31/03/2026
PLAGIAT BIBLIQUE ? L’ARCHE DE NOÉ
Le récit de l’arche de Noé, bien connu dans la tradition biblique, n’est pas une création isolée. Il s’inscrit en réalité dans une longue tradition de récits de déluge bien plus anciens, dont l’un des plus célèbres figure dans Épopée de Gilgamesh, texte mésopotamien datant de plus de mille ans avant la rédaction des premiers écrits bibliques.
Dans ce récit, le personnage d’Utanapishtim reçoit des dieux l’ordre de construire une embarcation pour survivre à un déluge destiné à anéantir l’humanité. Il y embarque des êtres vivants, traverse une catastrophe cosmique, puis envoie des oiseaux pour trouver la terre ferme — autant d’éléments que l’on retrouve presque à l’identique dans le récit de Noé.
Ces similitudes ne relèvent pas du hasard. Elles témoignent de la circulation des récits, des imaginaires et des croyances entre civilisations. Les textes bibliques, rédigés et compilés bien plus t**d, notamment durant ou après l’exil à Babylone, ont été en contact direct avec les cultures mésopotamiennes. Dans ce contexte, il est probable que ces récits aient été réinterprétés, adaptés, intégrés — transformés pour servir une nouvelle vision du monde, celle du monothéisme hébraïque.
Ce phénomène n’est pas unique. L’histoire des religions et des textes est faite de transmissions, d’emprunts et de réappropriations. Ce que certains perçoivent comme des récits originels sont souvent le fruit d’un long processus de transformation culturelle, où chaque civilisation s’approprie, reformule et redonne sens à des mythes plus anciens.
Le déluge, en particulier, est un motif universel. On le retrouve dans de nombreuses traditions à travers le monde : dans les récits grecs avec Deucalion, dans certaines traditions indiennes, ou encore dans les mythes de plusieurs civilisations d’Amérique. Partout, il raconte à la fois la destruction et la renaissance, la fin d’un monde et le début d’un autre.
Plutôt que d’y voir un simple plagiat, on peut alors lire ces récits comme les échos d’une mémoire collective ancienne — celle d’humanité confrontée à la nature, au chaos, et à la nécessité de se réinventer.