28/09/2025
Bonsoir,
Voici le compte-rendu de la conférence de Luc Gomel.
En vous souhaitant une bonne lecture 📖
CONFERENCE DE LUC GOMEL SUR LA FOURMI INVASIVE
Tapinoma darioi appartient au complexe taxonomique Tapinoma nigerrimum, qui comprend 5 espèces pratiquement indistinguables à l’œil nu :
•Tapinma magnum
•Tapinma Darioi
•Tapinoma erraticum
•Tapinoma Ibericum
•Tapinoma nigerrimum
Leur identification nécessite une analyse génétique.
Une sixième espèce vient d'être découverte en Espagne (Tapinoma Hispanica). Parmi ces 5 espèces, erraticum et ibericum sont quasiment absentes en France. Tapinoma nigerrimum
est courante dans la région mais n'est pas invasive. Magnum et Darioi sont ainsi les deux espèces considérées à date comme problématiques. Tapinoma magnum est très présente en Corse, en Alsace et en Pays de la Loire et semble la plus problématique de toutes.
Tapinoma darioi sévit majoritairement dans le Sud du pays.
Les origines de darioi sont peu claires. Des souches proviendraient des côtes italiennes et espagnoles. Il existe cependant des colonies à Montpellier n'appartenant à aucune autre souche connue. On peut donc envisager une présence ancienne mais dont le
développement serait favorisé par de nouveaux aménagements dans laquelle est est introduite par erreur et où elle s'acclimate rapidement.
Tapinoma darioi (et magnum) ont développé des stratégies d'unicolonialité, de polygénie et de nomadisme. Ainsi, au lieu de créer des colonies concurrentes, toutes les tapinoma darioi se considèrent comme appartenant à une seul et même colonie sur des territoires immenses (sur des centaines de km), et réservent leur agressivité aux fourmis appartenant à d'autres espèces. Elles possèdent en outre un nombre important de reines non
concurrentes qui vont permettre aux colonies de disposer d'une masse d'individus peu commune.
Elles montrent enfin une grande mobilité leur permettant de quitter une zone hostile ou pauvre en ressources en peu de temps.
Les accouplements des princes et princesses (fourmis ailées) se font directement à l'intérieur du nid, ce qui évite des pertes importantes en effectif de futures reines ce qui les rend d'autant plus compétitives. Une fois une colonie surpeuplée, une ou plusieurs reines partent essaimer quelques mètres plus loin (on parle de bouturage). Les colonies progressent ainsi à l'image d'une tâche d'huile.
Les Tapinoma darioi ont montré une capacité impressionnante à se régénérer rapidement.
Ces fourmis invasives se montrent très compétitives grâce à des aires de patrouilles plus grandes, une rapidité des éclaireuses élevée, une grande rapidité de recrutement (capacité à faire venir en renfort d'autres individus), un nombre très important d'individu ainsi qu'une très grande agressivité..
Elles se plaisent dans les sols aérés (sableux, récemment retournés...) et affectionnent particulièrement le broyat et les géotextiles. Elle est omnivore, opportuniste, mais a une
préférence pour les produits sucrés humides (nectar, miellat d'insectes...). Elles élèvent ainsi des pucerons et des cochenilles sur les végétaux alentours, ce qui peut occasionner des dégâts importants sur les cultures. Elles consomment également le nectar des fleurs et peuvent attaquer directement des fruits ou des légumes. Très agressives, elles chassent et mangent si possible les autres proies à sa portée (pression sur l'ensemble des espèces).
Elles sont enfin très présentes dans nos poubelles et le compost.
Elles sont actives de mars à novembre avec un pic (d'activité et d'agressivité) allant d'avril à juillet. Elles pénètrent régulièrement dans les habitations à la recherche de nourriture ou de nouveau site d'implantation.
Tapinoma darioi n'est pas présente sur les listes européennes des espèces invasives à éradiquer, ainsi la France n'a aucune obligation de le faire. Au niveau national, elle est considérée comme espèce invasive envahissante (EEE) mais ce statut n'impose pas de lutte
au niveau national. La Région et la Préfecture s'en cognent tout autant.
A ce jour le Maire de Saint-Aunès a initié un courrier co-signé par les maires de Valergues, Mauguio et Palavas (doute sur ce dernier point) adressé à la Préfecture et au sénateur Grand. Le sénateur a sollicité là aussi par courrier le ministère de l'environnement. La
réponse qui viendra sera vraisemblablement négative mais c'est une première trace. Selon Luc Gomel il sera plus pertinent d'écrire au ministère de l'Agriculture.
En Pays de l'Or, les communes de Valergues, Mauguio (+ Carnon), Palavas et La Grande Motte sont impactées à des degrés divers.
Les Pôles environnement (déchets) et agriculture du Pays de l'Or sont informés mais n'ont pour l'heure pas lancé d'action.
A Valergues, le quartier de Sainte-Agathe – Roselière (tranche 2) est impacté sur environ 15000 m², les jardins familiaux sur environ … m². Une colonie (a minima) a été repérée dans l'enceinte du groupe scolaire (cour du restaurant scolaire – Nord).
Le premier site impacté serait Roselière en 2022 (?) et Darioi aurait été introduite lors de la plantation des haies (BRL...). Les études anthologiques réalisées avant la création de la ZAC n'ont en effet pas relevé sa présence.
Potentiellement cette fourmi peut causer de lourds dégâts au secteur agricole (particulièrement le maraîchage et l'arboriculture), et plus encore l'agriculture bio. Les secteurs de la petite enfance pourraient également être impactés (accès aux extérieurs très
limité de mars à juillet), tout comme le tourisme, etc...
3 insecticides se sont montrés efficaces :
•Fipronil
•Acétamipride
•Spinosad
Les deux premiers sont en voie d’interdiction. Le second est disponible à la vente sous diverses formes mais les formules actuelles ont un effet limité. A ce jour l'insecticide montrant les meilleurs résultats est produit par Terra Nostra sous la forme de poudre. Ce produit contient du géraniol, qui est un répulsif. Les fourmis ne le consomment donc pas mais le contact peut leur être fatal. Une nouvelle formule est en cours de fabrication mais il
faut compter plusieurs années pour qu'il soit homologué.
Afin d'être efficace, l'insecticide doit prendre la forme d'un appât et son action ne doit pas être trop rapide. L'objectif est que des ouvrières consomment le produit pour le restituer au reste de la fourmilière par voie de régurgitation. Dans une fourmilière, 5 à 10% des ouvrières collectent la nourriture avant de le restituer au reste de la colonie. Chaque ouvrière restituant une partie de ce qu'elle consomme à d'autres fourmis, il y a un effet de dilution. Le dosage doit ainsi être suffisamment fort pour pouvoir atteindre les reines et avoir une action suffisamment lente pour que les fourmis ne meurent pas avant d'avoir transmis le poison dans des proportions suffisantes.
En raison de la masse des fourmis présentes dans chaque colonie, la mise au point d'un insecticide efficace est un vrai défi.
Pour être efficient sur un secteur important, un insecticide adéquat (donc pas encore au point) devra être déposé devant CHAQUE colonie du secteur traité. De par sa très rapide régénération, toute colonie oubliée repeuplera très rapidement les zones abandonnées par les fourmilières éradiquées.
C'est donc un défi immense.
Les produits n'étant que des répulsifs ne règlent pas le problème. Il fait être attentif quand on achète du produit car s'il contient du géraniol c'est qu'il sera répulsif donc il ne pourra pas être un appât ! Il y a beaucoup d'arnaques donc attention ! Lisez les étiquettes !
A ce jour, aucune espèce connue n'est en capacité de mener une lutte biologique. Lutter contre les pucerons et cochenilles peut être un moyen pertinent pour les priver de ressources alimentaires. Les végétaux favorisent leur installation de par leurs racines (sur lesquelles elles s'appuient pour creuser leurs galeries), le nectar de leurs fleurs mais surtout les insectes suceurs élevés par les fourmis.
Afin de limiter sa propagation, il est conseiller d'éviter les transferts de terre, de plantes, de compost ou de déchets verts.
ATTENTION : des pépinières peuvent être contaminées, prudence lors du choix de végétaux ! N'hésitez pas à taper sur les pots des plantes. Si plein de petits fourmis en sortent NE L'ACHETER SURTOUT PAS. Nous en avons trouver à Botanic et Villaverde dans les agrumes par exemple.
Seule une action collective peut se montrer efficace, à la condition de disposer d'un insecticide adéquat. A défaut il pourrait être envisageable d'endiguer sa progression par des moyens divers (Subito...) mais l'expansion de cette fourmi est telle que ce produit n'a un effet que temporaire.
La meilleure chose à faire à ce jour et de communiquer au maximum afin de rendre la situation visible. L'espoir serait que le statut de cette fourmi change afin de disposer d'insecticides plus puissants.