10/03/2026
À l'attention de Mme Sentuc, M. Lunel et de l'ensemble des deux listes "Vivre à Sens" et "Agir Aujourd'hui pour le SENS de Demain".
Merci pour vos réponses et pour l’attention que vous portez à notre interpellation concernant l’avenir du parc de Volvire.
Nous entendons les éléments réglementaires que vous rappelez et nous comprenons bien la difficulté de faire un choix face à des injonctions légales qui peuvent sembler contradictoires.
Mais au fond, la question qui vous est posée n’est pas seulement administrative. Elle est politique. Elle touche à ce qu’un.e élu.e peut vouloir pour sa commune, à la vision qu’il.elle choisit de porter avec son équipe. Dynamiser une commune, ça passe par la construction d'habitats nouveaux, mais aussi le développement de la qualité de vie. Un parc arboré, une belle promenade en centre bourg, c'est un sérieux atout.
À l’heure où le climat change, où les épisodes de chaleur et les pluies intenses se multiplient, où les communes cherchent à rendre leur centre-bourg plus vivable, plus frais et plus résilient, il nous semble qu’il y a là une véritable responsabilité — et aussi une possibilité d’action.
Le parc de Volvire n’est pas un simple terrain en attente ni « une dent creuse ». C’est un espace vivant, déjà là, au cœur du bourg, avec des arbres et arbustes installés de longue date, que l’on ne remplacera pas. Ce patrimoine n’est pas théorique : il rend déjà des services concrets à la commune, en contribuant à la qualité de l’air, en abritant une biodiversité précieuse, en apportant de la fraîcheur et en jouant un rôle utile dans l’absorption des eaux pluviales.
Lors des dernières fortes chaleurs, nous avons constaté un écart très important entre l’intérieur du parc et l’extérieur (plus de 10°C). Alors même que les écoles sont tout proches, on en vient parfois à demander aux familles de garder leurs enfants chez elles pendant les épisodes caniculaires.
De la même manière, les pluies récentes nous rappellent avec force que la question de l’eau n’est plus abstraite. Un parc arboré n’est pas seulement beau : il infiltre, il ralentit, il absorbe, il retient. Ses sols vivants et ses racines jouent un rôle que l’artificialisation détruit. Et lorsque l’étang du Pont Sec est déjà au plus haut, chacun comprend bien que l’eau devra aller quelque part.
Ce parc est une chance rare pour le cœur de bourg. Il est situé à proximité immédiate des écoles, de la bibliothèque, de la maison de retraite et dans le prolongement de l’étang du Pont Sec. Accessible au public, ce parc crée une mobilité douce et plus sûre, en reliant agréablement le centre-bourg et l’étang du Pont Sec, sans imposer aux familles, aux enfants ou aux promeneurs de longer la départementale et sa circulation. Sa proximité avec les écoles lui confère également un fort potentiel pédagogique pour l’« école dehors » (observation, sensibilisation au vivant, et pourquoi pas un terrain d’expérimentation ou de projet pour les élèves du lycée agricole).
Là où tant de centres-bourgs cherchent aujourd’hui à recréer de l’ombre, de la nature et des lieux de rencontre, Sens-de-Bretagne possède déjà un site qui pourrait remplir cette fonction avec une force exceptionnelle.
Préserver le parc de Volvire ne reviendrait pas à refuser toute évolution de la commune. Ce serait au contraire faire un choix cohérent et exigeant : reconnaître que tous les espaces libres ne se valent pas, que certains sont irremplaçables, et que l’on peut chercher ailleurs des réponses en matière d’aménagement, de logement ou de renouvellement urbain. Des bâtiments vacants, des secteurs déjà artificialisés ou à requalifier existent. En revanche, un parc arboré ancien en cœur de bourg, lui, ne se recrée pas.
Le fait que le PLUi soit en révision montre d’ailleurs que rien n’est figé. C’est précisément dans ces moments-là qu’une ambition municipale et communale peut compter. Ce parc n'est pas condamné à être rasé, il peut être le point de départ d'autre chose.
C’est en cela que ce sujet dépasse largement un simple débat d’urbanisme. Il touche à l’image même de la commune, à ce qu’elle choisit de protéger, à ce qu’elle choisit de transmettre. Personne n’imaginerait aujourd’hui raser un bâtiment ancien emblématique comme la Tourelle au seul motif qu’il pourrait être remplacé par un immeuble de logements. Pourquoi ? Parce qu’un patrimoine qui participe à l’identité d’une commune ne se résume pas à sa valeur foncière. Le parc de Volvire, à sa manière, relève lui aussi de cette logique. Il porte non seulement une valeur paysagère, écologique et patrimoniale, mais aussi une valeur affective pour de nombreux habitants, qui l’ont connu à une époque où il occupait une place plus visible encore dans la vie locale, jusqu’à servir de décor à des photos de mariage. Cela dit bien qu’il ne s’agit pas d’un simple terrain, mais d’un lieu déjà inscrit dans la mémoire de la commune.
Une équipe municipale peut faire bien davantage que rappeler les cadres existants. Elle peut porter une vision. Elle peut décider que certaines richesses méritent d’être défendues, non parce que ce serait simple, mais parce que ce serait juste et utile. Elle peut choisir de faire de ce parc non pas un reliquat du passé, mais un symbole d’avenir : celui d’une commune qui anticipe, qui protège le vivant, qui prend au sérieux la question de l’eau, de la chaleur, de l’enfance, du cadre de vie, et qui sait transformer un patrimoine menacé en atout collectif.
Il y a un beau projet à porter : non pas seulement empêcher une disparition, mais affirmer une ambition positive pour Sens-de-Bretagne. Faire de ce parc un lieu vivant, utile, apaisant, fédérateur. Un lieu dont la commune pourrait être fière. Un symbole fort.
C’est dans cet esprit et en transparence que nous souhaitons pouvoir poursuivre l’échange avec vous.
Dans cette démarche, nous sollicitons un rendez-vous dans les semaines à venir avec la nouvelle équipe municipale.
Il s'agit, n'est-ce pas, d'agir aujourd'hui pour vivre à Sens demain.
Le Collectif Araucaria
Association "La nature en ville", Wild Bretagne, Chers Woods, LPO France