28/08/2025
Dakar, le 28 août 2025 (Mercure Média) – La spécialiste principale de programme et administratrice du programme principal au Centre de Recherche pour le Développement International (CRDI) Francine Sinzinkayo, a appelé, jeudi à Dakar, à rendre les services destinés aux adolescents ''plus accessibles, mieux adaptés et résolument plus inclusifs''.
‘’Le Sénégal a adopté des lois et signé des conventions internationales, mais leur mise en œuvre reste perfectible’’ a insisté Francine Sinzinkayo en marge d’un atelier de formation destiné aux journalistes sur les enjeux cruciaux de la santé de la reproduction des adolescentes et de la lutte contre les violences basées sur le genre.
Un atelier qui s’inscrit dans le programme ADOS, financé par Affaires Mondiales Canada et le Centre de Recherches pour le Développement International (CRDI), qui a soutenu entre 2020 et 2025 des projets de recherche et d’engagement communautaire dans dix régions du Sénégal.
L’objectif est de renforcer les compétences des journalistes pour une couverture médiatique plus éthique, inclusive et engagée sur ces questions sensibles.
Francine Sinzinkayo, administratrice principale au CRDI, a rappelé que le programme ADOS s’est donné pour mission de combler un vide criant dans les données disponibles sur la santé de la reproduction des adolescentes et les violences basées sur le genre.
‘’Nous avons constaté un manque d’informations sur les interactions entre ces deux problématiques. Le projet a permis de générer des données probantes pour appuyer les politiques publiques et les interventions adaptées’’, explique-t-elle.
A l’en croire, ces données, issues de recherches menées par des équipes sénégalaises, ont permis d’identifier les zones les plus vulnérables et de proposer des solutions concrètes. Et, dit-elle, à terme, un dialogue politique réunira les ministères de la Santé, de la Jeunesse, de la Famille et de l’Éducation nationale pour intégrer ces résultats dans les politiques nationales.
Cette exigence d’inclusion est au cœur du projet Jubbanti, coordonné par Aïcha Kanté à Réseau Jeunesse Population Développement du Sénégal (RESOPOPDEV). Elle a fait savoir que son équipe travaille à Pikine et Tambacounda, avec des jeunes en situation de handicap, souvent ‘’invisibilisés’’ dans les politiques de santé.
‘’Il fallait d’abord les former sur leurs droits en santé de la reproduction, puis renforcer leur leadership pour qu’ils puissent porter leurs propres plaidoyers’’, explique-t-elle.
Une cinquantaine de jeunes ont été formés et les résultats sont tangibles. Un budget participatif a été adopté à Pikine, une école a intégré des classes intermédiaires pour les adolescents en situation de handicap et des prestataires de services ont été sensibilisés au langage des signes, se satisfait-elle encore.
‘’Le langage est un vrai obstacle et, sans interprète, la confidentialité est compromise. De même, sans rampes ou structures adaptées, l’accès aux soins devient un parcours du combattant’’, déplore Aïcha qui souligne aussi la stigmatisation persistante. ‘’On pense souvent que les personnes handicapées sont asexuées, qu’elles n’ont pas de besoins en santé reproductive. C’est faux et dangereux’’ défend-t-elle.
A Kolda, Papis Boubacar Sané, coordonnateur du Centre Guidance Infantile et Familiale (CEGID), a misé sur une approche multisectorielle pour pérenniser les acquis du programme. Il a fait comprendre que le CEGID a formé des jeunes filles, des paires-éducateurs, des Bajénus Gokh, des relais communautaires, mais aussi des enseignants, des forces de sécurité et des aidants de santé et tous sont en contact direct avec les enfants et les adolescents, a-t-il expliqué.
Cette stratégie a permis d’ancrer le projet dans les structures étatiques dès le départ, facilitant sa continuité après sa fin officielle en janvier. Aujourd’hui, les services de l’État, notamment le Centre-conseil ADO et la direction de l’Action sociale assurent la prise en charge des survivants de violences. ‘’Mais le maillon essentiel qui fait défaut c’est le financement’’ a estimé M. Sané.
‘’Le projet prévoyait une ligne de 50 000 F CFA pour la prise en charge médicale des survivants. Cette ligne n’existe plus. Les acteurs sont là, les compétences aussi, mais sans enveloppe dédiée, la chaîne de prise en charge est incomplète’’, a regretté Papis Boubacar Sané.
Ces témoignages convergent vers une même urgence, c’est-à-dire bâtir des politiques fondées sur les réalités du terrain, sur les voix des jeunes, des survivantes, des personnes en situation de handicap, et sur les données produites par ceux qui les accompagnent.
L’atelier de formation des journalistes, en leur donnant les outils pour mieux couvrir ces enjeux, participe à cette dynamique de transformation. Car informer, c’est déjà agir. Et dans ce combat pour les droits des adolescentes, chaque mot compte.
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