29/05/2025
FHB : La biodiversité en Haïti, face à l’insécurité
Des professeurs à l’université dont un chercheur et un biologiste issus
d’horizons divers expriment leurs préoccupations par rapport à l’insécurité, un phénomène social, qui présente une menace pour la biodiversité. (Son et image)
D’entrée de jeu, chaque année, la journée internationale de la biodiversité
est célébrée le 22 mai pour sensibiliser le public. La biodiversité représente
toutes les formes de vie sur terre et leurs caractéristiques naturelles. En
somme, elle reflète à la fois, la diversité des espèces, la diversité génétique
et celle des écosystèmes. La plus grande diversité d’espèces existe dans
les forêts tropicales qui couvrent environ 7% de la terre ferme. La diversité
biologique ne donne pas seulement la nourriture, les médicaments, le
carburant, elle permet l’adaptation au changement environnemental. Malgré son importance fondamentale dans les équilibres naturels, ce bien
commun se trouve à un carrefour où bon nombre de professeurs
d’université jugent sa survie en péril dans le contexte actuel d’insécurité. La biodiversité fait partie intégrante du quotidien des citoyens du pays, elle
contribue très directement au bien-être de l’homme et aussi, forge l’identité
de nombreux territoires (paysages, espèces emblématiques). Diverses
activités sont tributaires, ou encore s’appuient sur elle considérablement
explique l’agronome Jean André Victor. Toutefois, poursuit-il, en
s’interrogeant sur la dégradation du climat sécuritaire, la destruction de la
vie et le blocage de l’agriculture qui est susceptible d’entraîner du même
coup la disparition de certaines espèces dont l’existence en dépend. Autant
de facteurs qui préoccupent le professeur. Haïti, en termes de diversité biologique, est un pays très riche qui abrite
une grande variété d’espèces d’oiseaux ou de mammifères aquatiques. Qui plus est, nous n’avons pas d’espèces dangereuses mais plutôt des
espèces protectrices, a rappelé le chercheur qui se désole que cette
richesse naturelle soit le cadet des soucis des autorités étatiques. L’insécurité prend tout en otage et ce qui est essentiel pour garantir la
protection et la conservation de la vie humaine y compris celle des espèces, passe inaperçu, conclut-il. De son côté, professeur à l’université, Clarens Renois abonde dans le
meme sens. La survie est ce qui importe pour des citoyens haïtiens qui
tentent d’échapper quotidiennement à la montée vertigineuse de
l’insécurité. Ce qui, par consequent, relègue la biodiversité au second plan. Pourtant, dit-il, cela devrait être un sujet prioritaire car c’est un patrimoine
collectif qu'il faut bien gérer et protéger, tout ce que nous mangeons, utilisons ou produisons provient de la diversité biologique. « Ce bien commun, ajoute l’enseignant qui se sent interpellé, doit être
intégré à une politique publique mise en oeuvre par les autorités
gouvernementales à travers des ministères et d’autres institutions locales
ou internationales en vue de préserver la vie. Cette négligence de la
diversité biologique du pays peut avoir de graves consequences sur la vie
humaine », soutient-il, affirmant que l’insécurité constitue également une
menace pour la biodiversité. Sans passer par 4 chemins, le professeur Jean Vilmond Hilaire, évoque
plusieurs zones déclarées aires protégées alors qu’aucune disposition
légale n’a été prise par l’Etat haïtien en vue d’assurer leur bonne
gestion.Une situation qui risque, souligne-t-il, de causer leur dégradation,
la disparition des ressources et des espèces qui y habitent. L’agence
nationale des aires protégées (ANAP) a été mise en place en ce sens et
selon les dernières données disponibles, une superficie de 173 569
hectares est sous protection en Haïti mais depuis la démission de son
dernier directeur général, Jeantel Joseph, les données n’ont pas été mise à
jour, du moins, ne sont plus rendues publiques. De plus, certaines
questions restent pendantes concernant la brigade de sécurité des aires
protégées (BSAP), notamment où est-elle et répond-elle toujours à sa
mission première ? Le pays compte environ une trentaine d’aires protégées
à travers les dix départements et une bonne gestion de ces richesses
environnementales s’impose pour la survie des espèces. Toutefois, s’interroge le docteur, comment protéger les sites dans un
contexte où les déplacements sont limités en raison de l’insécurité ? Pour
revenir aux aires protégées, le manque de moyens est souvent à l’origine
des principales excuses pour justifier leur abandon. Ce que regrette le
biologiste qui se demande si le prétexte est valable, sachant que ces sites
sont capables de générer des fonds pour leur propre prise en charge ?
Ainsi, insiste-il, l’insécurité est un obstacle majeur à la préservation et la
conservation de la diversité biologique certes, mais la responsabilité
incombe aussi à l’Etat haïtien qui observe silencieusement l’effondrement
de ce bien commun. La biodiversité fait partie de la culture haïtienne, c’est l’identité même du
peuple haïtien. Pourtant, poursuit M Hilaire dans son questionnement, ce
concept a-t-il un sens en Haïti? Si ce patrimoine naturel est si mal en point, n’est-ce pas parce que nombreux sont ceux qui ignorent ou ne
comprennent pas que chaque être vivant, plante, ou animal revêt d’une
importance capitale dans la nature ?
Pour conclure, ajoute le docteur, qui s’est exprimé de manière plus
approfondie sur la Biodiversité en Haïti face à l’insécurité, la destruction
des forêts, des bassins versants ou des mangroves, n’est pas bénéfique à
la biodiversité, tenant compte des indicateurs environnementaux qui sont
tous au rouge. En somme, de l’avis des trois professeurs d’université, nul besoin d’un
microscope pour se rendre compte que la protection de la biodiversité n’est
pas une priorité en Haïti. Tôt ou t**d, si ce n’est pas déjà le cas, les
conséquences se feront sentir car la survie de tous les êtres vivants
dépend de la qualité de l’environnement. La protection de la biodiversité, en plus des institutions qui œuvrent déjà
dans le domaine notamment le Fonds Haïtien pour la Biodiversité (FHB), devrait faire partie d’un projet global nécessitant une plus large implication
de tous les secteurs de la vie nationale, particulièrement de la population, sur les questions environnementales. Cette démarche collective et
participative permettra une meilleure compréhension de la problématique
de l’érosion de la biodiversité et la sensibilisation du public. Autrement, si
elle s’effondre, c’est la survie de tous les êtres qui risque de s’effondrer.
Une situation qui, dans l’intervalle, préoccupe au plus haut point le Fonds
Haïtien pour la Biodiversité (FHB). Dans sa mission de financer de façon
soutenable toute activité de conservation de biodiversité et de
développement durable en Haïti au bénéfice de la communauté, le FHB tire
la sonnette d’alarme et lance un appel à une prise de conscience à toutes
les couches de la société haïtienne en vue de protéger et de conserver la
diversité biologique du pays.
Il est encore temps d’éviter la perte de la biodiversité en adoptant de
nouvelles dispositions qui visent à soutenir des projets ambitieux,
innovants, durables, capables de favoriser la restauration des écosystèmes,
la préservation des espèces menacées, la protection de l’environnement et
enfin, se référer à une institution crédible pour la collecte et la canalisation
de fonds environnementaux en Haïti, le Fonds Haïtien pour la Biodiversité
(FHB).