13/07/2026
[Edito : Revenir à nos réalités de terrain !]
Il n'y a pas que nos campagnes qui surchauffent, les débats en chambre sénatoriale en ont été victimes aussi.
Eau et recherche variétale : s’adapter sans renoncer
Le changement climatique n’est plus une hypothèse de travail, c’est une réalité que chaque agriculteur affronte désormais à chaque saison. Sécheresses à répétition, épisodes de gel tardif, pluviométrie en excès à certaines périodes : nos fermes sont en première ligne. Face à cela, une seule option n’est pas acceptable : subir sans agir.
Le stockage de l’eau, le drainage, un impératif et non un privilège ! Dans un département comme le nôtre, où nos terres sont pour la plupart hydromorphes, il nous faut à la fois des équipements pour lutter contre l'excès d'eau, et à la fois lutter contre la sécheresse dans la mise en place de l'irrigation sur une partie de ces terres. Trop longtemps, le débat sur l’eau agricole a été confisqué par une vision punitive, où stocker de l’eau en hiver pour irriguer en été a été présenté comme une aberration écologique. Nous le disons avec force : c’est l’inverse. Retenir l’eau quand elle est abondante pour la restituer quand la ressource se raréfie, c’est de la gestion de bon sens, c’est de l’anticipation climatique. Le Sénat vient de le rappeler dans le cadre du PLUA, souvent contre l’avis du gouvernement : l’agriculture relève de l’intérêt général, et l’accès au stockage doit être renforcé, pas entravé. C’est une victoire de méthode et de principe qu’il faut maintenant sécuriser en CMP, puis à l’Assemblée nationale et au Sénat les 20 et 21 juillet. Nous ne lâcherons rien sur ce point : chaque retenue collinaire, chaque bassine, chaque projet de territoire concerté est un outil de résilience, pas un contentieux à instruire pendant dix ans devant les tribunaux. Nous demandons également que la gouvernance de l’eau cesse d’exclure ceux qui la travaillent au quotidien. Une meilleure représentativité des acteurs agricoles dans les organismes uniques de gestion collective et dans l’élaboration des SDAGE et SAGE n’est pas un totem symbolique : c’est la garantie que les décisions sur la ressource seront prises avec, et non contre, ceux qui en dépendent pour nourrir le pays (à titre d'exemple, la gouvernance du SDAGE Loire Bretagne : 180 membres dont seulement 4 représentants agricoles ! Comment défendre nos intérêts dans ce tribunal d'inquisition !).
La recherche variétale, notre meilleure assurance climatique :
Le stockage ne suffira pas seul. Il faut aussi que la génétique végétale évolue au rythme du climat qui change. Variétés plus résistantes à la sécheresse, plus économes en eau, plus tolérantes aux stress thermiques : ces innovations existent, ou sont à portée de nos instituts de recherche, à condition qu’on leur en donne les moyens et le cadre réglementaire adapté. C’est tout le sens du combat que nous menons pour l’accès aux nouvelles techniques génomiques. Continuer à opposer par principe innovation variétale et agroécologie, c’est se priver d’un des leviers les plus puissants d’adaptation dont nous disposons. Nos voisins européens avancent sur ce dossier ; nous ne pouvons pas nous permettre de prendre du re**rd pendant que nos cultures souffrent sous nos yeux.
Une seule ligne : anticiper, pas subir :
S'agissant des bâtiments d'élevage, là encore il nous faut un plan d'avenir pour adapter nos bâtiments à ces fortes chaleurs. Stockage de l’eau, drainage, recherche variétale, plan bâtiments, gouvernance partagée de la ressource : ces chantiers ne sont pas des options parmi d’autres, ce sont les conditions de la survie de notre modèle agricole face au dérèglement climatique.
Le Sénat a ouvert une brèche avec le PLUA. À nous, syndicalement, de veiller à ce qu’elle ne se referme pas en CMP, ni dans les décrets d’application qui suivront. Il est plus que temps d'avoir enfin une vision pragmatique sur tous ces sujets.
Messieurs les politiques, cessez d'écouter ces manipulateurs d'opinion publique qui ne pensent qu'à une chose, organiser le déclin de notre puissance agricole, la survie de nos territoires en dépend.
Rendez-vous le 16 juillet en Commission mixte paritaire, puis le 20 et le 21 juillet pour l’adoption définitive.
Nous serons vigilants jusqu’au bout. On ne lâchera rien.
Geoffrey Rivaux, président de la FNSEA de l'Allier
Christophe Jardoux, président de la Chambre d'agriculture de l'Allier