11/07/2026
DECLARATION DE PRESSE DU SNTPT SUR LA SITUATION DE LA POSTE
Le Comité Sectoriel Poste du Syndicat National des Travailleurs des Postes et Télécommunications (SNTPT) s'est réuni ce jeudi 09 juillet 2026 pour procéder à une évaluation approfondie de la situation de La Poste. Les conclusions de cette rencontre sont suffisamment graves pour que le Comité Sectoriel tienne à les partager avec l'opinion nationale et avec les plus hautes autorités de l'État à travers cette déclaration.
Le Comité Sectoriel Poste du SNTPT vous remercie d'avoir répondu à son invitation.
Si nous prenons aujourd'hui la parole, c'est parce que le silence qui entoure la situation de La Poste est devenu aussi inquiétant que la crise elle-même. Face aux difficultés que traverse cette entreprise stratégique, le devoir de vérité nous impose de prendre la parole.
Le Sénégal est peut-être en train de perdre l'une de ses plus importantes entreprises publiques, dans une indifférence qui ne dit pas son nom.Car La Poste n'est pas une entreprise comme les autres. Elle est un patrimoine national. Elle est un outil de cohésion sociale et territoriale. Elle est l'un des rares services publics présents jusque dans les localités les plus reculées du pays. Elle constitue un puissant instrument d'inclusion financière pour des milliers de Sénégalais, notamment les populations vulnérables, les retraités, les acteurs du secteur informel et une grande partie de notre diaspora.
C'est pourquoi, nous refusons d’assister, dans un silence complice, à sa dégradation continue, ni sacrifié au gré de l’inaction ou des tâtonnements périlleux. L'affaiblissement de La Poste n'est donc pas seulement un problème de travailleurs ou de gestion d'entreprise. C'est une menace pour la continuité du service public, pour l'inclusion financière, pour la souveraineté économique et pour la présence même de l'État auprès des citoyens.
Or, chacun le sait, aujourd'hui, cette institution stratégique est confrontée à une crise existentielle. Une crise financière profonde. Une crise de gouvernance sans précédent. Une crise de confiance. Et surtout, une crise de l'action publique.
Conscient de cette réalité, l'État avait réuni, le 1er septembre 2025, un Conseil interministériel consacré exclusivement au redressement et à la relance de La Poste. Cette importante rencontre, présidée par l'ancien Premier ministre, avait débouché sur quinze décisions fortes, porteuses d'espoir aussi bien pour les travailleurs que pour tous les Sénégalais.
Malheureusement, près d'une année plus t**d, force est de constater que ces engagements sont restés, pour l'essentiel, au stade des intentions. Les mesures attendues t**dent à se matérialiser, tandis que la situation de l'entreprise continue de se dégrader. Le constat est accablant :
👉 aucune mise en œuvre effective des mesures annoncées ;
👉 aucune communication sur l'état d'avancement des décisions ;
👉 aucune visibilité sur l'avenir de l'entreprise ;
👉 aucune réponse aux inquiétudes des travailleurs et des usagers.
Pire encore, le changement de Gouvernement intervenu entre-temps semble avoir plongé le dossier de La Poste dans un inquiétant oubli administratif. Pourtant, un nouveau Premier ministre a été nommé et un nouveau ministre chargé des Postes a également pris fonction.
Le SNTPT avait légitimement espéré une relance du dossier de La Poste, un signal fort, une feuille de route claire. Mais, à notre grande surprise, lors de la passation de service au niveau du ministère de tutelle, aucun mot n'a été prononcé sur l'avenir de cette entreprise pourtant en situation d'urgence.
Ce silence interpelle. Ce silence inquiète. Ce silence est dangereux. Car pendant que l'on se tait, la situation continue de se détériorer.
Des travailleurs, qui ont pourtant consacré leur vie au service public, se retrouvent jusqu’au moment où nous parlons sans salaire et sans la moindre explication.
Des milliers d'usagers constatent chaque jour une dégradation continue des prestations.
Les services de courrier à l'international sont aujourd'hui suspendus en raison du non-respect de nos engagements vis-à-vis de certains partenaires aériens, portant gravement atteinte à l'image du Sénégal et pénalisant particulièrement nos compatriotes de la diaspora.
Le SNTPT revient d'une tournée nationale qui a confirmé une réalité alarmante : le service public postal est en train de s'effondrer.
Dans plusieurs localités du pays, les bureaux de poste sont dans un état de délabrement avancé.
Les agents travaillent dans des conditions indignes : manque de matériel, insuffisance d'équipements, bâtiments dégradés, parfois dangereux pour les travailleurs et les usagers.
Cette situation est d'autant plus préoccupante qu'elle intervient dans un contexte de graves défaillances de gouvernance.
Depuis plusieurs mois, le SNTPT dénonce :
🚨 l'absence de vision stratégique ;
🚨 l'inertie dans la prise de décision ;
🚨 un leadership défaillant ;
🚨 des choix de gestion contestables ;
🚨 une gabegie incompatible avec les principes de bonne gouvernance qui doivent prévaloir dans une entreprise publique de surcroit en situation de quasi-faillite ;
🚨 une utilisation des ressources publiques qui soulève de sérieuses interrogations.
Pendant que les travailleurs attendent leurs salaires et que les bureaux de poste se dégradent, des dépenses importantes sont engagées pour la réfection de la villa de fonction du Directeur général pour un montant avoisinant cinquante millions de francs CFA.
Le SNTPT dénonce également l'utilisation abusive de certains moyens d’exploitation, notamment des véhicules de l'entreprise à des fins personnelles et familiales, alors même que des indemnités compensatoires sont déjà servies au Directeur général aussi bien pour son transport que pour son logement.
Ces préoccupations ont d'ailleurs dépassé le cadre du débat syndical puisqu'elles ont été portées par la représentation nationale au Gouvernement à travers une question écrite de l'Honorable député Guy Marius Sagna. Le SNTPT considère que le Gouvernement ne peut donc rester indifférent à de telles interpellations. En sa qualité d'actionnaire unique, l'État ne peut rester spectateur pendant que cette entreprise publique s'enfonce dans une crise dont les conséquences pourraient devenir irréversibles.
Les travailleurs attendent des réponses. Les usagers attendent des réponses. Les Sénégalais attendent des réponses.
Mais au-delà de ces préoccupations, nous voulons aujourd'hui alerter la Nation sur les conséquences potentiellement dramatiques d'un effondrement de La Poste.
Laisser mourir La Poste, c'est :
🔔 priver des millions de Sénégalais d'un service public de proximité ;
🔔 aggraver l'exclusion financière de milliers de citoyens ;
🔔 fragiliser davantage les échanges avec la diaspora ;
🔔 compromettre les ambitions de l'État en matière de souveraineté numérique et financière ;
🔔 détruire des milliers d'emplois directs et indirects ;
🔔 envoyer un signal désastreux sur la capacité de l'État à préserver ses entreprises stratégiques.
La disparition ou l'affaiblissement durable de La Poste aurait un coût économique, social et politique considérable pour notre pays.
C'est pourquoi le SNTPT lance un appel solennel à Son Excellence Monsieur le Président de la République, au Premier ministre et à l'ensemble du Gouvernement :
Le temps des diagnostics est terminé. Le temps des décisions est arrivé. Nous demandons :
1️⃣ la clarification immédiate de la vision de l'État pour La Poste ;
2️⃣ la mise en œuvre effective et urgente des quinze mesures issues du Conseil interministériel ;
3️⃣ la finalisation du processus de recapitalisation de l'entreprise ;
4️⃣ le paiement sans délai des salaires des travailleurs ;
5️⃣ l'ouverture d'un dialogue sincère et transparent avec l'ensemble des parties prenantes ;
6️⃣ l'instauration d'une gouvernance responsable, exemplaire et conforme aux exigences de gestion des ressources publiques.
Le SNTPT réaffirme aujourd'hui qu'il mène un combat de principe. Notre démarche n'est animée ni par la polémique ni par la confrontation. Elle est guidée par un impératif de responsabilité. Notre combat est celui de la sauvegarde d'un patrimoine national. Notre combat est celui de la défense du service public. Notre combat est celui de la préservation des emplois et de la protection des intérêts du peuple sénégalais. Car lorsqu'une institution aussi importante que La Poste vacille, c'est l'État qui s'affaiblit. Lorsque le service public postal recule, ce sont les citoyens les plus vulnérables qui en paient le prix. Et lorsqu'une entreprise stratégique est abandonnée à son sort, c'est la confiance des Sénégalais dans l'action publique qui est mise à rude épreuve.
« Sauver La Poste n'est pas une faveur accordée aux travailleurs. C'est une exigence nationale, un impératif de souveraineté et un devoir de l'État envers le peuple sénégalais. »
L'histoire retiendra ceux qui auront eu le courage d’agir pour sauver La Poste. Elle retiendra également ceux qui auront choisi le silence et l'inaction. C'est le tout sens de cette déclaration.
Ensemble nous vaincrons !