01/12/2025
En ce 1er décembre 2025, je rends un hommage vibrant à mon père, le Commandant Mongol Abakar Oroh, alias Trouk di mié kidi, qui entra triomphalement à N’Djamena aux côtés du MPS. Il occupait alors le poste stratégique de commandant de bataillon, avant d’être désigné chef de liaison de commandement, tenant la coordination des forces avec une maîtrise presque ascétique de la guerre.
Une histoire que ma mère m’a racontée aujourd’hui, vingt jours après la chute d’Hissein Habré, dit toute la trempe de ces hommes et de ces femmes. Mon père, venu de Bamisi où stationnaient les rebelles, se rendit à Al-Facher, cœur incandescent de la rébellion. Là, devant ma mère, il prononça ces mots qui résonnent encore comme un serment de guerre.
« Si je meurs, reste au Soudan. Si je suis vivant et que nous prenons le pouvoir, venez à N’Djamena. »
Il ne parlait ni par bravade ni par orgueil. il parlait comme parlent les hommes pour qui la victoire ou la mort ne sont pas des options, mais des horizons.
Ma mère vivait à Al-Facher depuis la naissance du mouvement. Avec d’autres femmes, elle préparait les repas aux blessés, soutenait le moral des combattants. Al-Facher était le QG du MPS, un sanctuaire de fer et de poussière où se forgeaient les décisions qui allaient renverser un régime.
Lorsque les rebelles prirent N’Djamena, ma mère quitta Al-Facher dans le même véhicule que plusieurs personnes. Parmi eux se trouvait mon grand-père Chaibo Anou, qui avait déjà perdu trois de ses fils. En route vers Tchad , à Tiné, il apprit avec douleur la mort de son fils Issaka Chaibo, tombé à la dernière bataille. Avec des larmes silencieuses, il murmura. « Paix à son âme ». Tout le véhicule se couvrit d’un silence de deuil ; chacun pleura, partageant la douleur d’une perte collective.
C’est également à Tiné que ma mère apprit la mort de mon oncle paternel, Heri Abakar Oroh, tombé lui aussi, fidèle à son devoir, il était dans la protection du Maréchal Idriss Deby. Le MPS avait remporté la victoire, mais au prix de pertes immenses, d’un sacrifice incommensurable. Nous n’oublions pas ces vies données pour que triomphe la liberté.
Aujourd’hui, mon hommage va à tous les combattants du MPS, à ceux dont les noms s’effacent déjà dans la poussière du temps, mais dont la bravoure et le sacrifice demeurent la colonne vertébrale de notre histoire. Ils ont offert leur vie pour que N’Djamena respire librement, pour que le Tchad sorte des ténèbres et retrouve son honneur.
Aboudinga ouroubou