14/05/2026
Sur le livre de Pierre Vermeren « France-Algérie, de 1962 à nos jours »
Pourquoi, alors que la guerre d’Indochine a fait plus de morts que la guerre d’Algérie, n’existe-t-il pas le même ressentiment des populations vietnamiennes ou cambodgiennes à l’égard de la France ? Parce que la querelle avec la France n’est pas seulement une séquelle de l’histoire, mais le produit d’une instrumentalisation par le pouvoir algérien. Après la guerre civile des années 1990, qui a coûté la vie à près de 200.000 Algériens, le président Bouteflika entreprend une politique de réconciliation nationale. Pour forger l’unité, rien de mieux qu’un bouc émissaire : la haine de la France sera le ciment de la dictature.
Macron apparaît, dans cette fresque, comme le président français le mieux disposé à l’égard d’Alger, et pourtant le plus brutalement déçu. Sa déclaration de 2017 sur la colonisation comme « crime contre l’humanité », son geste sur le 17 octobre 1961, le rapport Stora, sa volonté de réconciliation : tout aurait dû satisfaire Alger. Il n’en fut rien. Plus la France cède, plus l’Algérie demande.
C’est pour cela que le mot de Macron sur les « mabouls » est profondément injuste. Les mabouls ne sont pas de notre côté de la Méditerranée. Ce ne sont ni Bruno Retailleau, ni les « identitaires », ni « l’extrême droite » qui sont responsables de la dégradation de la relation avec l’Algérie. Les idiots utiles qui accablent la France ressemblent à ces intellectuels de gauche qui pensaient que la guerre froide était de la seule responsabilité des États-Unis, niant que l’URSS avait besoin de cette confrontation existentielle pour masquer la faillite de son système.
La France doit cesser de se vivre comme l’héritière éternelle du péché colonial, et l’Algérie doit cesser de faire de la France l’alibi de ses échecs. Il serait temps de sortir de la névrose pour adopter une « relation normale ».
Il serait temps de sortir de la névrose pour adopter une « relation normale ». Comme le résume l’humoriste algérien Fellag, cité par Vermeren à la fin de son livre : « Vous avez raté votre colonisation. Nous avons raté notre indépendance. Nous sommes quittes. »