06/10/2026
9,3 millions ? 11 millions ? 8 à 11 millions ? 7,1 millions ? 5,3 millions ?
À quelques jours de la Journée nationale des aidants, une question pourtant élémentaire reste posée :
Combien y a-t-il réellement d’aidants en France ?
Selon les publications, les années, les définitions retenues et les populations interrogées, les chiffres varient considérablement.
La DREES estimait en 2021 à 9,3 millions le nombre de personnes âgées de 5 ans ou plus déclarant apporter une aide régulière à un proche en situation de handicap ou de perte d’autonomie.
La stratégie nationale pour les aidants et plusieurs communications gouvernementales évoquent, quant à elles, une estimation comprise entre 8 et 11 millions d’aidants.
Une autre étude de la DREES, publiée en 2026 mais portant sur 2022, identifie 5,3 millions de proches aidants âgés de 16 ans ou plus apportant une aide régulière à la vie quotidienne à une personne vivant à domicile en France métropolitaine.
Et ce n’est pas forcément contradictoire.
Ces études ne mesurent pas toujours la même chose : aide à la vie quotidienne, soutien moral, aide financière, âge des personnes interrogées, lieu de vie de la personne aidée, France entière ou France métropolitaine, aidants identifiés par eux-mêmes ou par la personne accompagnée…
Mais c’est précisément là que se trouve le problème.
Comment construire une politique publique nationale de l’aidance lorsque nous ne disposons même pas d’une mesure nationale permanente, harmonisée et partagée de la population concernée ?
Comment dimensionner le répit ?
Comment anticiper les besoins territoriaux ?
Comment mesurer l’épuisement ?
Comment évaluer les conséquences sur l’emploi, la santé, les revenus ou la retraite ?
Comment savoir combien d’aidants restent totalement invisibles ?
Et surtout : combien sommes-nous à ne jamais apparaître dans aucune statistique ?
Le chiffre selon lequel « un aidant sur trois ne se reconnaît pas comme aidant » existe bien, mais il ne provient pas de la DREES.
Il est notamment issu du Baromètre de l’Aidance 2024, réalisé par BVA pour le Collectif Je t’Aide, avec le soutien de la Fondation Swiss Life et de Teva Santé. Cette enquête a été menée en ligne auprès d’un échantillon de 1 005 Français, dont 461 aidants, en juin 2024. Elle conclut qu’environ un aidant sur trois ne se reconnaît pas comme tel.
C’est une donnée intéressante.
Mais elle soulève elle aussi une question fondamentale :
Qui interroge-t-on ? Qui n’interroge-t-on jamais ?
Personnellement, je suis aidante depuis des années.
Je n’ai jamais été interrogée dans aucune de ces grandes enquêtes nationales.
Et je sais que je suis loin d’être la seule.
Il existe des millions de personnes qui ne se disent pas « aidantes ». Elles se disent simplement :
« Je suis sa mère. »
« Je suis son mari. »
« Je suis sa fille. »
« Je suis son frère. »
« C’est normal, je m’occupe de lui. »
Certaines accompagnent quelques heures par semaine.
D’autres organisent leur vie entière autour de la maladie, du handicap ou de la perte d’autonomie d'un proche, parfois 24 heures sur 24 et 365 jours par an.
Et pourtant, nous continuons à essayer de comprendre l’aidance à travers des enquêtes ponctuelles, avec des périmètres différents et des chiffres qui changent selon la définition retenue.
C’est précisément pour cette raison que le Syndicat National des Aidants demande la création d’un Observatoire National de l’Aidance.
Un observatoire permanent.
Avec des définitions communes.
Des données régulières.
Des données territorialisées.
La prise en compte du handicap, de la maladie, de la perte d’autonomie, des jeunes aidants, des salariés aidants, des parents aidants, des aidants intensifs et de la post-aidance.
Et surtout : avec les aidants eux-mêmes associés à la définition de ce que l’on mesure.
Car derrière ces chiffres, il reste une question beaucoup plus politique :
À partir de combien serons-nous enfin pris en considération ?
8 millions ?
9,3 millions ?
11 millions ?
Faudra-t-il être 12, 15 ou 20 millions pour considérer que l’aidance n’est plus une question privée mais un véritable sujet de société ?
Au Syndicat National des Aidants, nous considérons qu'il est temps de sortir des estimations successives.
On ne peut pas construire une politique nationale de l’aidance sans commencer par savoir précisément qui sont les aidants, combien ils sont, ce qu’ils assument et quelles conséquences cette aidance produit sur leur vie.
Nous ne voulons plus seulement être comptés.
Nous voulons être identifiés, entendus et associés aux décisions qui nous concernent
https://syndicat-national-aidants.fr/