27/09/2026
Valérie Rouzeau, que l'on aime si fort au Chapeau Rouge !
VALÉRIE ROUZEAU.
LA POÉTESSE QUI A DIT LA MORT DANS LA LANGUE D'UNE ENFANT.
Née le 22 août 1967 à Cosne-sur-Loire, en Bourgogne. Aînée d'une fratrie de sept enfants.
Elle aurait pu faire de la poésie savante. Elle a un master de traduction littéraire, elle traduit Sylvia Plath, Ted Hughes, William Carlos Williams. Tout, chez elle, aurait dû la conduire vers une langue propre, maîtrisée, académique.
Elle fait l'inverse.
En 1999, elle publie "Pas revoir". Un petit livre pour dire la mort de son père. Et elle le dit avec des mots cassés, des néologismes, de l'argot, des bégaiements de phrases. Le livre secoue le monde souvent hermétique de la poésie française, comme le choc d'une voix authentiquement nouvelle. Une langue qui mélange la femme adulte et la petite fille qu'elle a été. Un deuil raconté en comptine.
C'est SCANDALEUX, pour la poésie française. On n'écrit pas la mort comme ça. On n'écrit pas la douleur avec des jeux de mots.
Mais elle continue. "Va où" (2002), "Quand je me deux" (2009), "Vrouz" (2012, Prix Apollinaire), "Sens averse" (2018), "Ephémérides" (2020). Une trentaine de livres. Une langue qui reste, toujours, cette même désobéissance : le pun, le glissement de son, le mot d'enfant planté au milieu du chagrin.
Et puis il y a l'autre scandale, plus discret : elle écrit aussi pour Indochine. Parolière pour un groupe de rock grand public, elle, la poète que les universitaires étudient. La haute littérature qui va se salir les mains dans la chanson populaire.
LE PARADOXE :
Celle qui avait toutes les clés pour écrire une poésie sérieuse, sévère, savante, choisit le bégaiement, le jeu, l'enfance.
LA FORCE :
Valérie Rouzeau nous enseigne qu'on peut dire les choses les plus graves, un père mort, un chagrin qui ne passe pas, sans jamais hausser le ton. Qu'un néologisme peut porter plus de deuil qu'une phrase parfaite. Qu'être publiée, traduite, primée, étudiée, n'empêche pas de rester une voix populaire, chantée, transmise.
Elle a refusé la solennité. À la place, elle a écrit avec les mots qu'on invente enfant, pour dire ce qu'on ne sait pas encore nommer.
Avez-vous lu "Pas revoir" ? Pensez-vous qu'on peut dire la mort avec les mots de l'enfance ?