01/06/2025
Les Amis de Robert Bothereau pour le retour aux fondamentaux du syndicalisme
« Un poète a dit : Mon verre est petit, mais je bois dans mon verre.C’est dans leur verre que veulent boire les syndicalistes et non pas dans la coupe dorée du Trésor »
Robert BOTHEREAU dans Résistance Ouvrière du 18 janvier 1945.
Suite et fin
• Le referendum pour nier la légitimité des syndicats.
En poussant en avant la section syndicale d'entreprise et le principe de l'élection, il devient possible de déroger au principe de faveur et donc de démonter l'ensemble des dispositions qui protègent les travailleurs.
1981, l'Union de la gauche arrive au pouvoir. Mise en place des lois AUROUX, fortement inspirées par la CFDT et la pensée social chrétienne portée par Jacques DELORS et Martine AUBRY.
La loi AUROUX du 4 août 1982 instaure le « droit d’expression directe des salariés ». Celle du 13 novembre 1982 restreint la négociation sur les salaires dans l'entreprise à une négociation annuelle obligatoire, la NAO. Elle introduit la possibilité de conclure des accords d’entreprise dérogatoires moins favorables que les conventions collectives et accords de branche ou interprofessionnels en matière de majorations des salaires et de temps de travail : ainsi, des syndicats peuvent accepter de faire la charité à l'employeur !
La loi FILLON du 4 mai 2004, admet qu’un accord d’entreprise ou d’établissement puisse déroger, en tout ou en partie, dans un sens moins favorable, à une convention ou un accord couvrant un champ territorial ou professionnel plus large, sauf si cette convention ou cet accord exclut expressément une telle possibilité : ainsi, pour ne pas chagriner leur patron, les salariés peuvent accepter de ne pas faire valoir leurs droits !
La loi El KHOMRI du 8 août 2016, renforcée par les ordonnances MACRON du 22 septembre 2017, liquide le « principe de faveur » (acquis de 1936) et permet de contourner les organisations syndicales majoritaires dans l’entreprise. Avec un référendum initié par des syndicats minoritaires ou par l'employeur, il devient possible de déroger aux dispositions de niveau supérieur plus favorables. Le principe de faveur dans la hiérarchie des normes, acquis en 1936, disparaît. Pour les organisations syndicales, c'est la fin du droit d'opposition et la négation de leur rôle de représentation des travailleurs et de défense des leurs intérêts collectifs : s'intégrer dans l'entreprise ou résister et combattre.
• Les métastases de la Charte du travail.
L’œuvre corporatiste ne pourrait pas être complète, si ayant subordonné les syndicats à l'entreprise, faute de les dissoudre, elle n'intégrait pas les confédérations à l’État.
La loi SAPIN du 5 mars 2014 (modifiée le 27 mai 2019) établit un « fond pour le financement du dialogue social » pour remplir 3 missions. Ce fond (AGFPN) est abondé par une contribution employeurs (0,0016% de la masse salariale) et une subvention de l’État. Les crédits sont répartis entre organisations patronales et syndicales de salariés (5 confédérations CGT, CFDT, CGTFO, CFTC et CGC, plus 2 OS non représentatives UNSA et Solidaires), selon les résultats électoraux.
La Mission 2, les politiques publiques : "Le dispositif vise à rémunérer les partenaires sociaux (...) pour leur participation à la conception des politiques publiques" est particulièrement redoutable car elle associe les syndicats à une décision politique. Or, comme l’explique Marc Blondel « Le syndicalisme ne peut pas être l'État, qui est l'affaire du citoyen et non du syndiqué. S'il s'intègre dans l'État par des engagements au sommet, il n'aura plus de poids. » ".
Certaines estimations situent entre 20 et 30 % seulement la part des cotisations payées par les syndiqués dans les ressources des confédérations. Les apports extérieurs seraient donc très majoritaires : cotisation ou subvention, c'est celui qui paye l'orchestre qui choisit la musique !
Les Confédérations sont officiellement conviées à devenir des corps intermédiaires. Devenu corps intermédiaire, le syndicat, ne serait plus une organisation de classe défendant les intérêts particuliers des travailleurs. Que ce soit dans l'entreprise ou dans l’État, le corps intermédiaire est le moyen subsidiaire pour faire appliquer les décisions prises dans les sphères dirigeantes.
Être indépendant, c'est se passer d’apports financiers extérieurs considérables. Pour cela, il faut évidemment syndiquer massivement, et donc mener un combat revendicatif intensif, passer des bonnes résolutions aux actes. Il faut convaincre les travailleurs que le syndicat ne fait pas semblant, montrer qu'il mobilise sérieusement pour gagner, faire aboutir les revendications : « je vis de bonne soupe et non de beaux langages ».
Revenir aux fondamentaux du syndicalisme !
Lors du congrès confédéral de la CGTFO de 1963, dans son dernier rapport moral, Robert BOTHEREAU alerte : « Attention ! Si le syndicalisme se mettait dans l’État, s'il prenait des responsabilités au-delà de celles qu'il peut supporter, s'il s'intégrait, il se poserait à lui-même d'énormes problèmes parce que les engagements qui pourraient être pris par les sommets du mouvement syndical rendraient absolument inutile l'existence d'une base syndicale. Un syndicalisme sans base n'est plus un syndicalisme, mais un État qui croirait faire prisonnier les dirigeants d'un mouvement syndical de cette façon n'aurait saisi que des ombres. ».
Ce retour aux fondamentaux du syndicalisme viendra des nombreux syndicats et UD qui restent libres et indépendants ; les militants qui combattent ne manquent pas, les syndiqués sont prêts à se mobiliser. Le point de non-retour n'est pas encore atteint, il se rapproche dangereusement. Indépendance ou corporatisme, il faut choisir !
Adopté à l’unanimité par l’Assemblée générale, à Beaugency, le 31 mai 2025.
Vidéo une militante de l’Association des Amis de Robert Bothereau