18/05/2026
Le Manifeste de la Jeunesse Haïtienne : Un triangle fondamental pour transformer le pays
Initiée par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) en Haïti, « Wi Ayiti Kapab » est une série d’entretiens et une campagne résolument positive qui met en avant des innovateurs, des entrepreneurs et des leaders haïtiens capables de transformer les défis du quotidien en moteurs de changement. C’est dans cet esprit que, le jeudi 14 mai 2026, l’Université Quisqueya a accueilli une rencontre marquante où la jeunesse a pris la parole, porté des propositions et affirmé sa volonté de participer à la refondation du pays.
Un triangle fondamental pour bâtir l'avenir
Au cœur de l’événement, le Recteur Jacky Lumarque a rappelé ce qu’il a présenté comme « trois dynamiques dans la vie de toute communauté », formant un triangle fondamental : entreprendre « se mobiliser pour créer des richesses » ; s’engager « servir la communauté » ; et produire « créer du bonheur ». Cette boussole, a-t-il insisté, constitue le « code génétique » de l’Université Quisqueya : une institution appelée à former des citoyens capables d’agir, de servir et de bâtir, même dans l’adversité, en faisant de l’initiative et de la solidarité des leviers concrets de transformation.
Le Manifeste de la Jeunesse Haïtienne
Dans la même dynamique, Jacky Lumarque a mis en avant le Manifeste de la Jeunesse Haïtienne, un texte qui retrace ce que les jeunes « attendent du nouveau Haïti » et qui appelle à « aller au-delà de notre soi ». Son message s’est fait particulièrement poignant lorsqu’il a plaidé pour une jeunesse pleinement incluse, au-delà des frontières sociales et géographiques : ne pas exclure « la jeunesse haïtienne en dehors de la capitale », notamment dans les mornes, ces jeunes qui ne connaissent pas l’université et qui se retrouvent parfois « condamnés à errer de territoire en territoire sous les balles des gangs armés ». En filigrane, une conviction : aucune reconstruction nationale n’est possible si une partie de la jeunesse demeure invisible, abandonnée ou réduite au silence.
« Konn ki moun ou ye » : Un appel à l'introspection
S’adressant directement aux étudiants, le Recteur a lancé un appel à la confiance et à la lucidité : « Ayez confiance en vous, en votre pays. » Il a résumé cette exigence intérieure par une formule en créole devenue leitmotiv : « Konn ki moun ou ye » connaître qui l’on est. Pour lui, l’introspection est une force : penser sur ses propres pensées, prendre du recul, reconnaître que « chaque homme porte en lui un échantillon de l’humanité ». Il a également rappelé que « le fait de s’aimer est la base de la société », et que l’apprentissage du vivre-ensemble commence par la compréhension de soi : « se comprendre soi est la porte ouverte sur le monde ». Dans cette perspective, il a exhorté les jeunes à « apprendre à connaître ton pays et tracer le chemin », afin de transformer l’attachement à Haïti en projet, et le projet en action.
La Métamorphose du Silence : 5 millions de voix
La rencontre a aussi été marquée par l’intervention de Xavier Michon, autour du rapport « La Métamorphose du Silence », structuré en huit chapitres et porté par une idée centrale : la jeunesse n’est pas un problème à gérer, mais « l’une des richesses de la société ». Le document évoque près de 5 millions de jeunes et met en évidence une aspiration nette : une jeunesse qui « veut construire » et « veut participer », en formulant des recommandations et des propositions. Parmi les repères chiffrés cités, 74 % de la population aurait moins de 40 ans, tandis que le rapport de dépendance des jeunes serait en baisse depuis 30 ans. Le rapport insiste également sur des réalités complexes : la jeunesse armée, « à ne pas mettre de côté », et la jeunesse entrepreneure, souvent vécue comme un mode de survie et un chemin pour « aller en avant » en construisant des projets communs. Une phrase a résonné comme une ligne directrice : « La transformation ne viendra pas de l’extérieur mais de l’intérieur. »
Une mobilisation collective
Animée par Kesnel Parel, la rencontre a réuni des acteurs institutionnels et des voix influentes, avec la présence remarquée du ministre de la Défense, Mario Andresol, et du ministre de l’Éducation nationale, Vijonet Déméro. Dans ses propos, Jacky Lumarque a également adressé ses compliments au partenaire PNUD, saluant une initiative qui crée un espace d’écoute, de valorisation et de projection pour une jeunesse trop souvent réduite à des récits de crise.
Au-delà des discours, un constat s’impose : l’un des atouts majeurs de la population haïtienne réside dans sa capacité à s’adapter à presque toutes les situations, même les plus difficiles. À l’Université Quisqueya, « Wi Ayiti Kapab » a donné à voir une jeunesse déterminée à ne pas subir l’histoire, mais à y prendre part avec des mots, des idées, des propositions et une volonté de construire. Dans un pays en quête de repères, cette prise de parole collective trace une direction : celle d’un avenir pensé et porté, d’abord, par celles et ceux qui le vivront.
P.N