23/11/2025
: MASSE SALARIALE : REVENONS AUX FAITS, COMPARONS, ET IDENTIFIONS LES VRAIS DÉFIS
Depuis quelques jours, une affirmation largement reprise indique que la masse salariale du Tchad absorberait 60 % du budget national. Ce chiffre, impressionnant et inquiétant en apparence, mérite pourtant d’être vérifié. Lorsque l’on se tourne vers les documents officiels de la Loi de Finances 2025, une réalité très différente apparaît.
Le tableau “Budget par Section et Titre – 2025” est clair : la masse salariale du pays, inscrite à la ligne “Personnel”, s’élève à 680,3 milliards FCFA. Quant au budget total de l’État, il atteint 2 323,8 milliards FCFA. En croisant ces deux montants, on obtient un ratio de 29,3 %. Autrement dit : la masse salariale du Tchad représente un peu moins d’un tiers du budget national, loin des 60 % évoqués publiquement.
Ce niveau n’est ni excessif ni anormal. Il est même inférieur à la norme régionale UEMOA, qui fixe une limite indicative à 35 %. À l’échelle internationale, le Tchad se situe dans la moyenne : les États-Unis tournent autour de 28 %, la France près de 31 %, le Cameroun à 34 %, la Russie entre 30 et 32 %. La réalité est simple : le Tchad ne dépense pas plus que les autres pays en rémunération de ses agents publics , il dépense autant que ce qu’exige le fonctionnement normal d’un État.
Car la masse salariale n’est pas un luxe. Elle finance nos enseignants, nos médecins, nos infirmiers, nos forces de sécurité, nos agents administratifs, et l’ensemble des personnes qui font tourner au quotidien les écoles, les hôpitaux, les centres de santé, les tribunaux, les préfectures et les institutions du pays. Dire que la masse salariale serait un fardeau exagéré revient à oublier que derrière chaque franc dépensé, il y a un service public rendu à la population.
Le véritable problème de nos finances publiques ne réside pas dans les salaires des fonctionnaires, mais dans d’autres segments du budget : les dépenses non prioritaires, les institutions trop nombreuses et parfois inefficaces, les surfacturations, la corruption persistante, les marchés publics mal contrôlés, les projets budgétivores sans impact réel sur le terrain. Avant de pointer du doigt les revenus des enseignants ou du personnel médical — souvent déjà insuffisants pour faire face au coût de la vie —, il serait plus juste d’interroger les zones d’opacité et les fuites financières qui pèsent lourdement sur les comptes de l’État.
Dans un contexte où les prix montent, où l’inflation fragilise les ménages, où une grande partie des fonctionnaires soutiennent plusieurs proches, toucher aux salaires serait non seulement injuste mais aussi socialement dangereux. Protéger la stabilité du revenu des travailleurs du public, c’est protéger la stabilité des familles et la cohésion sociale du pays.
Pour avancer, notre pays a certes besoin d’un débat budgétaire, comme l’a souligné le Chef de l’État, mais un débat fondé sur les faits. Le véritable enjeu n’est pas de réduire les salaires, mais d’améliorer l’efficacité de la dépense publique, de moderniser la gestion de l’État et de lutter plus fermement contre le gaspillage et la corruption.
C’est cette approche responsable et factuelle que nous voulons promouvoir. Informer, clarifier et proposer : voilà ce qui permettra de bâtir un Tchad plus efficace, plus juste et mieux pour tous. C’est dans cette voie que nous continuerons d’avancer, afin de contribuer, ensemble, à construire le Tchad de demain.