06/09/2026
DÉVIANCE SOCIALE :
SOMMES-NOUS VRAIMENT SEULS RESPONSABLES DE NOS TRANGRESSIONS ?
Mentir. Sécher les cours. Tricher à un examen. Consommer de la drogue. Ou, pire, tuer à sang-froid et violer constituent des actions qui transgressent les normes sociales et nous font passer pour des délinquants ou des criminels.
Il n’est plus à rappeler qu’il y a quelques jours, quatre photos ont circulé sur les réseaux sociaux, titrées « voyous », « criminels » et « moins que rien », suscitant presque la haine de toute une Nation.
Mais l’un de ces gars se démarque lorsqu’une vidéo est sortie des archives pour faire un mini-portrait de sa vie sportive et de ses ambitions professionnelles. Lors d’un témoignage passionné, un de ses coéquipiers dit l’admirer pour sa gentillesse en tant qu’ami et son agressivité dans le jeu. Il était d'ailleurs capitaine de leur catégorie.
Le garçon qu’il était semblait avoir un avenir prometteur, dont la photo aurait pu être affichée sur le Kianja Barea/Mahamasina dans un tout autre contexte.
Mais…
Ces comportements ont-ils quelque chose en commun ?
La sociologie apporte des éléments de réponse.
La déviance sociale désigne un comportement qui s’écarte des normes reconnues par un groupe ou une société. Elle ne signifie donc pas nécessairement « faire quelque chose de mauvais » : ce qui est déviant dans une société peut être accepté dans une autre.
Les normes sociales sont les règles, explicites ou implicites, qui indiquent ce qu’un groupe considère comme approprié. Les bonnes mœurs renvoient aux comportements conformes aux valeurs morales et aux usages socialement admis.
Dès l’enfance, nous apprenons ces normes. C’est la socialisation: famille, école, amis, médias, religion, quartier et institutions participent à notre apprentissage du « normal » et de « l’anormal ».
Pour Émile Durkheim, la déviance est un phénomène normal : aucune société ne peut obtenir une conformité absolue de tous ses membres. Dans Les Règles de la méthode sociologique (1895), le crime révèle aussi les frontières morales d’une société.
Edwin Sutherland, avec la théorie de l’association différentielle, va plus loin : les comportements déviants peuvent être appris dans les interactions avec certains groupes.
Deux grandes recherches longitudinales apportent des éléments concrets.
La Cambridge Study in Delinquent Development, menée auprès de 411 garçons de Londres, a identifié parmi les facteurs associés à la délinquance la pauvreté, les difficultés familiales, la criminalité parentale et certaines pratiques éducatives défavorables.
Une autre analyse de John Laub et Robert Sampson, à partir des données des Glueck sur 500 jeunes délinquants et 500 non-délinquants, a souligné l’importance de la surveillance parentale, des pratiques disciplinaires et de l’attachement parents-enfants.
La déviance n’est donc ni uniquement individuelle, ni entièrement déterminée par la société.
Elle se construit à l’intersection de plusieurs dimensions : individu, famille, éducation, pairs, milieu social, normes et institutions.
Alors, plutôt que de demander seulement : « Pourquoi cette personne est-elle devenue déviante ? »
La sociologie nous invite à poser une question plus large : « Dans quelle société a-t-elle grandi, quelles normes a-t-elle apprises, quelles influences a-t-elle rencontrées… et quelles possibilités lui ont été offertes ? »
On se souvient tous de cet ami ou cette amie avec qui nos parents nous ont interdit de jouer ou de fréquenter, sans savoir pourquoi.
Ils avaient leur raison. Ils étaient juste des " parents "...