09/08/2026
Almamy II Sylla, le technocrate qui monte au cœur de la Banque centrale
Dans le monde souvent discret de la politique monétaire, certains parcours se construisent loin des projecteurs. Celui du Dr Almamy II Sylla appartient à cette catégorie. Économiste, spécialiste des opérations de change et homme de transmission, il a progressivement gravi les échelons de la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG) jusqu’à occuper aujourd’hui l’une des fonctions les plus stratégiques de l’institution : Deuxième Vice-Gouverneur.
Sa nomination, intervenue le 27 mai 2025 par décret du Président de la Transition, le Général Mamadi Doumbouya, n’est donc pas une arrivée venue de l’extérieur. Elle vient couronner un parcours construit au sein même de la banque centrale. Avant cette promotion, Almamy II Sylla dirigeait les Opérations de Change, après avoir évolué dans les structures chargées des questions de taux de change. (Eco-Finance Guinée)
Du département du taux de change à la vice-gouvernance
C’est précisément cette connaissance du terrain monétaire qui constitue l’une des particularités de son profil.
Almamy II Sylla a commencé son parcours à la BCRG dans le domaine du taux de change avant d’en prendre progressivement la responsabilité. Cette trajectoire lui a permis d’acquérir une connaissance approfondie des mécanismes qui influencent la monnaie, les devises, les réserves et les marchés financiers. (Eco-Finance Guinée)
Son passage à la tête des Opérations de Change l’a placé au cœur d’un secteur particulièrement sensible pour l’économie guinéenne.
La gestion du marché des changes n’est en effet pas une simple question technique. Elle touche directement à la stabilité de la monnaie nationale, à la disponibilité des devises, aux réserves internationales et, plus largement, à la confiance des acteurs économiques.
Un spécialiste des marchés financiers
En mai 2024, alors qu’il dirigeait encore les Opérations de Change, Almamy II Sylla intervenait lors d’un atelier consacré aux opérations en salle de marché.
Son discours mettait notamment en avant la nécessité d’une gestion plus optimale des réserves de change et l’importance de l’analyse technique et fondamentale dans les décisions prises sur les marchés financiers.
Cette expérience permet de mieux comprendre la logique de sa promotion : faire monter à la vice-gouvernance un cadre qui connaît déjà de l’intérieur les rouages de la politique monétaire et des marchés.
Un économiste qui n’a pas renoncé à la transmission
L’autre dimension de son parcours mérite également d’être soulignée : celle de l’enseignant.
Selon les informations publiées sur son parcours, Dr Almamy II Sylla a également enseigné à l’Université Kofi Annan de Guinée, notamment sur des matières liées à la programmation financière et à la gestion des devises. (Eco-Finance Guinée)
Cette double expérience — pratique institutionnelle et transmission académique — donne à son profil une dimension particulière.
Il ne s’agit donc pas uniquement d’un cadre qui applique des mécanismes monétaires : il est également engagé dans la compréhension et la transmission de ces mécanismes aux générations appelées à prendre demain les commandes de l’économie guinéenne.
Le défi du fonds souverain et de l’après-Simandou
La question des ressources minières constitue désormais un autre grand enjeu de la gouvernance économique guinéenne.
Avec l’entrée progressive de la Guinée dans l’ère de Simandou, la question n’est plus seulement de savoir comment produire davantage de richesses, mais surtout comment les préserver, les investir et les transformer en développement durable.
C’est dans ce contexte que la réflexion autour d’un fonds souverain guinéen prend une importance particulière. Un tel mécanisme doit notamment permettre de mieux gérer les revenus issus des ressources naturelles, de réduire leur volatilité sur l’économie et de préserver une partie de cette richesse pour les générations futures. (Eco-Finance Guinée)
Almamy II Sylla fait partie des responsables de la BCRG associés à ces réflexions. En juin 2026, des échanges consacrés à la question du fonds souverain ont notamment mobilisé des économistes et des cadres de l’institution autour de la nécessité d’anticiper la gestion des futures recettes.
Un rôle désormais élargi
Depuis sa nomination comme Deuxième Vice-Gouverneur, son champ de responsabilité dépasse naturellement les seules opérations de change.
En juin 2026, Almamy II Sylla a pris part, avec le Premier Vice-Gouverneur Mohamed Lamine Conté et les cadres de la BCRG, aux échanges stratégiques avec une mission du Fonds monétaire international (FMI) portant sur l’article IV, la stabilité macroéconomique et les discussions autour d’un éventuel programme de Facilité élargie de crédit. (bcrg-guinee.org)
Cette présence illustre l’élargissement de son rôle dans les grands dossiers économiques du pays.
Il participe désormais à des discussions qui dépassent largement le marché des devises : stabilité macroéconomique, réformes financières, système bancaire, réserves, liquidités, politique monétaire et coopération financière internationale.
Une confirmation dans la nouvelle équipe dirigeante de la BCRG
La confiance placée en lui s’est également confirmée en 2026.
La nouvelle équipe dirigeante de la BCRG maintient Dr Almamy II Sylla au poste de Deuxième Vice-Gouverneur, aux côtés du Gouverneur Dr Karamo Kaba et du Premier Vice-Gouverneur Mohamed Lamine Conté. (Conakryinfos.com)
Cette continuité est un signal important : son expérience est désormais considérée comme un atout dans la conduite des grands chantiers monétaires et financiers de la Guinée.
La discrétion d’un technocrate, l’importance d’une fonction
À l’heure où les débats publics se concentrent souvent sur les responsables politiques les plus visibles, le parcours d’Almamy II Sylla rappelle que la transformation d’un État repose également sur des profils techniques capables de maîtriser des dossiers complexes.
Sa force est peut-être justement là : avoir construit sa carrière dans la technicité plutôt que dans l’exposition médiatique.
Des opérations de change à la vice-gouvernance, de l’analyse des marchés à la transmission universitaire, puis aux discussions sur la stabilité macroéconomique et l’avenir financier de la Guinée, son parcours témoigne d’une progression fondée sur l’expertise.
À la BCRG, le Dr Almamy II Sylla incarne ainsi une génération de technocrates appelée à accompagner une économie guinéenne en pleine mutation.
Avec Simandou qui ouvre de nouvelles perspectives, un fonds souverain en réflexion et des exigences croissantes en matière de stabilité monétaire, la Guinée aura besoin de compétences capables de transformer ses nouvelles ressources en richesse durable.
Et dans cette bataille, Almamy II Sylla est désormais l’un des hommes placés aux premières loges.