30/05/2026
Nord-Kivu: La déconfiture des forces armées de la RDC face aux rebelles du M23 expliquée
La déconfiture des forces armées de la RDC face aux rebelles du M23 appuyés par le Rwanda,Kenya et le Sud Soudan , en début de semaine près de Rubaya, continue de livrer ses secrets.
Alors que les FARDC avaient, depuis la semaine dernière, mis à mal les proxies rwandais dans plusieurs villages du territoire de Masisi, l’absence de reconquête de Rubaya a profondément affecté de nombreux Congolais.
Mais pourquoi ? La reprise de Rubaya par les FARDC aurait constitué un coup énorme pour les rebelles, qui se seraient vus privés d’une importante source de financement de leurs campagnes belliqueuses.
Selon certains témoignages, les responsables du M23, acculés, ont sollicité l’appui de leur parrain, le Rwanda, lequel aurait mobilisé ses soldats d’élite ainsi que des contingents venus du Kenya et du Soudan du Sud.
Les Sud-Soudanais auraient joué un rôle déterminant dans le pilotage de drones, poussant les FARDC et les Wazalendo à battre en retraite. Une attaque de drone non revendiquée dimanche dernier contre un hôtel de Rubaya, dont les victimes ne sont toujours pas connues, n’aurait cependant pas été du goût des rebelles.
En représailles, ces derniers ont pris pour cible le centre de commandement des drones des FARDC situé à l’aéroport de Kisangani. Si la rébellion s’est contentée de le mettre hors service ( images à l’appui) , les FARDC ont de leur côté affirmé avoir intercepté deux drones qui s’approchaient dangereusement de l’aéroport.
Le rôle controversé de la France
Au-delà des événements de Kisangani, des sources militaires pointent du doigt le rôle joué par la France dans la capitulation des forces de Kinshasa à une trentaine de kilomètres de Rubaya.
Selon elles, Paris, soucieuse de préserver ses intérêts dans la mine de Rubaya, aurait préféré appuyer le M23 en fournissant des renseignements sur le terrain des opérations.
Pourquoi la France ? Une véritable guerre froide couve dans le Nord-Kivu autour des intérêts miniers, opposant certains pays de l’Union européenne aux États-Unis.
L’Union européenne avait récemment signé un mémorandum d’entente avec le Rwanda sur les métaux critiques, d’une valeur d’un milliard de dollars. Pour plusieurs analystes, ces métaux proviendraient en réalité des mines du Kivu.
Le rapprochement, depuis un an, entre Donald Trump et Félix Tshisekedi semblait compliquer la donne pour les Européens, la France en tête.
Le fait que Tshisekedi ait inscrit Rubaya sur la liste des entités minières ouvertes aux Américains n’a pas plu à Kigali, encore moins au M23 et ses partenaires. Dans cette dynamique, Paris semble renforcer sa coopération avec les pays de l’Est afin de sauvegarder ses intérêts dans la région. D’où l’organisation, début mai 2026, du sommet Africa Forward à Nairobi, à l’initiative de la France.
Une guerre aux multiples acteurs
Comme dans la plupart de nos analyses, il apparaît que le M23 et le Rwanda ne peuvent pas laisser tomber Rubaya, au même titre que d’autres carrés miniers à Kalehe, Walungu et Mwenga.
La perte de ces zones minières porterait un coup fatal non seulement à leur plan de guerre, mais aussi aux politiques de ces États.
Si la guerre était au départ une affaire entre le Congo et le Rwanda, aujourd’hui de véritables reconfigurations régionales sont en cours.
Allié de premier plan du régime de Paul Kagame, Nairobi a compris que le Congo est une mine à ciel ouvert, tout comme Juba. Face à un État faible, dont les dirigeants ne font pas de la protection de l’intégrité nationale une priorité, chaque pays tente de tirer sa meilleure carte. L’Ouganda et le Burundi, loin de jouer la carte de la déstabilisation, ont préféré passer par la grande porte afin de sécuriser leurs intérêts au Congo.
Une paix incertaine
Bref, la récupération de Rubaya par les armes apparaît aujourd’hui comme une utopie. Kinshasa finira-t-elle par concéder cette mine à ses ennemis au nom d’une politique de « gagnant-gagnant » pour la paix ?
La question reste ouverte, car jusqu’à présent, les Américains demeurent réservés sur la guerre dans l’Est du Congo, en raison de leurs propres intérêts dans la région des Grands Lacs.
Mutakatifu