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L’appel à candidatures interne lancé par le Ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation (MATD)...
16/09/2026

L’appel à candidatures interne lancé par le Ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation (MATD) pour sélectionner des fonctionnaires susceptibles d’exercer les fonctions de préfet et de gouverneur de région constitue, à première vue, une initiative de modernisation administrative. Le ministère met en avant le mérite, l’expérience, les compétences professionnelles et le renforcement de la gouvernance territoriale. Les candidatures sont ouvertes du 16 au 27 septembre 2026 et concernent notamment des fonctionnaires titulaires d’au moins un Bac+4 et justifiant de cinq années d’expérience dans l’administration territoriale.

Mais au-delà de l’intention, une question juridique demeure : le MATD peut-il, de sa propre initiative, organiser une procédure de sélection pour des fonctions dont la nomination relève constitutionnellement du Président de la République ?

Nouvelle analyse par Yakouba Mariame KONATE, chercheur et President Executif à IREX Africa - Institut Africain de Recherche et d’Expertise
https://www.irexafrica.org/article/prefets-et-gouverneurs-lappel-a-candidatures-du-matd-a-lepreuve-du-droit

IREX AFRICA | ANALYSEAFRICA CEO FORUM 2026 : au-delà des panels, où se construisent réellement les opportunités économiq...
12/05/2026

IREX AFRICA | ANALYSE

AFRICA CEO FORUM 2026 : au-delà des panels, où se construisent réellement les opportunités économiques africaines ?

Par Stephen ADU
Membre du comité d’experts – IREX Africa

Observatoire de l’Économie, des Investissements et de la Souveraineté Financière

Chaque année, l’Africa CEO Forum réunit chefs d’entreprise, investisseurs, décideurs publics et partenaires financiers autour des grandes questions économiques du continent. Officiellement, l’attention se concentre sur les panels, les discours institutionnels et les annonces publiques. Pourtant, la réalité stratégique d’un tel rendez-vous est ailleurs.

Les grands forums économiques ne sont pas uniquement des espaces de visibilité ; ce sont avant tout des marchés d’influence, de confiance et de négociation informelle.

Les décisions structurantes ne naissent pas toujours sous les projecteurs. Elles émergent souvent dans les espaces périphériques : rencontres bilatérales, petits-déjeuners fermés, discussions discrètes entre investisseurs, échanges entre dirigeants politiques et capitaines d’industrie.

L’Africa CEO Forum 2026, à Kigali, ne fera probablement pas exception.

1. Les forums économiques comme espaces de diplomatie économique informelle

Dans l’économie contemporaine, les grands événements internationaux jouent un rôle de plateforme d’accélération décisionnelle.

Un investisseur ne vient pas uniquement écouter un panel sur la transformation industrielle africaine. Il vient identifier :

- des partenaires crédibles ;
- des marchés stables ;
- des décideurs accessibles ;
- des opportunités à forte rentabilité ;
- des environnements réglementaires prévisibles.

Autrement dit, le vrai enjeu n’est pas la conférence elle-même, mais la qualité des connexions qu’elle permet.

L’Afrique entre progressivement dans une économie où la diplomatie économique relationnelle devient un levier majeur de compétitivité.

2. Le capital relationnel devient un actif économique

Les économies modernes fonctionnent aussi sur la réputation, la confiance et le positionnement stratégique.

Dans ce type de forum, trois profils se distinguent :

Les spectateurs, venus assister ;

Les participants, venus réseauter ;

Les stratèges, venus conclure.

La différence tient rarement aux ressources financières immédiates. Elle repose davantage sur :

- la préparation ;
- la clarté du projet ;
- la qualité du narratif stratégique ;
- la capacité à transformer une conversation en partenariat.

Le capital relationnel devient ici un actif économique à part entière.

3. L’Afrique doit mieux préparer ses champions économiques

Un constat demeure : beaucoup d’acteurs africains arrivent dans ces forums sans véritable stratégie d’engagement.

Présence institutionnelle visible, mais faible préparation transactionnelle.

Or les investisseurs recherchent moins des discours politiques que des opportunités structurées :

- projets bancables ;
- pipelines d’investissement ;
- données fiables ;
- garanties institutionnelles ;
- interlocuteurs capables de décision rapide.

Les pays qui réussissent ces forums sont ceux qui y arrivent avec une stratégie économique cohérente.

Le Rwanda l’a démontré à plusieurs reprises.

4. Au-delà du branding, la bataille de crédibilité

Le personal branding évoqué dans de nombreux débats n’est pas superficiel.

Dans les environnements économiques à haute compétition, la perception influence directement la confiance.

Mais l’image seule ne suffit pas.

Ce qui attire peut ouvrir une porte.
Ce qui convainc reste la substance :

- vision ;
- compétence ;
- crédibilité ;
- capacité d’exécution.

Les investisseurs ne financent pas seulement des idées. Ils financent des équipes crédibles.

5. Une leçon pour les économies africaines

L’Africa CEO Forum rappelle une réalité essentielle :

les opportunités économiques africaines ne se construisent pas uniquement dans les politiques publiques ou les annonces médiatiques.

Elles se construisent dans l’interaction entre vision publique, capital privé, intelligence relationnelle et préparation stratégique.

Pour les États africains, cela impose un changement de posture :

- professionnaliser la diplomatie économique ;
- préparer des portefeuilles de projets robustes ;
- renforcer les capacités de négociation ;
- créer des mécanismes de suivi post-forum.

Un forum sans conversion en investissements réels reste un exercice de communication.

Conclusion

L’enjeu de Kigali 2026 dépasse largement la scène des panels.

La vraie question est simple :

Qui transformera la visibilité en investissements ?

Dans une Afrique en quête d’industrialisation, de souveraineté économique et d’accélération de la croissance, les opportunités n’appartiennent pas aux plus visibles.

Elles reviennent aux mieux préparés.

— IREX AFRICA —
Penser l’Afrique,Transformer l’Action Publique

NOTE D’ANALYSE | IREX AFRICAғɪɴᴀɴᴄᴇs ʟᴏᴄᴀʟᴇs ᴇɴ ɢᴜɪɴᴇᴇ : ᴇɴᴊᴇᴜx, ᴄᴏɴᴛʀᴀɪɴᴛᴇs ᴇᴛ ᴘɪsᴛᴇs ᴅᴇ ʀéғᴏʀᴍᴇs ᴘᴏᴜʀ ᴜɴᴇ ᴠéʀɪᴛᴀʙʟᴇ ᴀᴜ...
12/05/2026

NOTE D’ANALYSE | IREX AFRICA

ғɪɴᴀɴᴄᴇs ʟᴏᴄᴀʟᴇs ᴇɴ ɢᴜɪɴᴇᴇ : ᴇɴᴊᴇᴜx, ᴄᴏɴᴛʀᴀɪɴᴛᴇs ᴇᴛ ᴘɪsᴛᴇs ᴅᴇ ʀéғᴏʀᴍᴇs ᴘᴏᴜʀ ᴜɴᴇ ᴠéʀɪᴛᴀʙʟᴇ ᴀᴜᴛᴏɴᴏᴍɪᴇ ᴛᴇʀʀɪᴛᴏʀɪᴀʟᴇ

Observatoire de la Décentralisation et du Développement Territorial

En Guinée, la décentralisation est censée rapprocher l’action publique des citoyens et permettre aux collectivités territoriales de mieux répondre aux besoins de leurs populations. Pourtant, dans la réalité, l’autonomie des communes reste largement limitée par une contrainte majeure, la faiblesse des finances locales.

Le sujet est central, car ce sont les collectivités qui portent, au quotidien, des responsabilités directement visibles par les citoyens, assainissement, entretien de la voirie locale, gestion des marchés, occupation du domaine public, équipements communautaires, gestion foncière ou encore certaines infrastructures sociales de proximité.

Or, comment parler de décentralisation efficace lorsque les collectivités disposent de moyens financiers insuffisants pour exercer pleinement leurs missions ?

ᴜɴᴇ ʀéᴀʟɪᴛé ʙɪᴇɴ ɢᴜɪɴéᴇɴɴᴇ, ᴅᴇs ᴄᴏᴍᴍᴜɴᴇs ᴀᴜx ʙᴇsᴏɪɴs ᴄʀᴏɪssᴀɴᴛs, ᴍᴀɪs ᴀᴜx ʀᴇssᴏᴜʀᴄᴇs ʟɪᴍɪᴛéᴇs

À Conakry, des communes comme Matoto, Ratoma, Tombolia ou Lambanyi font face à une urbanisation accélérée, à une forte pression démographique et à des besoins croissants en voirie, drainage, assainissement, marchés modernes et services urbains.

À Matam, la pression économique liée aux activités commerciales et logistiques exige des investissements constants en infrastructures urbaines. À Kaloum, malgré une concentration d’activités économiques, les défis de mobilité, d’aménagement et de services publics restent importants.

À l’intérieur du pays, les réalités sont tout aussi exigeantes. Des communes comme Kankan, Kindia, Labé, Mamou, Nzérékoré, Boké ou Siguiri doivent répondre à des enjeux de développement économique local, d’aménagement urbain, de gestion des marchés, de mobilité locale et d’infrastructures communautaires.

Dans les zones minières comme Boké ou Siguiri, la question de la redistribution territoriale de la richesse économique se pose avec acuité. Dans les zones agricoles comme Kankan, Faranah ou Mamou, les collectivités ont besoin de moyens pour soutenir les dynamiques économiques locales.

Le constat est simple, les attentes envers les collectivités augmentent, mais leurs capacités financières restent faibles.

ʟᴇ ᴘᴀʀᴀᴅᴏxᴇ ɢᴜɪɴéᴇɴ : ᴜɴ ᴘᴏᴛᴇɴᴛɪᴇʟ ғɪsᴄᴀʟ ʀéᴇʟ, ᴍᴀɪs ɪɴsᴜғғɪsᴀᴍᴍᴇɴᴛ ᴍᴏʙɪʟɪsé

La Guinée ne manque pas totalement de potentiel local. Ce potentiel existe, mais il reste mal structuré, insuffisamment exploité ou mal sécurisé.

Une commune comme Matoto, avec ses activités commerciales, ses marchés, ses zones d’habitation et son expansion urbaine, dispose objectivement d’un potentiel fiscal important.

Ratoma, avec sa densité urbaine et son activité économique soutenue, pourrait renforcer significativement ses ressources locales avec une fiscalité mieux administrée.

Kindia, carrefour économique stratégique, ou Kankan, grand pôle commercial régional, disposent également de leviers économiques locaux importants.

Même des communes plus modestes disposent souvent de ressources potentielles à travers, taxes de marchés, redevances, d’occupation du domaine public, fiscalité foncière, taxes sur certaines activités économiques, recettes liées aux gares routières ou infrastructures locales.

Mais plusieurs contraintes freinent cette mobilisation dont, faible identification des contribuables, insuffisance du cadastre, informalité économique dominante, de faible digitalisation des recettes, systèmes de recouvrement inefficaces, gouvernance financière encore perfectible.

Résultat, les collectivités captent bien moins de ressources qu’elles ne le pourraient.

ᴜɴᴇ ᴅéᴘᴇɴᴅᴀɴᴄᴇ ᴇxᴄᴇssɪᴠᴇ ᴠɪs-à-ᴠɪs ᴅᴇ ʟ’Éᴛᴀᴛ ᴄᴇɴᴛʀᴀʟ

L’autre limite majeure est la dépendance financière envers l’État.

Dans de nombreuses communes, les budgets locaux restent fortement tributaires des transferts financiers centraux. Or, lorsque ces transferts sont insuffisants, irréguliers ou peu prévisibles, la capacité d’action locale se réduit considérablement.

Une commune qui ne connaît pas avec certitude ses ressources disponibles ne peut pas programmer efficacement ses investissements.

Cette situation transforme souvent la décentralisation en délégation de responsabilités sans réelle autonomie.

ʟᴇ ᴅéғɪ ᴅᴇs ɪɴéɢᴀʟɪᴛés ᴛᴇʀʀɪᴛᴏʀɪᴀʟᴇs

Toutes les communes n’ont évidemment pas les mêmes capacités économiques.

Kaloum ne dispose pas du même potentiel fiscal qu’une commune rurale de Kouroussa, Gaoual, Mali, Beyla ou Tougué.

Le risque est clair, sans mécanisme correcteur, la décentralisation pourrait accentuer les écarts entre territoires économiquement dynamiques et collectivités plus fragiles.

C’est pourquoi la question d’un mécanisme national de péréquation territoriale devient stratégique.

Les réformes prioritaires

𝟷. ᴍᴏᴅᴇʀɴɪsᴇʀ ʟᴀ ғɪsᴄᴀʟɪᴛé ʟᴏᴄᴀʟᴇ

La fiscalité locale guinéenne doit évoluer vers plus d’efficacité et de transparence.

Cela suppose :

* meilleure identification fiscale
* digitalisation du recouvrement
* modernisation de la fiscalité foncière
* sécurisation des paiements
* réduction des pertes de recettes.

𝟸. ᴄʟᴀʀɪғɪᴇʀ ʟᴇs ᴛʀᴀɴsғᴇʀᴛs ғɪɴᴀɴᴄɪᴇʀs Éᴛᴀᴛ-ᴄᴏʟʟᴇᴄᴛɪᴠɪᴛés

Les collectivités ont besoin de transferts :

* réguliers
* transparents
* fondés sur des critères objectifs
* compatibles avec leurs compétences.

𝟹. ᴍᴇᴛᴛʀᴇ ᴇɴ ᴘʟᴀᴄᴇ ᴜɴᴇ ᴘéʀéǫᴜᴀᴛɪᴏɴ ᴛᴇʀʀɪᴛᴏʀɪᴀʟᴇ

Pour éviter une décentralisation inégalitaire, un fonds de solidarité territoriale pourrait corriger les écarts entre collectivités.

𝟺. ʀᴇɴғᴏʀᴄᴇʀ ʟᴇs ᴄᴀᴘᴀᴄɪᴛés ʟᴏᴄᴀʟᴇs

L’autonomie financière exige des compétences solides :

* planification budgétaire
* comptabilité publique locale
* fiscalité territoriale
* contrôle interne.

𝟻. ᴇxᴘʟᴏʀᴇʀ ᴅᴇs ᴍéᴄᴀɴɪsᴍᴇs ɪɴɴᴏᴠᴀɴᴛs ᴅᴇ ғɪɴᴀɴᴄᴇᴍᴇɴᴛ ʟᴏᴄᴀʟ

Les collectivités doivent progressivement accéder aux

* partenariats public-privé territoriaux ;
* financements structurés ;
* mobilisation de financements de développement local.

ᴜɴᴇ ᴏᴘᴘᴏʀᴛᴜɴɪᴛé ɪɴsᴛɪᴛᴜᴛɪᴏɴɴᴇʟʟᴇ à ʀéғʟéᴄʜɪʀ

Dans le débat institutionnel guinéen, si une future chambre territoriale ou un Sénat venait à représenter réellement les collectivités, cette institution pourrait utilement porter :

* la réforme des finances locales ;
* le plaidoyer pour l’équité territoriale ;
* la défense du développement local.

Mais cela n’aurait de sens que si les collectivités disposent d’un cadre réel d’autonomie.

ᴄᴏɴᴄʟᴜsɪᴏɴ

En Guinée, la décentralisation ne pourra produire ses effets que si les collectivités disposent de ressources crédibles, prévisibles et mieux gérées.

Le sujet des finances locales n’est pas secondaire. Il touche directement à la qualité de la gouvernance, à la cohésion territoriale et à la capacité réelle des communes à améliorer le quotidien des citoyens.

Une décentralisation sans autonomie financière reste une promesse institutionnelle sans véritable impact territorial.

— IREX AFRICA —
Penser l’Afrique,Transformer l’Action Publique

Chaque nouvelle semaine représente une nouvelle opportunité de réfléchir autrement, d’agir avec plus d’impact et de cont...
11/05/2026

Chaque nouvelle semaine représente une nouvelle opportunité de réfléchir autrement, d’agir avec plus d’impact et de contribuer au développement durable de notre continent.

Chez IREX AFRICA, nous croyons que les grandes transformations commencent toujours par une vision claire, une expertise crédible et un engagement constant au service de l’Afrique.

Restons concentrés sur l’essentiel :
✔ comprendre les enjeux ;
✔ proposer des solutions ;
✔ transformer les idées en actions concrètes.

✨ Excellente semaine à toutes et à tous.

NOTE – IREX AFRICAPour une souveraineté sanitaire guinéenne : les quatre piliers d’une réforme durable de notre système ...
06/05/2026

NOTE – IREX AFRICA

Pour une souveraineté sanitaire guinéenne : les quatre piliers d’une réforme durable de notre système de santé

Auteur :
Dr Mohamed Fanta CONDE
Membre du comité d’experts – IREX AFRICA

La santé n’est pas uniquement une question médicale. Elle constitue le socle de la stabilité sociale, de la productivité économique et de la souveraineté d’un État. Aucun pays ne peut prétendre à un développement durable lorsque ses populations restent exposées à des systèmes de soins fragiles, inégalitaires et insuffisamment préparés aux crises sanitaires.

La pandémie de COVID-19, les épidémies d’Ebola, les défis liés à la mortalité maternelle et infantile, ainsi que les difficultés d’accès aux soins dans les zones rurales, ont révélé une vérité fondamentale : la résilience sanitaire ne s’improvise pas. Elle se construit à travers une vision stratégique, une gouvernance forte et des investissements continus.

Aujourd’hui, la Guinée dispose d’une opportunité historique de transformer profondément son système de santé afin d’atteindre un seuil d’efficacité optimale. Cette ambition exige de concentrer nos efforts autour de quatre piliers stratégiques majeurs.

1. Restauration de la gouvernance et de la souveraineté sanitaire

La première urgence consiste à restaurer l’autorité stratégique de l’État dans le pilotage du système sanitaire.

Durant plusieurs décennies, les systèmes de santé africains ont souvent évolué sous forte dépendance des financements extérieurs. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), dans certains pays africains, plus de 30 à 40 % des dépenses sanitaires proviennent encore de partenaires techniques et financiers. Cette dépendance fragilise la continuité des politiques publiques et limite la capacité des États à définir leurs propres priorités.

La souveraineté sanitaire signifie donc la capacité d’un pays à :

* définir ses priorités de santé publique ;
* produire ou sécuriser ses médicaments essentiels ;
* disposer d’un système de surveillance épidémiologique performant ;
* garantir l’accès équitable aux soins sur l’ensemble du territoire.

La Guinée a déjà démontré sa capacité de résilience pendant la crise Ebola. Cette expérience doit désormais servir de base pour bâtir un système plus autonome et plus structuré.

Cela implique notamment :

* le renforcement de la régulation du secteur privé de santé ;
* une meilleure gouvernance hospitalière ;
* la lutte contre la corruption et les dépenses inefficaces ;
* l’amélioration de la transparence budgétaire ;
* la décentralisation des services sanitaires.

Dans plusieurs pays comme le Rwanda, la réforme de la gouvernance sanitaire a permis d’améliorer considérablement les indicateurs de santé. Entre 2000 et 2020, la mortalité infantile y a chuté de plus de 70 %, grâce à une politique cohérente de proximité sanitaire et de responsabilisation institutionnelle.

La Guinée peut s’inspirer de ces modèles tout en développant sa propre trajectoire adaptée à ses réalités sociales et territoriales.

2. Pérennisation du financement et protection sociale

Aucun système de santé performant ne peut exister sans financement durable.

En 2001, les chefs d’État africains ont adopté l’Accord d’Abuja, engageant les pays à consacrer au moins 15 % de leur budget national à la santé. Pourtant, la majorité des États africains restent encore en dessous de cet objectif.

Or, les conséquences du sous-financement sont visibles :

* insuffisance des infrastructures ;
* pénurie d’équipements ;
* faibles capacités hospitalières ;
* difficultés d’accès aux médicaments ;
* surcharge des ménages.

Selon la Banque mondiale, dans plusieurs pays africains, plus de 35 % des dépenses de santé sont directement supportées par les familles, ce qui plonge des millions de personnes dans la pauvreté chaque année.

La Couverture Santé Universelle (CSU) devient donc une nécessité stratégique et sociale.

La CSU ne représente pas uniquement une réforme administrative ; elle constitue un pacte national de solidarité permettant :

* d’assurer un accès équitable aux soins ;
* de réduire les inégalités sociales ;
* de protéger les populations vulnérables ;
* de renforcer la cohésion nationale.

Le Ghana, à travers son National Health Insurance Scheme, a réussi à élargir significativement l’accès aux soins grâce à un mécanisme de mutualisation des risques sanitaires.

Pour la Guinée, plusieurs leviers peuvent être activés :

* augmentation progressive du budget national de santé ;
* création de mécanismes innovants de financement ;
* meilleure fiscalité sanitaire ;
* digitalisation des cotisations ;
* partenariats public-privé structurants ;
* renforcement des mutuelles de santé communautaires.

Investir dans la santé n’est pas une dépense improductive. C’est un investissement économique stratégique. Une population en bonne santé travaille mieux, produit davantage et contribue plus efficacement à la croissance nationale.

3. Optimisation du capital humain et des infrastructures

Le véritable cœur d’un système sanitaire reste son capital humain.

Aucun plateau technique moderne ne peut fonctionner durablement sans médecins compétents, infirmiers qualifiés, biologistes expérimentés et gestionnaires performants.

L’OMS estime que l’Afrique supporte près de 24 % de la charge mondiale de morbidité tout en ne disposant que d’environ 3 % des professionnels de santé mondiaux.

La Guinée fait encore face à plusieurs défis :

* déficit de personnel spécialisé ;
* concentration des compétences dans les grandes villes ;
* insuffisance de formation continue ;
* fuite des cerveaux ;
* faible motivation du personnel.

Il devient impératif de :

* renforcer les écoles de formation sanitaire ;
* moderniser les curricula universitaires ;
* développer les spécialisations médicales ;
* améliorer les conditions de travail ;
* encourager le déploiement des agents en zones rurales.

Parallèlement, les infrastructures sanitaires doivent être modernisées.

Un système efficace nécessite :

* des hôpitaux équipés ;
* des centres de santé fonctionnels ;
* des laboratoires performants ;
* des chaînes logistiques fiables ;
* des systèmes d’approvisionnement sécurisés.

Le Sénégal, par exemple, a considérablement amélioré son offre hospitalière ces dernières années grâce à des investissements ciblés dans les infrastructures et les équipements biomédicaux.

La Guinée doit également investir dans :

* les centres hospitaliers régionaux ;
* les unités de soins intensifs ;
* les centres de dialyse ;
* les laboratoires de référence ;
* la maintenance biomédicale.

La qualité des soins dépend directement de la qualité des ressources humaines et des infrastructures disponibles.

4. Accélération de la transformation numérique (E-Santé)

Le numérique représente aujourd’hui l’une des plus grandes révolutions du secteur sanitaire mondial.

L’E-santé permet :

* une meilleure gestion des données médicales ;
* une prise de décision plus rapide ;
* une surveillance épidémiologique efficace ;
* une amélioration de la traçabilité ;
* une réduction des pertes administratives.

Dans plusieurs pays africains, la télémédecine commence déjà à transformer l’accès aux soins dans les zones reculées.

Le Rwanda utilise des drones pour livrer des produits sanguins dans certaines zones isolées. Le Kenya a développé des systèmes numériques performants pour le suivi des patients et la gestion hospitalière.

La Guinée doit accélérer cette transition numérique en développant :

* les dossiers médicaux électroniques ;
* les plateformes de télémédecine ;
* les systèmes numériques de gestion hospitalière ;
* les applications mobiles de santé publique ;
* les bases de données sanitaires nationales.

Le numérique peut également améliorer :

* la transparence des dépenses ;
* la gestion des stocks de médicaments ;
* le suivi des programmes de vaccination ;
* la collecte statistique en temps réel.

La modernisation du système sanitaire passera inévitablement par l’innovation technologique.

Une responsabilité collective pour bâtir la santé de demain

La transformation du système de santé guinéen ne dépend pas uniquement du ministère de la Santé. Elle exige une mobilisation nationale :

* des institutions publiques ;
* des collectivités locales ;
* du secteur privé ;
* des partenaires techniques ;
* des professionnels de santé ;
* des citoyens eux-mêmes.

La santé doit devenir une priorité stratégique nationale au même titre que les infrastructures, l’éducation ou l’énergie.

Les grandes nations ne se construisent pas uniquement avec des routes et des bâtiments. Elles se construisent surtout avec des populations en bonne santé, protégées et confiantes dans leurs institutions.

La Guinée possède les ressources humaines, les capacités intellectuelles et les potentialités nécessaires pour bâtir un système sanitaire moderne, souverain et résilient.

L’heure n’est plus aux diagnostics répétés, mais à l’action structurée, courageuse et durable.

Car au-delà des chiffres et des réformes, la santé reste avant tout une question de dignité humaine et de justice sociale.

IREX AFRICA
Institut Africain de Recherche et d’Expertise
« Éclairer les débats, éclairer les décisions »

ANALYSE - IREX AFRICA Élections législatives et communales : les candidats peuvent-ils rester malgré le retrait de leur ...
06/05/2026

ANALYSE - IREX AFRICA

Élections législatives et communales : les candidats peuvent-ils rester malgré le retrait de leur parti ?

Lecture juridique d’un vide politique sensible en Guinée

Par Yakouba Mariame KONATE
Président Exécutif, membre du comité de Chercheurs à IREX AFRICA – Institut Africain de Recherche et d’Expertise

À l’approche des futures élections législatives et communales en Guinée, une problématique juridique particulièrement sensible anime le débat public et politique, qu’advient-il des listes de candidatures déjà validées lorsqu’un parti politique décide finalement de se retirer du processus électoral ? Les candidats investis demeurent-ils légalement en lice ? Peuvent-ils poursuivre la campagne électorale malgré la décision de leur formation politique ? Et surtout, qu’en est-il de l’utilisation du nom, du sigle et du logo du parti concerné ?

Cette interrogation mérite une lecture rigoureuse du Code électoral guinéen ainsi qu’une analyse fondée sur les principes fondamentaux du droit électoral moderne. En effet, au-delà des considérations politiques, le droit électoral repose avant tout sur la sécurité juridique, la stabilité des candidatures et la continuité du processus démocratique.

Le premier élément essentiel réside dans la nature juridique de la candidature électorale elle-même. L’article 48 du Code électoral guinéen prévoit que la déclaration de candidature est déposée « par le candidat lui-même » ou « par le mandataire légalement désigné lorsqu’il s’agit d’une liste de candidats ». Le même article précise que le dossier doit contenir l’emblème, le symbole, le sigle ou tout signe distinctif de la candidature.

Cette disposition est fondamentale. En effet, une fois enregistrée et validée par l’Organe Technique Indépendant de Gestion des Élections (OTIGE), la candidature acquiert une existence juridique autonome dans le processus électoral. Autrement dit, la liste validée ne se confond plus totalement avec la volonté politique ultérieure du parti qui l’a investie.

Cette distinction produit des conséquences importantes. Juridiquement, la validation d’une liste entraîne son intégration officielle au scrutin, son inscription sur les supports électoraux et sa reconnaissance dans les circonscriptions concernées. Dès lors, les candidats validés deviennent des acteurs légalement reconnus du processus électoral.

Or, le Code électoral guinéen ne prévoit nulle part qu’un retrait politique du parti entraîne automatiquement l’annulation ou la disparition des listes déjà validées. Ce silence du législateur est juridiquement significatif. En droit public, un principe fondamental s’impose, aucune radiation, suspension ou annulation ne peut intervenir sans base textuelle explicite.

Par conséquent, tant qu’aucune décision administrative, électorale ou juridictionnelle n’ordonne formellement le retrait des listes, celles-ci demeurent légalement candidates au scrutin.

Cette interprétation est d’ailleurs cohérente avec l’esprit général du Code électoral. Plusieurs dispositions montrent que le législateur a voulu préserver la stabilité du processus électoral après validation des candidatures. L’article 49 fixe les délais officiels d’ouverture des campagnes électorales, tandis que l’article 50 interdit toute campagne en dehors des périodes prévues par la loi. Ces dispositions traduisent une volonté claire d’encadrer rigoureusement le calendrier électoral afin d’éviter toute instabilité susceptible d’altérer la sincérité du vote.

De plus, les mécanismes de contestation prévus par le Code sont enfermés dans des délais stricts. Les recours contre les candidatures doivent être exercés avant la stabilisation définitive des listes. Cette logique vise précisément à empêcher les modifications tardives qui pourraient perturber le scrutin ou désorienter les électeurs.

Il convient également de distinguer la discipline interne du parti politique et la validité électorale des candidatures. Un parti conserve naturellement le droit de sanctionner politiquement des candidats qui refusent de suivre ses orientations. Il peut les suspendre, les exclure ou leur retirer son soutien politique. Toutefois, ces sanctions relèvent du fonctionnement interne du parti et non automatiquement du droit électoral.

Autrement dit, un candidat peut devenir politiquement dissident sans perdre immédiatement sa qualité juridique de candidat validé.

La question du logo, du sigle et du nom du parti demeure cependant plus complexe. L’article 48 du Code électoral intègre explicitement les signes distinctifs dans le dossier officiel de candidature. Ainsi, une fois la liste validée, ces éléments deviennent juridiquement attachés à la candidature enregistrée.

Or, le Code électoral ne prévoit aucun mécanisme permettant à un parti politique de retirer unilatéralement son emblème après validation définitive des listes. En conséquence, sauf décision contraire de l’autorité électorale compétente ou d’une juridiction, les candidats concernés pourraient légalement continuer à utiliser le nom, le sigle et le logo validés dans leur dossier électoral.

Cette situation révèle néanmoins une véritable zone grise juridique dans le droit électoral guinéen. Le législateur gagnerait à préciser explicitement les conséquences du retrait d’un parti après validation des candidatures afin d’éviter les conflits d’interprétation et les contentieux électoraux futurs.

En définitive, l’analyse du Code électoral guinéen conduit à une conclusion relativement claire, le retrait politique d’un parti après validation officielle des candidatures ne semble pas entraîner automatiquement la disparition juridique des listes déjà enregistrées. Le droit électoral guinéen paraît ainsi privilégier un principe fondamental, la stabilité, la sincérité et la sécurité juridique du processus électoral priment sur les repositionnements politiques intervenant après validation des candidatures.

Yakouba Mariame KONATE
Président Exécutif et membre du comité de Chercheurs à IREX AFRICA – Institut Africain de Recherche et d’Expertise

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