10/05/2026
*Association Marocaine des Sciences infirmières et des Techniques sanitares*AMSITS.
Journée internationale de la profession infirmière
- 12 mai 2026
Sous. Le signe. Le pouvoir infirmier sauve des vies
Le pouvoir d'agir des infirmiers et infirmières sauve des vies. A La mémoire humaine pn célèbre chaque 12 mai l'anniversaire de la naissance de Florence Nightingale, qui a posé les valeurs du soin infirmier moderne et révolutionné les concepts de soins de santé. Elle portait une lampe la nuit à la recherche des blessés tombés sur les champs de bataille pour les soigner et panser leurs plaies, ce qui lui valut le surnom de « Dame à la Lampe ». Avant elle, des siècles plus tôt, l'histoire connaît Rufayda bint Sa'd Al-Aslamiya, une femme musulmane qui exerçait le soin infirmier et soignait les blessés sur les champs de bataille, considérée comme la première infirmière et chirurgienne dans l'islam. Elle s'est illustrée en construisant le premier hôpital de campagne dans sa tente pour traiter les blessés, en dépensant de son propre argent, en enseignant aux femmes les arts du soin infirmier, et fut connue sous le nom de « Al-Fida'iya » pour son courage
Le communauté internationale célèbre cette journée en hommage aux infirmières et infirmiers, ces piliers des systèmes de santé à travers le monde. Cet événement est organisé sous l'égide du Conseil International des Infirmiers (ICN), pour affirmer la reconnaissance des contributions majeures des infirmiers et infirmières à la préservation de la santé humaine, à l'amélioration des systèmes de santé, et à l'engagement dans une pratique infirmière basée sur les preuves scientifiques et l'innovation, en accord avec les stratégies de l'Organisation Mondiale de la Santé visant à atteindre la couverture sanitaire universelle, en se concentrant sur les soins de santé primaires et la réforme des systèmes de santé via la diversification du financement, le renforcement de la gouvernance, de la transparence et des systèmes de numérisation Cette journée constitue une opportunité pour transmettre un message de gratitude pour le rôle des infirmiers et infirmières dans l'amélioration de la qualité des soins de santé, et pour mettre en lumière les défis auxquels font face les professions du soin infirmier et des techniques de santé, notamment : le manque de ressources humaines, la propagation des épidémies et virus nouveaux, la chronicité des maladies, les changements technologiques rapides, les pressions physiques et psychiques, et la persistance des crises sanitaires mondiales.Elle vise également à inciter les décideurs politiques et les leaders communautaires à adopter des initiatives pour améliorer l'environnement de travail, la dignité des professionnels de santé, et renforcer les opportunités de développement professionnel pour les infirmières et infirmiers, et améliorer les conditions de travail, ce qui conduit à une augmentation de la productivité, une réduction des coûts des interventions médicales dus aux erreurs professionnelles et à l'épuisement, avec un impact positif sur la santé publique, la prévention des maladies et le sauvetage de vies. Cela nécessite une réforme des politiques de santé et une orientation des investissements vers l'amélioration de l'environnement de travail, le soutien aux programmes de formation et d'emploi, l'amélioration des salaires et une distribution équitable des cadres infirmiers et de santé entre les régions, ainsi qu'une réduction des taux de vacance dans les cadres de santé, particulièrement les cadres infirmiers.Des chiffres qui alertent sur un déficit alarmantLes estimations de l'Organisation Mondiale de la Santé indiquent que le monde aura besoin de 9 millions de cadres supplémentaires en soin infirmier et en sages-femmes d'ici 2030 pour atteindre la couverture sanitaire universelle. Certains pays africains enregistrent moins de 3 infirmiers pour 10 000 habitants, et la proportion d'infirmiers hommes ne dépasse pas 10%. Au Maroc, le ratio est de 13,91 infirmiers pour 10 000 habitants, soit bien en deçà de la norme mondiale de 4,5 pour 1 000 habitants. Ce déficit entraîne un épuisement physique et psychique dans les environnements de travail en raison des longues heures de travail et de l'exposition répétée aux cas critiques .L'intelligence artificielle et la technologie : des alliés pour les infirmiers et infirmièresDans le contexte de la transformation numérique accélérée, l'intelligence artificielle et les applications numériques révolutionnent les soins infirmiers, où les robots assistent aux opérations chirurgicales, les algorithmes surveillent les patients et prédisent les risques, suivent la santé des patients en temps réel, améliorent la précision du diagnostic, la qualité des services de soins de santé, les résultats des patients, réduisent les séjours hospitaliers, surveillent en continu les signes vitaux via des dispositifs portables, améliorent les systèmes de dossiers médicaux électroniques, facilitent la communication entre équipes et réduisent les erreurs médicales et infirmières, particulièrement pour les dossiers des patients et les doses de médicaments, renforçant ainsi la sécurité des patients. L'intelligence artificielle aide les infirmières et infirmiers à travailler plus efficacement, à augmenter leur productivité et à offrir de meilleurs soins aux patients. Cependant, ce développement exige une vigilance éthique, car le contact humain et l'empathie restent indispensables, surtout dans les cas médicaux critiques La situation au Maroc : défis complexes et espoirs prometteursLa densité infirmière au Maroc (1,03 infirmier pour 1 000 habitants) représente un écart important par rapport aux normes de référence de l'OMS (norme mondiale : 4,5 pour 1 000 habitants). La distribution géographique souffre d'une concentration aiguë dans les grandes villes (Rabat, Casablanca, Tanger, Fès, Marrakech, Agadir) contre un quasi-dénuement dans les zones rurales et montagneuses, ce qui entraîne une hausse des taux de mortalité, particulièrement les décès maternels, infantiles et sous 5 ans, et des maladies chroniques. Le problème s'aggrave en raison de l'émigration des compétences vers l'étranger (Europe, Canada, pays du Golfe), du faible incitatif financier et moral, des pressions psychologiques dans certains lieux de travail, de l'épuisement professionnel dû aux pressions continues, de la croissance démographique et des maladies chroniques qui imposent une inflation des besoins en ressources humaines dans les établissements de santé et hôpitaux publics. Positivement, on note le recrutement de grands nombres d'infirmières, infirmiers, sages-femmes et techniciens de santé ces dernières années, avec une augmentation notable des places pédagogiques dans les instituts supérieurs des professions infirmières et techniques de santé (ISPITS), mais cela reste insuffisant pour couvrir le déficit et les besoins Les Instituts Supérieurs des Professions Infirmières et Techniques de Santé (ISPITS) au Maroc : entre ambition et obstaclesMalgré les efforts déployés, un engouement sans précédent (plus de 154 000 candidats pour seulement 8 600 places), et une augmentation significative des programmes d'enseignement supérieur spécialisés en soin infirmier et techniques de santé, avec l'ouverture de filières master et doctorat comme étape importante pour qualifier la nouvelle génération d'infirmiers, infirmières et techniciens de santé capables de suivre les évolutions médicales et technologiques modernes, ces instituts font face à des obstacles structurels et fonctionnels : infrastructures dégradées, pénurie aiguë de salles, équipements et laboratoires, insuffisance du nombre de places et expansion inadéquate, programmes traditionnels axés sur la théorie, faiblesse de la simulation et de la formation pratique, écart entre théorie et pratique, difficulté d'adapter les programmes académiques aux évolutions technologiques rapides dans les hôpitaux universitaires publics, disparités importantes entre les instituts du Ministère de la Santé et de la Protection Sociale et les facultés privées de soins infirmiers, manque de soutien et d'incitation financière et morale pour les professeurs universitaires, enseignants en sciences du soin infirmier et techniques de santé, et les cadres administratifs de ces instituts, sans oublier les étudiants et étudiantes souffrant de bourses faibles ou absentes et de conditions anormales de formation et stages dans les hôpitaux.Ces instituts supérieurs souffrent également d'un faible financement, d'équipements numériques et de laboratoires de simulation, de l'apprentissage basé sur la simulation et la réalité virtuelle dans des environnements de formation sécurisés qui renforcent la confiance et réduisent les erreurs, de l'intégration des outils d'intelligence artificielle dans le diagnostic et le soin infirmier prédictif comme partie essentielle du curriculum, de la formation de cadres infirmiers capables de faire face aux crises épidémiques et aux changements impactant la santé publique, et de l'adaptation de la formation aux normes internationales pour garantir la mobilité des étudiants et la reconnaissance mutuelle des diplômes
Recommandations de l'Association Marocaine des Sciences du Soin Infirmier et des Techniques de SantéÀ cet égard, l'Association appelle à améliorer l'environnement de travail et les incitatifs matériels, à augmenter la valeur des indemnités pour les risques professionnels, les heures supplémentaires et le travail de nuit, à créer des indemnités spéciales pour les zones rurales et éloignées, à accélérer les promotions professionnelles, à améliorer l'environnement de travail et les incitatifs, à fournir un soutien psychologique régulier pour combattre l'épuisement et la violence. Sur le plan de la formation et de la formation continue, adopter les exigences de la loi sur l'enseignement supérieur (licence, master, doctorat), via le développement des programmes et de la formation, l'adoption d'une méthodologie basée sur les compétences et les tâches, la généralisation de laboratoires de simulation haute précision, l'introduction de nouvelles filières : soin infirmier numérique, télémédecine, santé et sécurité au travail, développement de la gouvernance et de la numérisation via la création d'une plateforme nationale reliant les instituts supérieurs de formation des professions infirmières et techniques de santé aux hôpitaux, facultés de médecine et pharmacie, l'adoption de dossiers médicaux électroniques unifiés, et l'instauration d'un système national de suivi des compétences et de leur distribution.L'Association Marocaine des Sciences du Soin Infirmier et des Techniques de Santé, en phase avec le slogan de la Journée Mondiale « Nos infirmiers et infirmières sont notre avenir… Les infirmiers habilités sauvent des vies », appelle à l'élaboration d'une politique nationale ambitieuse via une stratégie nationale du soin infirmier 2026-2030 pour maximiser l'impact des équipes infirmières dans le sauvetage de vies. Il nous faut les habiliter en leur fournissant des environnements de travail sécurisés et équitables, en leur permettant de pratiquer pleinement leur profession, d'exercer leur impact et d'assumer des responsabilités.En augmentant les incitatifs financiers et moraux pour les infirmières, infirmiers, sages-femmes et techniciens de santé,En mettant en œuvre la loi relative à l'Ordre National des Infirmiers pour protéger la sécurité et la sûreté des patients et respecter l'éthique professionnelle,En impliquant les infirmiers, infirmières, sages-femmes et techniciens de santé dans l'élaboration de la politique de santé des groupements territoriaux de santé via des comités consultatifs pour garantir l'alignement de la stratégie sur la réalité terrain,En finançant de manière durable et adéquate les instituts supérieurs, avec des plans étudiés pour réduire le déficit, renforcer l'innovation et la recherche scientifique, soutenir les filières master et doctorat en sciences du soin infirmier, encourager les projets appliqués utilisant l'intelligence artificielle dans les soins, renforcer les partenariats avec les universités, l'enseignement supérieur, facultés de médecine et pharmacie, et construire des partenariats internationaux pour l'échange d'expériences et la formation des formateurs entre les instituts supérieurs des professions infirmières et techniques de santé et des pays avancés, organiser la migration des compétences via des accords bilatéraux régulés, mettre en œuvre la loi sur l'Ordre Supérieur du Soin Infirmier avec des pouvoirs exécutifs et de contrôle.L'Association appelle également Monsieur le Ministre de la Santé à intervenir fermement pour stopper le recrutement de pseudo-infirmiers et infirmières via les agences de gestion déléguée, afin de protéger la sécurité des patients des erreurs potentiellement fatales, et à recruter les infirmières, infirmiers, sages-femmes et techniciens de santé diplômés des instituts du Ministère de la Santé et de la Protection Sociale qui sont au chômage
ConclusionLa Journée Mondiale du Soin Infirmier n'est pas une simple célébration symbolique, mais une station de réflexion et de détermination au changement. Le soin infirmier et les techniques de santé sont la colonne vertébrale de tout système de santé souhaitable. L'avenir exige du courage dans l'innovation, de la sagesse dans la protection, et une volonté politique sincère pour transformer la formation de santé en priorité nationale. Nos infirmiers sont notre avenir, et leur habilitation aujourd'hui est un investissement dans la vie de millions demain.Gloire éternelle aux infirmières et infirmiers, aux retraités et actifs, et aux âmes de ceux qui sont partis en accomplissant leur mission humanitaire.
Rabat, le 12 mai 2026
*Président de l'Association Marocaine des Sciences infirmières et des Techniques Sanitaires Noreddine Bouarssa*