13/08/2025
À la une
Monsieur le Ministre de l’éducation de la Polynésie française,
Avec tout le respect que nous vous devons, nous nous permettons de vous rappeler que les parents que nous sommes ne sont pas forcément « des joueurs de bingo ».
Pour ceux qui le sont, vous êtes-vous posé les questions suivantes :
- Pourquoi sont-ils dans cette situation ?
- Est-ce-que la vie actuelle leur permet de vivre décemment avec la situation économique d’aujourd’hui ?
Ceux sont des interrogations parmi tant d’autres.
Monsieur le Ministre,
La Fédération que nous sommes et représentante des Associations des Parents d’élèves des écoles publiques (La FAPEEP) s’insurge encore une fois, du manque de respect de votre part, envers les piliers des familles, de différentes origines, de différentes catégories sociales, de différentes confessions religieuses et de différents bords.
Des parents qui essayent d’inculquer des valeurs fondamentales à leurs enfants.
Des parents qui cherchent tant bien que mal d’arrondir les fins de mois, pour ramener de quoi manger pour sa famille.
Comment pouvez-vous cataloguer les parents au rang des joueurs de « bingo » ?
Nous vous rappelons que la bienveillance est de mise de nos jours en Polynésie.
Où est le « Fa’atura », le « respect » ?
Où est le « Fa’aora », le « soutien » ?
Où est le « Fa’atupu », la « construction », « bâtir » un pays, … ?
Monsieur le Ministre,
Vous voulez mettre en place une école qui nous ressemble et nous rassemble, mais vous nous considérez ainsi … « des joueurs de bingo ».
Nous sommes désolées, ce n’est pas la vision que nous avons d’un représentant du Pays et surtout du Ministre de l’éducation de la Polynésie Française.
En généralisant, en insistant et en stigmatisant les parents ainsi…
Où est l’humilité dans vos propos ?
Où est l’amour dans vos propos ?
Où est la paix dans vos propos ?
Comme les anciens « Nos Tupuna » aiment le dire… « A parahi e A feruri maitai ».
Nous avons pris connaissance de vos propos dans les journaux télévisés concernant la fin de la surveillance des enfants par les enseignants 10 minutes après la fin des cours, et nous souhaitons apporter quelques éléments de réflexion en tant que représentants des parents d’élèves.
Tout d’abord, nous comprenons parfaitement le souci de faire respecter les textes officiels et la nécessité pour les enseignants de ne pas être sollicités au-delà de leur temps de travail. Nous reconnaissons également que la surveillance des enfants en dehors des heures scolaires constitue une charge supplémentaire non prévue dans leur mission.
Cependant, la réalité quotidienne que vivent les familles polynésiennes est souvent plus complexe.
Beaucoup de parents travaillent et ne peuvent pas toujours être à l’heure pour récupérer leurs enfants ou bien recourir à des services de garderie et etc...
Pour ces familles, ces dix minutes supplémentaires de surveillance constituent un filet de sécurité précieux, tant sur le plan de la sécurité physique que du bien-être psychologique des enfants.
Nous souhaitons également exprimer notre profonde déception face à la manière dont vous avez évoqué la responsabilité des parents, notamment en les associant à des clichés déplacés " joueurs de bingo" en pleine rentrée scolaire.
En tant que représentants des parents d’élèves, nous trouvons cela particulièrement irrespectueux, surtout venant d’une personne qui porte la fonction importante de Ministre de l’Éducation.
Cette période de rentrée doit au contraire être un moment de rassemblement et de dialogue constructif entre toutes les parties concernées : parents, enseignants et institutions.
Nous rappelons que les familles polynésiennes font souvent face à des réalités complexes, notamment en matière d’organisation familiale et professionnelle, qui méritent compréhension et accompagnement plutôt que jugement.
Nous appelons donc à un dialogue māohi, respectueux et constructif afin de trouver ensemble des solutions adaptées qui garantissent la sécurité et le bien-être des enfants ( les problèmes de transport, les problèmes des internats, ...), tout en tenant compte des contraintes des parents et des enseignants de notre fenua.
La Presidente de la FAPEEP
Tahia Chung Tien