08/05/2025
LE GUINÉEN ET LE TROUBLE DE LA PERSONNALITÉ ANTISOCIALE
Le 2 février 2025, un décret a instauré la gratuité de la carte nationale d'identité biométrique pour les premières demandes. Une mesure saluée par l’opinion publique, car elle visait à alléger le poids financier des démarches administratives, souvent perçues comme complexes et onéreuses. Ce décret prévoyait que les modalités pratiques seraient précisées par un arrêté conjoint des ministères concernés.
Le 24 mars 2025, l'arrêté conjoint A/2025/235/MATD/MSPC/MAEIAGE/CAB/SGG est venu entériner cette décision. Il réaffirme la gratuité de la carte et interdit formellement toute perception de frais, de quelle que nature que ce soit, par les autorités administratives, agents publics, intermédiaires ou toute autre personne en lien avec le traitement de ces documents. Une avancée significative sur le papier. Mais qu’en est-il sur le terrain ?
À peine mois après la publication de cet arrêté, une série de visites effectuées dans deux commissariats révèle une tout autre réalité : les agents enrôleurs continuent d’exiger le paiement de sommes pour les photos et 100 000 GNF par endroit pour l’établissement rapide de la carte. Plus préoccupant encore, ces agents semblent ignorer totalement l'existence de la nouvelle réglementation, ou choisissent délibérément de ne pas l’appliquer.
Cette situation met en lumière un dysfonctionnement systémique inquiétant. À Dudréka, par exemple, l’enrôlement pour l’obtention de l’extrait de naissance numérique et de la carte d’identité biométrique se négocie à partir de 100 000 GNF, au vu et au su de tout le monde, sans que personne n’y trouve à redire. De même, dans certains quartiers comme Kountia Nord, le prix du certificat de résidence nécessaire à l'obtention de la carte a été arbitrairement relevé à 15 000 GNF, au lieu des 10 000 GNF initialement fixés. Nos investigations dans plusieurs quartiers de Conakry révèlent que les chefs de quartier affirment n’avoir reçu aucun soutien financier pour l’impression de ces documents. À Kountia Nord, le chef de quartier nous a même déclaré que ces certificats représentent sa seule source de revenu, et qu’il n’est pas question, selon lui, de les délivrer gratuitement aux citoyens.
Ce détournement manifeste des mesures gouvernementales constitue non seulement un mépris de la volonté présidentielle, mais aussi une trahison envers les citoyens, déjà éprouvés par des procédures longues, coûteuses et humiliantes. Aujourd’hui encore, alors que des efforts sont entrepris pour corriger les injustices administratives, certains acteurs continuent de perpétuer un système basé sur l’abus et la rente illégale.
La désillusion est d’autant plus grande que ce phénomène n’est pas nouveau : il témoigne d’une difficulté chronique à traduire les décisions politiques en actions concrètes sur le terrain. Tant que des mesures rigoureuses ne seront pas prises pour sanctionner ces dérives, la méfiance des citoyens envers les institutions ne fera que croître.
Il est temps de passer des intentions aux actes. La gratuité annoncée doit être strictement appliquée, et toute entrave à sa mise en œuvre doit être sévèrement punie. Les Guinéens méritent des services publics transparents, accessibles et dignes de confiance.