21/06/2025
Communiqué de Presse N°002/CE/CTDDH/2025
La Convention Tchadienne de Défense des Droits de l’Homme (CTDDH) regrette profondément et dénonce avec la plus grande énergie les assassinats survenus à Mandakao et Oregom dans le Mayo Kebbi Ouest, Assounga dans le Ouaddaï et Mirer dans le Salamat. Elle appelle à l’ouverture d’une enquête indépendante sur ces événements afin de faire toute la lumière sur les exécutions signalées et d’en identifier les responsables.
En outre, elle exprime sa plus vive indignation et sa profonde inquiétude à la suite des propos tenus récemment par le Ministre de la Sécurité Publique lors de sa visite dans la province du Ouaddaï, suite aux événements tragiques dans le canton Molou.
Devant la presse et les caméras, ce haut responsable de l’État a publiquement appelé les forces de sécurité à exécuter sommairement les personnes qualifiées de “bandits” opérant sur les routes, s’en prenant ouvertement aux organisations de défense des droits humains qui réclament le respect des procédures judiciaires et menaçant les populations. Cette déclaration, qui constitue une incitation explicite à la violation du droit à la vie, s’accompagne d’une menace voilée à l’encontre des associations qui œuvrent pour la protection des droits fondamentaux dans notre pays.
La CTDDH rappelle que nul ne peut être privé de la vie ou de sa liberté sans décision préalable de justice, et que toute personne est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité soit établie par une juridiction compétente. Ce principe fondamental est garanti par la Constitution de la République du Tchad, ainsi que par les conventions internationales ratifiées par notre pays, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.
De tels propos, émanant d’un ministre de la République, portent gravement atteinte à l’image de l’État de droit et encouragent des pratiques extrajudiciaires déjà dénoncées par de nombreux rapports nationaux et internationaux.
La CTDDH :
• Dénonce fermement ces déclarations dangereuses, contraires à l’éthique républicaine et aux engagements internationaux du Tchad ;
• Demande la démission immédiate du Ministre de la Sécurité Publique pour manquement grave à ses obligations et atteinte au principe de la séparation des pouvoirs.
La Convention rappelle enfin que la lutte contre l’insécurité ne saurait justifier l’instauration d’un régime d’arbitraire et de terreur, et que la sécurité des citoyens ne peut être assurée que dans le respect des lois et des procédures judiciaires.
Fait à N’Djamena, le 21 juin 2025
Pour le Comité Exécutif de la Convention Tchadienne de Défense des Droits de l’Homme (CTDDH)
Le secrétaire général Adjoint
Ibrahim Mahamat Ibrahim.