14/07/2026
NOTE D'ANALYSE
Derrière la vindicte populaire (fitsaram-bahoaka) : le cri de désespoir d'un peuple à bout
De plus en plus de cas de fitsaram-bahoaka (justice populaire) sont signalés à Madagascar. Ce n'est pas parce que notre population est violente par nature. C'est parce que beaucoup de gens se sentent pris au piège, sans aucune autre solution.
Pour comprendre pourquoi, il faut arrêter de juger et se demander : qu'est-ce qui pousse les gens à agir ainsi ? Trois raisons expliquent cette colère.
— 1. LA PEUR DE TOUS LES JOURS —
Aujourd'hui Ă Madagascar, beaucoup de gens vivent dans la peur, tous les jours.
La peur qui prend le dessus : Quand un parent entend un cri dans la rue, il ne réfléchit plus — il a peur pour son enfant ou pour ce qu'il possède, et il agit dans l'instant. Ce n'est pas de la haine. C'est la peur qui prend le dessus.
Le sentiment d'être seul : Beaucoup de gens ont l'impression que personne ne les protège. Alors ils se disent : "Si je ne fais rien maintenant, personne ne le fera pour moi."
— 2. DES COMMUNAUTÉS QUI NE SE SENTENT PLUS PROTÉGÉES —
Avant, la sagesse des aînés (Ray aman-dreny) et le dialogue réglaient les conflits dans les communautés. Mais la pauvreté et la crise ont fragilisé cet équilibre.
Des autorités locales dépassées : Les chefs de Fokontany et les notables, qui réglaient autrefois les conflits, ont aujourd'hui moins de poids face à une criminalité plus rapide et plus violente qu'avant.
La force du groupe : Seul, on se sent impuissant. En groupe, on se sent fort. C'est pour ça que la foule s'unit dans la colère — une manière, tragique, de se sentir protégé ensemble.
— 3. UNE JUSTICE EN QUI ON NE CROIT PLUS —
Si les gens ne font plus confiance à la justice, ce n'est pas par manque de respect pour la loi — c'est à cause de ce qu'ils ont vécu.
Des suspects relâchés trop vite : Trop souvent, un suspect arrêté par la population est relâché quelques jours plus t**d, et on le revoit dans le quartier. Pour beaucoup, remettre quelqu'un à la police, c'est prendre un risque pour sa propre sécurité.
Pas les moyens de se défendre : Sans argent pour un avocat, beaucoup de citoyens pensent qu'ils ne gagneront jamais face à des criminels qui peuvent corrompre le système. Le fitsaram-bahoaka devient alors le seul "tribunal" gratuit et rapide.
— CE QUE NOUS VOULONS DIRE AUJOURD'HUI —
Nous ne condamnons pas le peuple. Nous dénonçons le vide qui le pousse à la dérive.
Le peuple malgache ne veut pas du chaos. Il veut des règles, de la protection, et de la dignité. Dire que la foule est "barbare", c'est oublier la peur et la misère qu'elle vit chaque jour.
Nous alertons aussi sur un danger immédiat : dans la panique actuelle, plusieurs personnes ont été prises pour cible sur simple rumeur ou suspicion, certaines sauvées de justesse par l'intervention des forces de l'ordre. La colère est compréhensible, mais elle ne remplace jamais la vérité. Tant qu'un suspect n'a pas été jugé, il reste présumé innocent — et une foule en colère peut se tromper de cible aussi facilement qu'un système judiciaire défaillant. Avant d'agir, il faut vérifier ; avant d'accuser, il faut alerter les autorités.
Pour arrêter ce cercle, il ne suffit pas de demander aux gens de s'arrêter. L'État doit redonner confiance :
→ Plus de sécurité sur le terrain : La police et la gendarmerie doivent être présentes et réactives, pour que personne n'ait à choisir entre sa sécurité et la vie d'un suspect.
→ Une justice qu'on peut suivre : Quand un suspect est arrêté et remis à la police, il faut que tout le monde sache ce qui lui arrive ensuite. Ça prouve que la justice fonctionne vraiment.
→ Un soutien pour les communautés : Créer des espaces d'écoute dans les quartiers et les zones rurales, pour aider les gens à faire face à la peur et à la violence qu'ils vivent.
Le peuple malgache mérite d'être protégé. Pas d'être forcé à devenir bourreau pour survivre.