24/08/2026
SELS/A INFOS
RECRUTEMENT SPÉCIAL DE 2 527 ENSEIGNANTS : PAPE MBAYE MARIE SYLLA ALERTE SUR LE RISQUE D’UNE FORMATION AU RABAIS
Par SELS/A INFOS
Alors que le ministère de l’Éducation nationale s’apprête à mettre en œuvre un recrutement spécial de 2 527 enseignants afin de contribuer à la résorption du déficit en personnel « craie en main », des interrogations persistent sur les conditions d’intégration et surtout sur la formation des futurs recrutés.
Pour Pape Mbaye Marie Sylla, Secrétaire général national du SELS/A et par ailleurs formateur, l’urgence de renforcer les effectifs ne doit en aucun cas conduire à une remise en cause des exigences professionnelles qui fondent la qualité du système éducatif.
Une réponse à l’urgence, mais pas au détriment de la qualité
Le déficit d’enseignants constitue une réalité qui affecte directement les conditions d’apprentissage dans de nombreux établissements. Le recrutement annoncé peut donc apparaître comme une réponse nécessaire à une situation devenue préoccupante.
Cependant, estime Pape Mbaye Marie Sylla, recruter ne suffit pas. Encore faut-il s’assurer que les personnes appelées à exercer le métier disposent des compétences pédagogiques, didactiques et professionnelles nécessaires.
« Le métier d’enseignant ne s’improvise pas », rappelle-t-il, soulignant que l’acte d’enseigner exige une préparation spécifique, une maîtrise des contenus, des méthodes pédagogiques et une connaissance des réalités scolaires.
Pour le responsable syndical, la politique de recrutement doit ainsi reposer sur un équilibre entre quantité, qualification et formation.
Des enseignants du privé déjà opérationnels
Selon Pape Mbaye Marie Sylla, une partie importante des personnes susceptibles d’être concernées par ce recrutement spécial pourrait être constituée de diplômés professionnels exerçant déjà dans les établissements privés.
Il considère cette situation comme une forme de transfert de personnel du privé vers le public.
«« En réalité, le ministère de l’Éducation nationale débauche le personnel des établissements privés », analyse-t-il.»
Cette catégorie présente néanmoins, à ses yeux, un avantage considérable : l’expérience professionnelle.
Ces enseignants sont déjà confrontés aux réalités quotidiennes de la classe. Ils connaissent les contraintes liées à la gestion des élèves, à la préparation des cours, à l’évaluation des apprentissages et à la relation avec les différents acteurs de la communauté éducative.
Pour le formateur, le fait de disposer d’au moins deux années d’expérience professionnelle constitue donc un atout important dans un contexte où le ministère cherche à répondre rapidement au déficit d’enseignants.
Le cas préoccupant des bacheliers sans expérience
C’est surtout l’ouverture du dispositif aux bacheliers sans expérience professionnelle qui suscite les réserves du Secrétaire général national du SELS/A.
Pour lui, cette catégorie aurait dû faire l’objet d’une attention particulière, voire être écartée du recrutement spécial si aucune garantie sérieuse de formation préalable n’était prévue.
Le problème n’est pas de remettre en cause les capacités intellectuelles des bacheliers, mais de rappeler qu’avoir le baccalauréat ne signifie pas être formé au métier d’enseignant.
La transmission des connaissances à des enfants ou à des adolescents suppose des compétences particulières : gestion de classe, pédagogie différenciée, évaluation, psychologie de l’enfant, didactique des disciplines, communication pédagogique et adaptation aux différents profils d’apprenants.
Le calendrier de formation au cœur des inquiétudes
Pour Pape Mbaye Marie Sylla, le principal risque réside dans le calendrier.
Si les nouvelles recrues doivent rejoindre les salles de classe rapidement pour répondre à l’urgence de la rentrée scolaire, la question est de savoir quelle formation initiale pourra réellement leur être dispensée et pendant combien de temps.
Une formation accélérée peut difficilement remplacer une véritable formation professionnelle lorsque les nouveaux enseignants n’ont jamais exercé devant une classe.
Le syndicaliste redoute ainsi un scénario dans lequel certains nouveaux bacheliers seraient affectés directement dans les établissements et contraints d’apprendre progressivement le métier « sur le tas ».
Une telle situation pourrait, selon lui, avoir des conséquences non seulement sur les enseignants eux-mêmes, mais également sur les élèves et, à terme, sur la qualité globale du système éducatif.
« On sacrifie la qualité pour la quantité »
La position de Pape Mbaye Marie Sylla est donc sans ambiguïté : la résorption du déficit d’enseignants est indispensable, mais elle ne doit pas se faire au prix d’un affaiblissement de la formation professionnelle.
«« Appeler ça une solution, c’est du bluff. On sacrifie la qualité pour la quantité », dénonce-t-il.»
À travers cette déclaration, le SELS/A entend attirer l’attention des autorités éducatives sur la nécessité de ne pas considérer le recrutement uniquement sous l’angle numérique.
Pour le syndicat, chaque recrutement doit être accompagné d’un dispositif sérieux de formation, d’encadrement, de suivi et d’évaluation.
Recruter aujourd’hui, former pour durer
Le défi ne consiste donc pas uniquement à trouver suffisamment de personnes pour occuper les postes vacants. Il s’agit également de construire une politique durable de professionnalisation du métier d’enseignant.
Le SELS/A estime que les nouvelles recrues doivent pouvoir bénéficier d’un parcours permettant de consolider progressivement leurs compétences professionnelles.
Une attention particulière devrait être accordée à l’accompagnement des débutants, notamment à travers le tutorat, l’encadrement par des enseignants expérimentés, les stages pratiques et la formation continue.
Cette démarche permettrait de concilier l’urgence de la rentrée avec l’exigence de qualité.
Une interpellation des autorités éducatives
À travers les réserves exprimées par son Secrétaire général national, le SELS/A invite le ministère de l’Éducation nationale à privilégier une approche qui permette de résorber le déficit tout en préservant la qualité des apprentissages.
Le syndicat considère que les enseignants ne doivent pas être perçus comme de simples variables d’ajustement permettant de combler rapidement les postes vacants.
Ils sont au cœur de la réussite des politiques éducatives.
Le recrutement spécial des 2 527 enseignants constitue donc, pour le SELS/A, une opportunité de renforcer les effectifs, mais également un test important de la capacité du système à concilier urgence, professionnalisation et qualité.
ENJEU MAJEUR : NE PAS RÉPÉTER LES ERREURS DU PASSÉ
Au-delà de ce recrutement ponctuel, le débat pose une question fondamentale : quelle politique de recrutement et de formation voulons-nous pour l’École sénégalaise ?
Pour le SELS/A, l’objectif doit être de disposer d’un corps enseignant suffisamment nombreux, correctement formé, motivé et durablement accompagné.
La lutte contre le déficit d’enseignants ne devrait donc pas opposer quantité et qualité. Elle doit permettre de construire simultanément les deux.
Le SELS/A appelle ainsi à un dialogue approfondi entre le ministère, les organisations syndicales, les formateurs et l’ensemble des acteurs de l’éducation afin de garantir que le recrutement spécial de 2 527 enseignants soit une véritable réponse au déficit, et non une solution provisoire susceptible de fragiliser davantage la qualité des apprentissages.
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