03/11/2024
En cette période de Toussaint où mes pensées vont plus souvent encore que d’habitude vers tous les aimés qui m’ont quittée, j’ai envie de publier un de mes poèmes « Poème d’adieux » qui a été primé par un Prix d’Honneur au concours 2024 de l’Université Populaire de Saint Nazaire pour la catégorie néoclassique :
Poème d’adieux
En ce petit matin, mes rêves sont vivants.
Ils troublent le satin de mes songes océan,
Laissant au fond de moi, un limon de tristesse.
D’où me vient cet émoi, ce tourment qui m’oppresse ?
C’est en ouvrant les yeux que je vois défiler
Mes parents, mes aïeux, mes amis envolés.
Marins de ma lignée, les voilà devenus
Goémons ou fumées, pieuvres ou vers menus.
Ils flottent en rangs serrés, les morts de mon histoire.
Comment les repêcher, et comment les revoir ?
J’appelle mon papa, lui dit que je l’attends.
Il ne m’apparait pas, c’est son rire que j’entends.
Son regard délavé me transperce le cœur,
Je voudrais le toucher, retrouver sa chaleur.
Je voudrais plaisanter, voir rayonner sa joie
Voudrais me délivrer, me libérer du poids
Du deuil et de l’absence, ranimer sa présence.
Elle m’échappe et je fonds en larmes d’impuissance.
Mon corps a la nausée, je tangue et je chancelle
Mes gestes sont noyés et mes sanglots rebelles.
Et voilà que maman, me regardant lutter,
Me murmure doucement de ne plus résister.
Regarde, ce cordon qui nous a réunies,
Au sein du doux cocon de nos cosmogonies,
Ce fut bien douloureux de l’arracher céans,
Mais jusqu’au fond des cieux je reste ta maman,
Et ce cordon flottant depuis que je suis morte,
De ce ciel rayonnant, il t’ouvre grand la porte.
Toi, ma belle vivante, fais fructifier tes dons,
Suis ton âme dansante libre de tout cordon.
Au présent de la vie, trouve ta religion,
Unit cœur, corps, esprit, dans la même passion.
L’amour sans condition n’est pas à mériter.
Fi des supplications puisque Tout t’est donné.
Mon souffle t’accompagne de toute éternité,
Ton chagrin de cocagne ne peut lui résister.
J’ai foi et je souris, des étoiles plein les yeux,
Je pleure et puis j’écris ce poème d’adieux.
J’embrasse les rivages de mes songes océan
Et je romps les cordages de mes grands oiseaux blancs.
Photo Tableau « Bon voyage » peinture acrylique et collages de Lydie Chartier