du Nil et l’Afrique centrale ?
Nous ne prétendons pas qu’une vidéo suffit à trancher cette question.
𝗠𝗮𝗶𝘀 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗿𝗲𝗳𝘂𝘀𝗼𝗻𝘀 𝗮𝘂𝘀𝘀𝗶 𝗱𝗲 𝗿𝗲𝗳𝘂𝘀𝗲𝗿 𝗹𝗮 𝗾𝘂𝗲𝘀𝘁𝗶𝗼𝗻.
Car le Nkui n’est pas le seul élément qui nous interpelle.
Lorsque nous regardons profondément la civilisation bamiléké, nous rencontrons un ensemble de pratiques, de symboles et de conceptions qui nous invitent à regarder au-delà des frontières actuelles du Cameroun.
Il y a le 𝗡𝗱𝗼𝗽.
Il y a nos architectures traditionnelles et leurs formes pyramidales.
Il y a la place fondamentale des ancêtres.
Il y a le culte et la conservation des crânes ancestraux.
Il y a notre conception du monde visible et invisible.
Il y a nos rites funéraires, nos sociétés initiatiques, notre conception de la royauté et de la continuité entre les vivants et les morts.
Et il y a aussi des rapprochements linguistiques et conceptuels qui méritent d’être étudiés : 𝗠𝗮â𝘁 / 𝗠𝗮𝗮, 𝗞𝗮, 𝗞𝗲𝗺 / 𝗞𝗮𝗺, ainsi que des formes présentes dans des noms comme Kamsi, Kamogne, Kamto, Kamvu, Kemta et jusque dans La’aKAM.
Pris séparément, aucun de ces éléments ne démontre une filiation directe avec l’Égypte pharaonique.
𝗠𝗮𝗶𝘀 𝗽𝗿𝗶𝘀 𝗲𝗻𝘀𝗲𝗺𝗯𝗹𝗲, 𝗶𝗹𝘀 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗼𝗯𝗹𝗶𝗴𝗲𝗻𝘁 à 𝗽𝗼𝘀𝗲𝗿 𝘂𝗻𝗲 𝗾𝘂𝗲𝘀𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗾𝘂𝗲 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗻𝗲 𝘃𝗼𝘂𝗹𝗼𝗻𝘀 𝗽𝗹𝘂𝘀 𝗶𝗴𝗻𝗼𝗿𝗲𝗿 :
𝗤𝗨𝗘𝗟𝗟𝗘 𝗘𝗦𝗧 𝗟𝗔 𝗣𝗥𝗢𝗙𝗢𝗡𝗗𝗘𝗨𝗥 𝗛𝗜𝗦𝗧𝗢𝗥𝗜𝗤𝗨𝗘 𝗗𝗘 𝗟𝗔 𝗖𝗜𝗩𝗜𝗟𝗜𝗦𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗕𝗔𝗠𝗜𝗟É𝗞É ?
Notre hypothèse de travail est que l’histoire bamiléké doit être replacée dans la longue histoire des mouvements de populations, des échanges et des transformations civilisationnelles du continent africain, notamment dans les relations anciennes entre la vallée du Nil, l’Afrique orientale, les régions du bassin tchadien et l’Afrique centrale.
Cela signifie regarder vers l’Égypte ancienne, mais également vers la Nubie, le Soudan, l’Éthiopie et les différents espaces africains qui ont constitué pendant des millénaires des zones de circulation humaine et culturelle.
𝗡𝗼𝘂𝘀 𝗻𝗲 𝗱𝗶𝘀𝗼𝗻𝘀 𝗽𝗮𝘀 : « la ressemblance est la preuve ».
Nous disons :
𝗖𝗢𝗠𝗣𝗔𝗥𝗢𝗡𝗦.
𝗗𝗢𝗖𝗨𝗠𝗘𝗡𝗧𝗢𝗡𝗦.
𝗙𝗢𝗨𝗜𝗟𝗟𝗢𝗡𝗦.
𝗖𝗢𝗡𝗙𝗥𝗢𝗡𝗧𝗢𝗡𝗦 𝗟𝗘𝗦 𝗦𝗢𝗨𝗥𝗖𝗘𝗦.
𝗜𝗡𝗧𝗘𝗥𝗥𝗢𝗚𝗘𝗢𝗡𝗦 𝗡𝗢𝗦 𝗟𝗔𝗡𝗚𝗨𝗘𝗦.
𝗜𝗡𝗧𝗘𝗥𝗥𝗢𝗚𝗘𝗢𝗡𝗦 𝗡𝗢𝗦 𝗥𝗜𝗧𝗘𝗦.
𝗜𝗡𝗧𝗘𝗥𝗥𝗢𝗚𝗘𝗢𝗡𝗦 𝗡𝗢𝗧𝗥𝗘 𝗠É𝗠𝗢𝗜𝗥𝗘.
Faisons travailler ensemble anthropologues, historiens, archéologues, linguistes, généticiens et détenteurs de nos traditions orales.
Parce qu’avant les frontières du Cameroun, du Nigeria, du Tchad, du Soudan ou de l’Éthiopie, 𝗹’𝗔𝗳𝗿𝗶𝗾𝘂𝗲 𝗲𝘅𝗶𝘀𝘁𝗮𝗶𝘁.
Nos ancêtres circulaient.
Les peuples migraient.
Les cultures se rencontraient.
Les savoirs voyageaient.
Les civilisations se transformaient.
Et lorsqu’un peuple migre, il ne transporte pas seulement son corps.
𝗜𝗹 𝘁𝗿𝗮𝗻𝘀𝗽𝗼𝗿𝘁𝗲 𝘀𝗮 𝗺é𝗺𝗼𝗶𝗿𝗲.
Il transporte ses mots.
Ses dieux.
Ses ancêtres.
Ses interdits.
Ses rites.
Sa manière de construire.
Sa manière de célébrer la naissance.
Sa manière d’enterrer ses morts.
Sa manière de concevoir le monde.
Voilà pourquoi le Nkui nous intéresse.
Voilà pourquoi le Ndop nous intéresse.
Voilà pourquoi nos crânes ancestraux nous intéressent.
Voilà pourquoi nos toitures, nos langues, nos rites, nos symboles et nos traditions nous intéressent.
𝗡𝗼𝘂𝘀 𝗰𝗵𝗲𝗿𝗰𝗵𝗼𝗻𝘀 à 𝗿𝗲𝗰𝗼𝗻𝘀𝘁𝗿𝘂𝗶𝗿𝗲 𝗹𝗲𝘀 𝗰𝗵𝗲𝗺𝗶𝗻𝘀 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗺é𝗺𝗼𝗶𝗿𝗲 𝗯𝗮𝗺𝗶𝗹é𝗸é.
Un peuple qui a traversé migrations, guerres, déplacements, colonisation et persécutions peut perdre les archives écrites de son voyage tout en conservant, pendant des générations, des fragments de ce voyage dans ses rites, ses mots, ses objets et sa manière de comprendre la vie et la mort.
C’est cette mémoire que nous voulons interroger.
Et c’est précisément l’une des raisons pour lesquelles 𝗟𝗮’𝗮𝗞𝗔𝗠 existe :
𝗦𝗼𝗿𝘁𝗶𝗿 𝗱𝘂 𝗰𝗮𝗱𝗿𝗲 𝗰𝗼𝗹𝗼𝗻𝗶𝗮𝗹 𝗱𝗲 𝗹𝗲𝗰𝘁𝘂𝗿𝗲 𝗱𝗲 𝗻𝗼𝘁𝗿𝗲 𝗵𝗶𝘀𝘁𝗼𝗶𝗿𝗲.
Produire nos propres questions.
Construire notre propre paradigme de recherche.
Documenter notre mémoire.
Et replacer l’histoire bamiléké dans la grande profondeur historique du continent africain.
𝗕𝗮𝗺𝗶𝗹é𝗸é, 𝗾𝘂𝗶 𝗲𝘀-𝘁𝘂 ?
D’où viens-tu ?
Quels chemins tes ancêtres ont-ils empruntés avant d’arriver sur les hauts plateaux de l’Ouest-Cameroun ?
Et que racontent encore aujourd’hui ton Nkui, ton Ndop, tes rites, tes ancêtres et tes mots sur ce très long voyage ?
𝗡𝗼𝘂𝘀 𝗻’𝗮𝘃𝗼𝗻𝘀 𝗽𝗮𝘀 𝗲𝗻𝗰𝗼𝗿𝗲 𝘁𝗼𝘂𝘁𝗲𝘀 𝗹𝗲𝘀 𝗿é𝗽𝗼𝗻𝘀𝗲𝘀.
𝗠𝗮𝗶𝘀 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗮𝘃𝗼𝗻𝘀 𝗱é𝗰𝗶𝗱é 𝗱𝗲 𝗽𝗼𝘀𝗲𝗿 𝗹𝗲𝘀 𝗾𝘂𝗲𝘀𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀.
Au lieu de rire de ce que nous ne connaissons pas :
𝗢𝗕𝗦𝗘𝗥𝗩𝗢𝗡𝗦.
𝗖𝗢𝗠𝗣𝗔𝗥𝗢𝗡𝗦.
𝗗𝗢𝗖𝗨𝗠𝗘𝗡𝗧𝗢𝗡𝗦.
𝗖𝗛𝗘𝗥𝗖𝗛𝗢𝗡𝗦.
Car retrouver l’histoire d’un peuple, c’est aussi lui rendre une partie de sa mémoire.
À tous les véritables amis du peuple bamiléké qui accompagnent cette recherche avec respect, curiosité et ouverture : merci.
Quant aux autres…
Désolé. Nous allons chercher quand même...
𝗟𝗮’𝗮𝗞𝗔𝗠 !
𝗣𝗮𝗵-𝗟𝘂𝘀𝘀𝗶 !