19/11/2025
Si je voulais détruit une génération
Si je voulais éteindre une génération, je ne toucherais pas d’abord à ses terres.
Je toucherais à son esprit.
J’irais dans ses écoles. J’y glisserais des programmes qui racontent l’histoire des autres comme la seule histoire valable.
J’y placerais des modèles venus d’ailleurs, comme s’ils étaient supérieurs.
J’y laisserais croire que penser par soi-même est un risque, que réfléchir hors du cadre est une faute.
Je garderais la langue du colon comme langue du savoir, pour que les enfants oublient la force des mots de leurs ancêtres.
Je leur apprendrai à admirer ce qui vient d’ailleurs avant d’apprendre à se connaître eux-mêmes.
Ensuite, j’entrerais dans leurs écrans.
Je construirais des images qui peignent l’Afrique comme un problème.
Je répéterais chaque jour la même histoire, celle d’un continent faible, instable, incapable d’avancer sans guide extérieur.
Je créerais du doute dans le cœur des jeunes, jusqu’à ce qu’ils regardent leur propre pays avec méfiance.
J’utiliserais les médias pour décider ce qui mérite d’être entendu.
Je donnerais la parole à ceux qui répètent mes récits.
Je réduirais au silence ceux qui parlent avec leur propre voix.
Puis, j’ouvrirais la porte de l’aide.
Je dirais que c’est un cadeau.
En échange, j’imposerais des règles.
Je lierais l’économie à mes conditions.
Je ferais croire que le progrès vient toujours de l’extérieur, jamais d’eux.
Enfin, je contrôlerais leurs outils numériques.
Je mettrais entre leurs mains des plateformes qui leur parlent avec mes mots.
Je laisserais des algorithmes choisir pour eux ce qu’ils voient, ce qu’ils pensent, ce qu’ils désirent.
Je transformerais la technologie en laisse invisible.
Si je voulais éteindre une génération, je commencerais par la persuader qu’elle est née pour être dirigée.
Et si je réussissais, elle finirait par croire que son salut se trouve loin de chez elle, que sa propre lumière n’existe pas.
Voilà comment je détruirais un peuple, sans jamais lever la voix, sans jamais lever la main.
Seulement en tenant son esprit.
Et seulement en ce moment que j’exploiterai leurs terres.