27/09/2024
Vos Honneurs, honorables membres de la Cour et concitoyens :
Nous nous tenons ici aujourd’hui, non seulement devant un tribunal, mais devant un tribunal de l’histoire. L’affaire d’aujourd’hui nous oblige à faire face à une dette, non seulement financière, mais profondément morale. Une dette due à Haïti, une nation dont les fondations ont été posées dans le sang, la sueur et les larmes d’hommes et de femmes réduits en esclavage. Une nation qui, après avoir gagné sa liberté, a été forcée de payer un prix exorbitant pour la liberté même pour laquelle elle s’est battue.
En 1825, la France a imposé une indemnité à Haïti : une indemnité de 150 millions de francs. Cette somme, extorquée par la force, n’était rien d’autre qu’une extorsion. La France a exigé qu’Haïti indemnise les propriétaires de plantations françaises pour leurs « biens perdus » – des biens qui n’étaient rien d’autre que des êtres humains. C’était une demande qui défiait toute raison, toute justice et tous les principes de dignité humaine. Une demande qui a laissé Haïti en ruine économique pendant des générations, enchaînant la nation nouvellement libérée par la dette, la pauvreté et l’exploitation.
Le cœur de cette affaire est simple : les actions de la France étaient illégales, injustes et contraires à toute conception moderne des droits de l’homme. Nous reconnaissons que l’abolition de l’esclavage n’était pas suffisante. Exiger d’une nation, autrefois asservie, qu’elle indemnise son ancien oppresseur est un crime qui aggrave l’atrocité initiale. La France, un pays qui se targue des principes de Liberté, Égalité, Fraternité, a trahi ces mêmes idéaux.
Le droit international a évolué et aujourd’hui, il est clair que les réparations sont non seulement appropriées, mais nécessaires. La France a profité de l’esclavage, s’est enrichie sur le dos du peuple haïtien, puis, lorsque ce peuple s’est battu et a gagné sa liberté, a exigé un paiement pour le « privilège » de l’indépendance. C’est une injustice historique qui doit être corrigée.
Les conséquences de cette dette injuste sont visibles tout au long de l’histoire d’Haïti. Pendant plus d’un siècle, Haïti a lutté sous le poids de ce fardeau financier, détournant des ressources qui auraient pu être utilisées pour l’éducation, la santé et les infrastructures. Cette dette a non seulement freiné la croissance économique d’Haïti, mais elle a également favorisé des cycles de pauvreté, d’instabilité politique et de troubles sociaux.
La richesse qui aurait dû être utilisée pour élever le peuple haïtien, pour construire sa nation, a été canalisée vers la France. Des générations d’Haïtiens se sont vu refuser des opportunités parce que leur pays était paralysé par une dette qu’il n’aurait jamais dû avoir à payer.
Il est désormais temps pour la France de remplir son obligation morale et légale de réparer ce tort. La France doit restituer la richesse qu’elle a injustement extraite d’Haïti. Il ne s’agit pas d’un acte de charité, mais d’un acte de justice. C’est une reconnaissance du fait que la prospérité dont jouit aujourd’hui la France s’est construite, en partie, sur la souffrance du peuple haïtien.
Les réparations ne sont pas seulement une transaction financière ; elles sont une reconnaissance des torts causés, des excuses et un pas vers la guérison des blessures du passé. La France doit cela à Haïti et, en fait, au monde. Les réparations dues ne concernent pas seulement les siècles d’esclavage, mais aussi l’exploitation financière délibérée qui a suivi. Il est temps de corriger cette injustice.
Vos Honneurs, la Cour doit reconnaître qu’il ne s’agit pas seulement d’une question juridique, mais d’une question de devoir moral. Haïti a payé mille fois sa dette envers l’humanité. C’est au tour de la France de payer ce qui lui est dû. Il est temps pour la France d’honorer son engagement envers la justice, de reconnaître la dette de l’esclavage et d’indemniser Haïti pour les siècles de souffrances qu’il a endurés.
JD Ambroise, Ing.
C/o General de l'UNH
Ecrivain.