10/05/2026
Quand la ville devient un espace d'émancipation pour l'enseignement des langues !
Ce mercredi 06 mai, la matinée s’est poursuivie à l’Alliance Française de Ouarzazate avec une conférence plénière captivante présentée par Pr. Chakib Tazi (Directeur du laboratoire CREDIF de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines Dhar El Mahraz-Fès) : "La ville créative au service d’une refondation humaniste de l’enseignement des langues". La modération de cette rencontre a été assurée avec brio et maestria par Pr. Adil Elmadhi, Président de la Ligue.
Loin des approches traditionnelles, Pr.Tazi nous a invités à un véritable changement de paradigme. Il a souligné l'urgence d'éviter que notre école produise des lauréats qui portent des certifications sans véritablement en comprendre l'essence ni la teneur. Pour ce faire, il propose de passer d'un enseignement purement technique, le ta'lim, à une authentique formation globale de l'être, la tarbiya, des concepts fondamentaux empruntés au grand penseur, historien et sociologue avant la lettre Ibn Khaldoun, célèbre auteur de la Muqaddima (Prolégomènes)
Dans cette optique, l'enseignement-apprentissage des langues ne doit plus se réduire à des micro-compétences utilitaires et fonctionnelles. Il doit plutôt s'assigner la mission de former des sujets créatifs, capables de penser et d'agir à travers la langue française en se l'appropriant. C'est ici qu'intervient la notion de "ville créative" : nos médinas marocaines ne sont pas de simples décors, mais des textes denses à déchiffrer, des espaces d'interaction où dialoguent organiquement la darija, l'amazighe, l'arabe et le français. Le conférencier a ainsi lancé un appel vibrant à la justice et l'équité cognitives, incitant à mobiliser notre propre patrimoine intellectuel, avec des figures comme Ibn Khaldoun ou Fatima Mernissi, comme de véritables ressources légitimes et universelles dans les classes de langue.
Pour ancrer cette théorie dans la réalité pédagogique, des dispositifs concrets ont été proposés aux enseignants, comme le fait de faire sortir les classes dans la rue pour réaliser des ateliers de "cartographie sensible" ou de "dérive urbaine". L'objectif est d'explorer la ville pour que l'élève devienne coproducteur de son environnement. Comme l'a magistralement résumé Pr. Tazi : "Apprendre le français dans la médina, c'est apprendre à être du monde sans cesser d'être de son monde".
La rencontre s'est conclue par un échange passionnant et fécond avec l'audience. Ce riche et intense débat a permis au public de soulever de nombreuses interrogations quant aux enjeux de l'espace urbain créatif en lien avec l'enseignement des langues. Pr. Chakib Tazi a su répondre à ces questionnements de manière aussi synthétique que pertinente, apportant des éclairages précieux aux professionnels de l'éducation et de la culture présents.
Un grand merci au Pr. Chakib Tazi pour cette brillante réflexion, ainsi qu'à tous les participants pour la vitalité et la richesse des échanges !