14/04/2026
🚨Le projet de loi agricole dit « Lecornu » offre à l’agro-industrie ce qu’elle réclamait : un accaparement quasi total de l’eau
La Cour des comptes a tranché : une stratégie de réduction des prélèvements est « seule susceptible d’apporter une solution de long terme. » Le gouvernement a lu le rapport. Et choisi l’inverse. Présenté ce 8 avril en Conseil des ministres, le projet de loi d'urgence agricole dit "Lecornu" offre à l'agro-industrie ce qu'elle réclamait : moins de contrôles, plus de prélèvements, et une démocratie locale de l'eau bafouée.
📢Une loi sur commande
Le calendrier parle de lui-même. Quelques mois après une mobilisation agricole habilement instrumentalisée par la FNSEA, le gouvernement présente son projet de loi d’urgence agricole. Le syndicat avait commandé : l’exécutif livre avec le projet de « loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles ».
Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, revendique une loi construite « avec eux et pour eux. » Avec qui, exactement ? Pas avec les 20 millions de Français·es qui ont consommé en 2024 de l’eau dépassant les limites de qualité réglementaires. Pas avec la majorité des paysans et paysannes, qui ne pratiquent pas l’irrigation intensive. Avec l’agro-industrie, dont les intérêts traversent le texte de bout en bout.
📢Mégabassines : la démocratie, en dérogation
- Le cœur du problème est hydraulique. Dans plus d’un tiers de la France hexagonale, l’eau réellement disponible est inférieure aux prélèvements existants. La Cour des comptes a tranché : une stratégie de réduction des prélèvements est « seule susceptible d’apporter une solution de long terme. » Le gouvernement a lu le rapport. Et choisi l’inverse.
- L’article 5 allège les obligations de participation du public pour les projets de stockage d’eau à usage agricole.
- L’article 6 introduit des dérogations exceptionnelles pour les projets bloqués par les Schémas d’Aménagement et de Gestion des Eaux.
- Ces SAGE, construits localement, sont censés garantir une gestion équilibrée de la ressource. Désormais, un préfet pourra les court-circuiter sur simple demande.
- Les mégabassines, pudiquement rebaptisées « ouvrages de stockage d’eau » dans le texte, retrouvent ainsi leur passeport administratif. Julien Rivoire, chargé de campagne Agriculture chez Greenpeace, dénonce une proposition « scandaleuse car elle s’attaque à la démocratie de l’eau. »
📢 2 % : le grand bluff du réservoir
Les chiffres sont clairs. Entre 2020 et 2025, un peu plus de 450 nouvelles retenues ont été construites en France, pour environ 15 millions de mètres cubes. Résultat sur les tensions hydriques : marginal.
Générations Futures établit que, même déployées à grande échelle, ces retenues ne permettraient d’économiser que 2 % de l’eau utilisée par l’agriculture. 2 %, pour des conflits qui fracturent des territoires, des zones humides sacrifiées, des millions dépensés.
L’irrigation ne concerne d’ailleurs que 6,8 % des surfaces agricoles. Mais les exploitations qui la pratiquent consomment 58 % du total de l’eau en France, devant l’eau potable.
C’est pour cette minorité que le gouvernement contourne les SAGE, allège les procédures et écarte la démocratie locale.
📢Captages : la santé publique en variable d’ajustement
Moins spectaculaire, une autre mesure mérite qu’on s’y arrête. Le projet propose de passer de 5 000 aires de captages sensibles à 1 000 aires de captages prioritaires, les modalités précises étant renvoyées à de futurs décrets. Le gouvernement appelle cette opération du ciblage. C’est surtout une réduction massive du périmètre de protection.
41 % des dégradations de la qualité de l’eau sont imputables aux nitrates et aux pesticides. C’est le premier motif de fermeture des captages. France Nature Environnement réclame depuis longtemps une règle simple : zéro pesticide de synthèse dans les zones d’alimentation des captages d’eau potable. Elle n’est pas au programme.
Le texte ne mentionne pas les néonicotinoïdes. Un silence calculé. 👨👩👧👦L’été dernier, plus de deux millions de personnes avaient dit non à leur réautorisation, portée par la loi Duplomb. Le Conseil constitutionnel avait censuré l’article. Mais le sénateur Duplomb avait prévenu : il reviendrait. Ce projet de loi, lui, offre le véhicule législatif idéal ; des amendements sont déjà annoncés.
-Source La Relève et la Peste
Le projet de loi d'urgence agricole offre à l'agro-industrie moins de contrôles, plus de prélèvements, et une démocratie de l'eau bafouée.